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Kaizen, magazine en forme de tract politique

15 juin 2018

Temps de lecture : 4 minutes
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Kaizen, magazine en forme de tract politique

La volonté massive de contrôle idéologique des consciences actuellement à l’œuvre, tendance « camp du bien », passe par tous les supports. Certains sont agressifs, voulant interdire, d’autres font de jolis sourires. C’est le cas de Kaizen.

Le mot japon­ais « kaizen » sig­ni­fie en règle générale « amélior­er de façon con­tin­ue pour ren­dre meilleur ». Ce mot est aus­si le nom d’un mag­a­zine bimestriel, lequel en est à son 38e numéro. Obser­vons un peu ce numéro de mai-juin 2018 dont le dossier est titré : « Migrants. Chang­er de regard, chang­er d’accueil ». Un cas d’école idéologique, pour un mag­a­zine que l’on ren­con­tre dans nom­bre de médiathèques et d’établissements sco­laires du sec­ondaire, con­traire­ment à Valeurs Actuelles (par exem­ple), et partout où il y a du bio.

Ouverture du dossier

La cou­ver­ture est très claire si l’on réu­nit le sens du titre du mag­a­zine et le titre du dossier : Kaizen veut amélior­er le monde de façon con­tin­ue en changeant de regard et d’accueil, en Europe, con­cer­nant les migrants. L’éditorial va un peu plus loin.

L’éditorial de Kaizen, n° 38, mai-juin 2018 :

Titre : « L’hôte qui est en moi ». Extraits : « Accueil­lir, héberg­er des migrants, j’y pense. Mais à cette heure,  je ne suis pas passé à l’acte, je n’ai pas encore ouvert ma porte. Je me trou­ve plein de bonnes excus­es : pas assez disponible, pas assez de place, pas assez proche des admin­is­tra­tions dont ils auront besoin… Plein de fauss­es excus­es. À vrai dire, c’est surtout la peur qui anni­hile mes frag­iles désirs d’hospitalité. Pour­tant des per­son­nes qui accueil­lent des migrants, j’en con­nais. Et tout se passe bien. Ce sont de beaux échanges, de belles ren­con­tres. … Si je suis hon­nête, c’est une forme d’altérité qui m’effraie. Ren­con­tr­er l’autre chez lui, dans son pays, par­fois en France, me nour­rit, m’enrichit. En Inde, au Laos, au Nicaragua, etc., « l’étranger » m’a fait évoluer, chang­er de point de vue. Mais j’ai peur de l’accueillir chez moi, de le faire pénétr­er dans ma bulle prox­émique. …? Au bout de la chaîne, je laisse ces migrants attirés par le mirage de nos métrop­o­les se bris­er les ailes sur les bar­belés de mon détache­ment. La fron­tière est ténue entre hôte et hos­tile. D’aucuns diront qu’il ne sert à rien de cul­pa­bilis­er. Que cha­cun fait en fonc­tion de son his­toire, de ses moyens, etc. Juste­ment, regar­dons l’Histoire. Sans les migrants, héros anonymes, que seri­ons-nous ? que serais-je ? Alors, que faire ? Relire ces leçons d’Histoire pour éviter d’en don­ner. Faire un pre­mier pas pour aider sim­ple­ment. Et regarder avec admi­ra­tion ceux qui ouvrent leur porte, leur coeur. On ne change qu’en étant inspiré. » Pas­cal Gre­bo­val, Rédac­teur en chef

Le dossier de Kaizen sur les migrants

Présen­ta­tion idéologique du dossier par la rédac­tion du mag­a­zine : « La crise des migrants » : des mois, des années, que les télés, les radios, les jour­naux utilisent cette expres­sion qui a fini par enfer­mer le phénomène migra­toire dans le seul régime de l’angoisse. Cette grille de lec­ture, à con­tre-courant de l’Histoire, n’a pour­tant rien d’une fatal­ité : en France s’ouvrent des portes, qui font naître d’autres échanges et fleurir de nou­veaux pro­jets. Penser la migra­tion comme une chance, c’est aus­si redonner à la sit­u­a­tion actuelle son véri­ta­ble sens, c’est remet­tre un juste nom sur le symp­tôme qui frappe nos sociétés con­tem­po­raines à plus large échelle : celui du repli sur soi. Car effec­tive­ment, il y a bien une crise : celle de l’accueil des migrants.

Idéologie ?

→ Pas de crise des migrants mais un déficit de notre accueil

→ Un « rejet » anx­iogène qui irait con­tre un sup­posé « sens de l’Histoire »

→ des migra­tions pen­sées comme une « chance »

→ le dan­ger ne serait pas dans les migra­tions mais dans « le repli sur soi »

Kaizen est un mag­a­zine aux pré­ten­tions de pen­sée et de con­struc­tion d’une société alter­na­tive. Son dis­cours est pour­tant exacte­ment le même que celui des pou­voirs poli­tiques, financiers, cul­turels et économiques dom­i­nants, les pou­voirs du cap­i­tal­isme trans­frontal­ier. Un cas d’école de la façon dont le monde bobo libéral lib­er­taire col­la­bore avec ce qu’il pré­tend com­bat­tre : le dogme de la crois­sance économique (les migrants sont ain­si perçus par l’UE comme des out­ils de futur crois­sance, des « chances ») ; mais aus­si la néga­tion de l’Histoire (les migra­tions sont conçues comme volon­té de déracin­e­ment, ce qui ne sera pas sans effet sur un con­trôle réel des pop­u­la­tions futures).

Pour s’en con­va­in­cre, il con­vient de ne pas oubli­er que le « kaizen » n’est pas extérieur au monde de la mon­di­al­i­sa­tion dite « heureuse » : lire ici. C’est le monde des gourous du développe­ment per­son­nel, lequel a ample­ment envahi les entre­pris­es.

Les axes du dossier

Le dossier pub­lié en mai-juin 2018 par le mag­a­zine Kaizen pro­pose :

  • un entre­tien avec François Gemenne, géopoliti­cien mem­bre du GIEC enseignant les « poli­tiques d’environnement et les migra­tions inter­na­tionales à Sci­ences Po ». Il « défend l’ouverture des fron­tières » et affirme ceci : « his­torique­ment, les migrants étaient des aven­turi­ers » ou cela : « l’appel d’air » est « un con­cept qui n’existe pas ». Il indique aus­si que la notion de fron­tières est un con­struc­tion d’extrême droite. Notons pour mémoire que nom­bre de jour­nal­istes entrant chaque année dans les salles de rédac­tion des médias offi­ciels sont passés par Sci­ences Po.
  • suit une page com­por­tant chiffres et graphiques.
  • une page inti­t­ulée « Pour s’engager. Quelques ONG actives dans l’aide aux migrants ».
  • un arti­cle : « Sur la route de l’exil, les Bri­ançon­nais ouvrent leurs portes », à lire en tant que « réponse » aux actions menées par Généra­tion Iden­ti­taire dans les Alpes. Exem­ples de per­son­nes accueil­lant des migrants chez elles, de squats et de mil­i­tants pro-migrants. Etrange­ment aucun son de cloche dif­férent, pas un témoignage de per­son­nes vivant à Bri­ançon et ayant une opin­ion dif­férente con­cer­nant l’accueil des migrants dans la com­mune des Alpes.
  • l’article suiv­ant mon­tre que « En Lozère, les deman­deurs d’asile redonnent vie à une com­mune rurale ». Ils sont 50, ils vien­nent des Balka­ns et ils seraient la source vive de la « redy­nami­sa­tion de la com­mune », ter­ri­toire « déser­tique » (mais pourquoi ?). Ils sont surtout Albanais. L’article n’interroge aucun habi­tant poten­tielle­ment cri­tique quant à cette instal­la­tion, ni les ques­tions religieuses et l’Islam. Tout est beau. Si beau. Les pho­tos le mon­trent d’ailleurs : cha­cun sourit comme dans une pub­lic­ité pour un den­ti­frice. Deux lignes sig­na­lent tout de même qu’il y a de « vieilles anti­ennes con­cer­nant l’insécurité et l’oisiveté », du côté du « Français de base », ali­men­tées évidem­ment par les « fake news » con­cer­nant l’Allocation pour Deman­deur d’Asile. Ici, le lecteur attend quelques chiffres… rien. L’ADA ? Pas un mot non plus sur le coût d’ensemble de l’accueil des migrants, les poli­tiques migra­toires etc…

Un numéro de Kaizen qui pour­rait être touchant de naïveté si une telle naïveté bien-pen­sante, celle du Con­fort intel­lectuel cher à Mar­cel Aymé, n’était source de dan­gers réels et con­crets. Pro­posons un test à la rédac­tion de Kaizen : pourquoi ne pas embauch­er un migrant dans la rédac­tion, éventuelle­ment au poste de rédac­teur en chef ? Un migrant spé­cial­isé dans tout ce qui est com­mu­ni­ca­tion et vivre ensem­ble, por­teur d’idées et de pro­jets inno­vants, ayant de « nom­breuses expéri­ences de vie inspi­rantes » ? Il y a un can­di­dat à la réin­ser­tion qui devrait déclencher empathie et com­pas­sion dans un média comme Kaizen.

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