« Je suis en première ligne » : Glucksmann transforme une attaque mineure en aubaine médiatique
L’eurodéputé Raphaël Glucksmann a indiqué avoir été la cible d’une manipulation de l’information émanant des renseignements russes. La manipulation, de faible visibilité, reposait sur un faux site de Blast et un deepfake d’Edwy Plenel évoquant une proposition financière de Léa Salamé. De quoi donner plus d’importance qu’il n’en a au mari de la présentatrice ?
L’opération a un « niveau de visibilité relativement faible » selon une source sécuritaire, mais elle a quand même fait la Une de la presse.
Ce 4 août, l’eurodéputé Raphaël Glucksmann confirmait sur X avoir été « la cible d’une attaque du groupe Storm-1516, directement piloté par le GRU [le renseignement militaire russe] », selon le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale . L’information avait été dévoilée la veille par Le Canard enchaîné.
La manipulation serait « relativement sophistiquée », toujours selon la source sécuritaire citée par l’AFP. Il s’agit d’un faux site du média de gauche Blast, agrémenté d’un deepfake en vidéo, détournant l’identité d’Edwy Plenel. Le fondateur de Mediapart s’en était déjà inquiété le 1ᵉʳ août.
Reste que les voix de la commentatrice et de celui-ci, réalisées par intelligence artificielle et avec un accent étranger, s’avèrent peu crédibles. Le faux Plenel témoigne avoir reçu un e-mail de Léa Salamé proposant jusqu’à 50 000 € pour obtenir une couverture médiatique favorable à Raphaël Glucksmann. La journaliste de Blast Salomé Saqué apparaît aussi brièvement à l’image, plus réaliste. Toujours selon la même source citée par l’AFP, l’opération a été détectée « du 27 juillet au 2 août », quelques semaines après celle qui aurait ciblé Édouard Philippe. L’ancien premier ministre souffrait, à en croire une vidéo, de « démence fronto-temporale ».
« Je suis en première ligne »
« Le but est de rendre viral un mensonge total pour salir des personnalités considérées comme hostiles par le régime russe », a regretté Glucksmann, avant d’avertir que la campagne 2027 « sera marquée par des ingérences massives.
« Ils savent pertinemment que je les combats depuis 20 ans sans relâche », « je suis en première ligne pour défendre la souveraineté européenne », « nous ne laisserons pas les sbires du Kremlin ébranler notre démocratie » : le mari de la journaliste Léa Salamé a donné de l’importance à l’attaque le visant… et bien sûr à son action.
Affaire Salamé : des allégations de corruption de médias au profit de l'image de Raphaël Glucksmann, candidat à la présidentielle 2027https://t.co/paUo6aaoRJ pic.twitter.com/uJA9mP0FMr
— ꜱᴀʜᴇʟ ʙʀᴜᴛ (@sahelbrut) July 30, 2026
Le charisme de Glucksmann, un danger pour Poutine
De quoi susciter l’ironie de nombreux internautes : « Engagés dans une guerre terrible contre les États-Unis depuis quatre ans et demi en Ukraine, les Russes ont décidé de consacrer des moyens à empêcher Raphaël Glucksmann d’atteindre 5 % à la prochaine présidentielle », écrivait sur X l’avocat Philippe Prigent. Et d’enfoncer : « Depuis le Kremlin, V. Poutine a bien identifié la vraie menace susceptible de renverser le cours de la guerre : le charisme du compagnon de Léa Salamé ».
Le dirigeant de Place publique a toutefois trouvé quelqu’un pour le défendre en la personne de Raphaël Enthoven : « Il a fait chier les Russes comme personne avant lui », a fait valoir l’intellectuel, prêtant aussi un miracle à Glucksmann : « Il a ressuscité électoralement la gauche antitotalitaire et sociale-démocrate aux européennes de 2024 » (atteignant 13,8 % des suffrages).
Nombreux sont néanmoins ceux à avoir souligné son passé. Le compagnon de Léa Salamé a en effet été maintes fois accusé d’agir au sein de réseaux atlantistes, pour le compte d’États étrangers. De 2009 à 2012, il était ainsi conseiller du président géorgien Mikheil Saakashvili, qui avait engagé son petit pays dans un conflit aussi éclair que désastreux contre la Russie. Sa première femme était Eka Zgouladze, vice-ministre de l’intérieur de Géorgie, qui obtiendra la nationalité ukrainienne en 2014 avant de la perdre en 2016. Glucksmann est bien sûr un partisan des politiques d’intégration de l’UE et du rôle de l’OTAN. Depuis quatre ans, il a pris fait et cause pour un autre dirigeant, Volodymyr Zelensky. « Je suis un agent de la France, je suis un patriote français », s’est-il toutefois défendu en mai 2026 sur RTL, répondant à Zemmour.
Jean-Luc Mélenchon, qui avait fustigé dans un tweet en mars 2024 « sa haine des Russes » l’ayant« conduit à travailler pour le dictateur géorgien Saakachvili, aujourd’hui en prison pour corruption » l’a cette fois soutenu. Ce 4 août, le leader de LFI a regretté qu’« aucune victime actuelle » des ingérences moscovites n’ait exprimé de solidarité à l’égard de son parti « face aux attaques de Netanyahu », faisant là référence à la campagne de dénigrement israélienne l’ayant visé en mai 2026. Il l’a toutefois assuré de son soutien : « il est temps d’organiser un front commun contre les ingérences » en période électorale, a-t-il déclaré.
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