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Le petit spectacle de l’« ingérence russe » visant Édouard Philippe

27 juillet 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

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Une fake news affir­mant qu’Édouard Philippe souf­frirait de « démence fron­to-tem­po­rale » a été rapi­de­ment qual­i­fiée d’opération d’ingérence russe par TF1 Info et une par­tie de la presse. Une info pour­tant grossière et peu visible.

« C’est par­ti pour le grand jeu de la pêche aux fake news », dénonçait ce 24 juil­let sur X la lanceuse d’alerte Amélie Ismaïli : « Au menu : nous sor­tir des fauss­es rumeurs grossières qui ont fait deux vues sur X pour ampli­fi­er la grande peur de “l’ingérence étrangère” ».

Ce 21 juil­let, une vidéo arti­sanale à la voix robo­t­ique et à l’accent slave pré­tendait révéler un diag­nos­tic grave du maire du Havre. L’entourage du can­di­dat Édouard Philippe a immé­di­ate­ment démen­ti cette « rumeur totale­ment déli­rante ». TF1 Info et Le Parisien y ont vu la pat­te du réseau pro-russe « Storm-1516 », avec usurpa­tion d’identité de BFMTV et site frauduleux.

Vig­inum et les ser­vices de l’État ont été sai­sis. De quoi ouvrir le bal des ingérences russ­es pour 2027, avec mise en garde solen­nelle sur les risques qui pèsent sur la démocratie.

« Notre démoc­ra­tie est réelle­ment en dan­ger dans cette élec­tion à venir », affir­mait Louis Duc­los, « con­sul­tant en géopoli­tique » qui compte par­mi les influ­enceurs proches du Quai d’Orsay. Et d’a­jouter avec non moins de grav­ité : « C’est juste­ment dans ces moments-là que nos insti­tu­tions – mais aus­si la pop­u­la­tion – doivent faire preuve de résilience pour se défendre face à ces faux narratifs ».

Ce réc­it suit un scé­nario désor­mais fam­i­li­er : dif­fu­sion coor­don­née, IA bas de gamme, typosquat­ting de médias français et attri­bu­tion qua­si instan­ta­née à Moscou. Les impres­sions restent mod­estes : à peine 2,3 mil­lions selon les out­ils cités, et l’impact qua­si nul.

Accusation systématique

Reste que le gou­verne­ment, par la voix de Sébastien Lecor­nu, avait prévenu : le risque d’ingérences sera « très impor­tant ». Un pro­jet de loi dur­cis­sant les sanc­tions con­tre les fauss­es nou­velles en péri­ode élec­torale est déjà sur la table. Dans ce con­texte, chaque rumeur un peu trop grossière devient une aubaine nar­ra­tive pour pré­par­er l’opinion à des mesures de con­trôle ren­for­cé de l’information.

« Je n’y crois pas une sec­onde, il est insignifi­ant », iro­ni­sait ce 24 juil­let sur X l’influenceuse Béa­trice Rosen. « Il a un bilan désas­treux (…) Je crois plutôt qu’on essaye de nous met­tre le mot ingérence à toutes les sauces, pour nous habituer si/quand ils nous fer­ont le coup de la Roumanie », pour­suiv­ait-elle. Une accu­sa­tion sys­té­ma­tique aus­si dénon­cée par Amélie Islamïli : « Évidem­ment, “l’ingérence étrangère” vient tou­jours de la Russie, et elle vise tou­jours un can­di­dat proche de la Macronie. »

Si l’ingérence sup­posée de la Russie est ici évo­quée, notons que s’il est par­fois ques­tion de la Chine, la liste des pays sem­ble très lim­itée à une feuille de route très atlantiste.

Des ingérences très sélectives

En effet, curieuse­ment, seules cer­taines ingérences sus­ci­tent l’effroi médi­a­tique. Quand Barack Oba­ma s’était publique­ment engagé aux côtés d’Emmanuel Macron en 2017, ou quand des édi­to­ri­al­istes améri­cains ou bri­tan­niques expliquent docte­ment que le pro­gramme de Jean-Luc Mélen­chon ou de Marine Le Pen n’est « pas viable », per­son­ne ne hurle à l’ingérence intolérable. Le soupçon ne sem­ble opér­er que dans un sens.

Olivi­er Frèrejacques

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