Observatoire du journalisme (OJIM)

Front Populaire passe sous pavillon Bolloré : Onfray change d’actionnaire, pas de cap

Olivier Frèrejacques 27 août 2026 Temps de lecture : 4 min
Front populaire passe sous pavillon Bolloré : Onfray change d’actionnaire, pas de cap
Photo : © TVL

Vincent Bolloré poursuit l’élargissement de son écosystème médiatique. Via Lagardère Media News, celui-ci a pris 90 % de la société éditrice de Front Populaire, la revue souverainiste fondée par Michel Onfray et Stéphane Simon. Une opération qui consolide un titre en quête de stabilité, déjà largement compatible avec les médias du groupe.

Le rapprochement était dans l’air, il est désormais consommé. Selon La Lettre du 25 août, Lagardère Media News (LMN) a acquis 90 % des Éditions du Plénitre, société éditrice de Front Populaire. Michel Onfray cède 35 % du capital mais en conserve 10 % et reste directeur général et directeur de la publication. Stéphane Simon et Stéphane Germain sortent, eux, du capital. Le registre des entreprises confirme déjà l’installation de LMN à la présidence de la société, en remplacement de Stéphane Germain.

Un « mook » souverainiste devenu véritable média

Lancée en juin 2020, Front Populaire ne s’est jamais limité à être la revue personnelle de Michel Onfray. Le projet revendiquait dès l’origine la volonté de réunir des souverainistes issus de traditions différentes, par opposition aux « vassalistes ». Reste que le projet politique s’est finalement cantonné à un rôle médiatique.

Le titre s’est depuis transformé en média « 3 en 1 » : une revue trimestrielle de quelque 160 pages, un site alimenté quotidiennement et FP+, une offre vidéo payante. Le numéro 25, paru en juin et consacré à la « soumission des élites », est vendu 15,90 euros.

Le lancement a rencontré un succès discret mais certain pour une revue d’idées. Dès septembre 2020, Stéphane Simon revendiquait « plus de 50 000 visiteurs uniques » quotidiens sur le site. Début 2023, le titre approchait le million d’exemplaires cumulés vendus. Sa chaîne vidéo compte aujourd’hui près de 200 000 abonnés.

Une affaire en quête de stabilité

Bolloré ne récupère donc pas seulement une bannière intellectuelle. Les derniers comptes disponibles des Éditions du Plénitre font apparaître un bénéfice net de 211 000 euros sur l’exercice clos en juin 2025, après une perte de 195 000 euros l’année précédente. La Lettre avance un chiffre d’affaires de 2,46 millions d’euros. La société disposait par ailleurs de 578 000 euros de trésorerie.

Un petit média rentable, doté d’une marque identifiable et d’une communauté fidèle : l’acquisition possède une logique industrielle assez évidente.

Selon La Lettre en mai 2024, les relations entre Michel Onfray et Stéphane Simon s’étaient rafraichies, ce dernier ayant été mis en retrait à la suite d’un « violent conflit », sur fond de désaccords éditoriaux et sans doute humains. Toujours selon la même source, mais en juin dernier, les deux anciens associés du philosophe cherchaient à « sortir du capital de la revue et avaient engagé des discussions avec les représentants de Vincent Bolloré ».

Onfray déjà chez lui dans la galaxie Bolloré

L’intégration à la « Bollosphère » semble ainsi arriver à point nommé, d’autant plus qu’elle renforce une relation visiblement solide. Michel Onfray dispose depuis 2024 de « Face à Onfray » sur CNews et intervient régulièrement dans les autres médias de cet univers, du JDD à JDNews. Son récent soutien à la chroniqueuse Xenia Fedorova, dont il a dénoncé l’expulsion par les autorités françaises comme une « décision liberticide venue du sommet de l’État », a encore confirmé cette proximité avec la ligne défendue par les médias de l’homme d’affaires breton.

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Techniquement, Bolloré détient environ 30,4 % de Louis Hachette Group, dont il est l’actionnaire de référence. Le groupe possède notamment Lagardère et ses activités médias.

Pour Front Populaire, l’opération peut surtout offrir davantage de moyens, de diffusion et de synergies sans bouleverser une ligne déjà bien établie. Plutôt qu’une conquête idéologique, le rachat ressemble donc, pour une fois, à la rencontre spontanée d’un éditeur puissant et d’un média qui savait déjà où il voulait aller.

L'auteur
Olivier Frèrejacques
Olivier Frèrejacques

Olivier Frèrejacques est journaliste et rédacteur en chef adjoint à TV Libertés. Il dirige aussi la revue Liberté Politique. Il est également président de l'association Village Karenni.

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