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France Télévisions : Delphine Ernotte au régime sec à la rentrée

10 juillet 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

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Con­fron­té à une cure d’économies his­torique, aux con­clu­sions du rap­port Allon­cle et à une opin­ion moins dis­posée à sign­er un chèque en blanc, France Télévi­sions pré­pare une ren­trée sous le signe de la rigueur. Le media pub­lic ten­tera de se relancer avec la cou­ver­ture de l’élection prési­den­tielle et grâce au développe­ment du numérique.

La direc­tion de France Télévi­sions voudrait tourn­er la page d’une année éprou­vante. Mais la présen­ta­tion de la sai­son 2026–2027, mer­cre­di 8 juil­let, a surtout con­fir­mé que chaque pro­gramme, chaque con­trat et chaque euro seraient désor­mais davan­tage scrutés.

Faire mieux avec moins, vraiment

« On est obligé de faire mieux avec moins », recon­naît Stéphane Sit­bon-Gomez, directeur général adjoint du groupe, cité par Le Figaro. L’effort demandé approche 150 mil­lions d’euros en 2026, tan­dis que les ressources publiques ont reculé d’environ 80 mil­lions par rap­port à 2025. La Cour des comptes avait déjà qual­i­fié la sit­u­a­tion finan­cière de « préoc­cu­pante » : 81 mil­lions d’euros de déficit net cumulé entre 2017 et 2024 et une tré­sorerie forte­ment érodée.

Les économies se voient à l’écran. Les séries poli­cières « César Wag­n­er », « A pri­ori » ou « Dis­pari­tion inquié­tante » s’arrêtent. « Vu » (un regard quo­ti­di­en de cinq min­utes sur « le monde de l’image) dis­paraît, tan­dis que l’émission d’éducation « Les Mater­nelles » devient heb­do­madaire. Plusieurs jeux de France 3 sont sac­ri­fiés. Même neuf des quinze ren­con­tres du Tournoi des Six Nations ont été reven­dues à TF1.

Le groupe décou­vre les ver­tus tar­dives du régime sec.

Le rapport Alloncle reste dans les murs

La com­mis­sion d’enquête par­lemen­taire et les attaques du député Charles Allon­cle ont lais­sé des traces. Adop­té de justesse, le rap­port de ce dernier pro­pose jusqu’à un mil­liard d’euros d’économies annuelles, des fusions ou sup­pres­sions de chaînes, une réduc­tion des bud­gets des jeux et du sport, ain­si qu’un con­trôle ren­for­cé des con­flits d’intérêts et des sociétés de production.

Ses recom­man­da­tions ne sont pas con­traig­nantes, mais elles ont instal­lé une ques­tion embar­ras­sante: le ser­vice pub­lic peut-il encore invo­quer ses mis­sions sans ren­dre plus pré­cisé­ment compte de ses choix ?

Lors de la présen­ta­tion de la ren­trée, Del­phine Ernotte assure encore que « France Télévi­sions reste le média auquel les Français font le plus con­fi­ance pour s’informer ». Reste qu’aucune source indépen­dante n’établit un tel fait, puisque la prési­dente se fonde sur une étude com­mandée par France TV.

Alors cette affir­ma­tion sera par­ti­c­ulière­ment scrutée pen­dant la prési­den­tielle, après des audi­tions par­lemen­taires large­ment con­sacrées à la neu­tral­ité, au plu­ral­isme et au finance­ment du groupe.

La présidentielle et YouTube comme planches de salut

Pour repren­dre l’initiative, France 2 ressus­cit­era « L’Heure de vérité », présen­tée par Car­o­line Roux avec Ben­jamin Duhamel, Eugénie Bastié du Figaro et Thomas Porcher de Radio Nova. France 2 et France Inter cod­if­fuseront aus­si un ren­dez-vous domini­cal, tan­dis que Car­ole Gaessler fera inter­peller les can­di­dats par un pan­el de Français sur France 3.

L’autre pari tient en deux mots: « stream­ing d’abord ». Del­phine Ernotte revendique 46 mil­lions de vis­i­teurs men­su­els sur France.tv et veut « être là où sont les jeunes ». Les for­mats de Lau­rent Dela­housse arriveront sur YouTube avant l’antenne : les youtubeurs Nota Bene, Cyprien, EnjoyPhoenix ou Juju Fit­cats par­ticiper­ont à cette offen­sive, com­plétée par des fic­tions ver­ti­cales (des for­mats très courts filmés à la ver­ti­cale) et des webtoons (de la bande dess­inées pour smartphone).

Le para­doxe demeure : pour défendre sa sin­gu­lar­ité, France Télévi­sions choisit de ressem­bler davan­tage aux plate­formes. Et pour con­va­in­cre de son util­ité, elle devra prou­ver qu’elle peut être à la fois moins chère, plus numérique et moins par­tiale sur le ter­rain politique.

Olivi­er Frèrejacques

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