Face aux économies réclamées par l’État, France Télévisions étudie un plan de départs volontaires portant sur 1 000 équivalents temps plein. L’opération, encore hypothétique, préserverait davantage les programmes et la création, tout en réduisant durablement une masse salariale devenue difficile à sanctuariser.
La direction de France Télévisions n’a encore rien officiellement validé. Mais, selon les révélations de Satellifacts le 15 juillet, le groupe public envisage une réduction représentant 11,4 % de ses 8 720 équivalents temps plein.
À la clef : 70 à 80 millions d’euros d’économies récurrentes par an à compter de 2028, dans un contexte de régime forcé pour la télé publique.
Miser sur les départs volontaires pour un groupe vieillissant
Le dispositif s’appuierait largement sur la pyramide des âges. Le rapport social 2025 indique que 38,7 % des salariés permanents de France Télévisions ont au moins 55 ans et que l’âge moyen dépasse 49,9 ans. Satellifacts recense notamment 196 salariés de 65 ans ou plus, 1 149 âgés de 60 à 64 ans et 1 762 de 55 à 59 ans : « Les volontaires ne devraient donc pas manquer. »
Les conditions précises − indemnités, calendrier, métiers concernés ou non-remplacement des postes − restent à négocier. FO réclame l’information de tous les salariés et prévient qu’un tel dispositif devra, selon le syndicat, « obéir aux règles du plan social ». Le syndicat réclame « des reconversions en priorité », puis des reclassements et, « en dernier recours, des séparations généreuses ».
47 millions exigés, une goutte d’eau ?
Cette piste répond aux 47 millions d’euros d’économies demandés pour 2027. Le ministère de la Culture aurait proposé de retrancher 20 millions à la création, 20 millions aux programmes de flux et au sport, puis de dégager le solde en supprimant des matinales filmées de France 3 et en réduisant certains coûts de diffusion TNT. La direction préfère manifestement porter l’effort sur les structures plutôt que d’amputer encore les écrans.
Sur le papier, le choix n’a rien d’absurde. Un service public ne saurait réclamer indéfiniment une sanctuarisation de ses moyens tout en protégeant chaque poste, chaque chaîne et chaque format. La préservation de la création peut même constituer l’argument le plus recevable en faveur d’une réduction progressive des effectifs. L’arbitrage entre la réduction des fonds alloués à la création et la réduction des effectifs reviendra au Premier ministre Lecornu.
D’après le rapport Alloncle, il faudra faire plus, beaucoup plus
La pression se fait sentir, et pas seulement de l’exécutif. Le rapport Alloncle a placé sous les projecteurs les coûts, les doublons de direction, les sociétés de production et le pluralisme du service public. Son auteur veut faire plus que couper quelques millions d’euros. S’il n’a pas plaidé pour la privatisation, il estime possible d’économiser un milliard d’euros sur l’ensemble de l’audiovisuel public − soit 25 % de sa dotation − et recommande notamment un audit des postes comportant les termes de « directeur » et de « secrétaire général ».
Surtout, France Télévisions n’exerce plus seule son magistère. Médias alternatifs, réseaux sociaux et médias du groupe Bolloré contestent désormais ses récits et ses choix éditoriaux. Ce nouvel écosystème agit comme un contre-pouvoir médiatique et politique. Dans ce contexte, le projet de mille départs ressemble moins à une soudaine conversion à l’austérité qu’à la prise de conscience tardive d’une évidence : les bénéficiaires de l’argent public doivent aussi rendre des comptes.
Olivier Frèrejacques


