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Delphine Ernotte et France Télévisions préparent une cure de mille postes mais doivent mieux faire

19 juillet 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

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Face aux économies réclamées par l’État, France Télévi­sions étudie un plan de départs volon­taires por­tant sur 1 000 équiv­a­lents temps plein. L’opération, encore hypothé­tique, préserverait davan­tage les pro­grammes et la créa­tion, tout en réduisant durable­ment une masse salar­i­ale dev­enue dif­fi­cile à sanctuariser.

La direc­tion de France Télévi­sions n’a encore rien offi­cielle­ment validé. Mais, selon les révéla­tions de Satel­li­facts le 15 juil­let, le groupe pub­lic envis­age une réduc­tion représen­tant 11,4 % de ses 8 720 équiv­a­lents temps plein.

À la clef : 70 à 80 mil­lions d’euros d’économies récur­rentes par an à compter de 2028, dans un con­texte de régime for­cé pour la télé publique.

Miser sur les départs volontaires pour un groupe vieillissant

Le dis­posi­tif s’appuierait large­ment sur la pyra­mide des âges. Le rap­port social 2025 indique que 38,7 % des salariés per­ma­nents de France Télévi­sions ont au moins 55 ans et que l’âge moyen dépasse 49,9 ans. Satel­li­facts recense notam­ment 196 salariés de 65 ans ou plus, 1 149 âgés de 60 à 64 ans et 1 762 de 55 à 59 ans : « Les volon­taires ne devraient donc pas manquer. »

Les con­di­tions pré­cis­es − indem­nités, cal­en­dri­er, métiers con­cernés ou non-rem­place­ment des postes − restent à négoci­er. FO réclame l’information de tous les salariés et prévient qu’un tel dis­posi­tif devra, selon le syn­di­cat, « obéir aux règles du plan social ». Le syn­di­cat réclame « des recon­ver­sions en pri­or­ité », puis des reclasse­ments et, « en dernier recours, des sépa­ra­tions généreuses ».

47 millions exigés, une goutte d’eau ?

Cette piste répond aux 47 mil­lions d’euros d’économies demandés pour 2027. Le min­istère de la Cul­ture aurait pro­posé de retranch­er 20 mil­lions à la créa­tion, 20 mil­lions aux pro­grammes de flux et au sport, puis de dégager le sol­de en sup­p­ri­mant des mati­nales filmées de France 3 et en réduisant cer­tains coûts de dif­fu­sion TNT. La direc­tion préfère man­i­feste­ment porter l’effort sur les struc­tures plutôt que d’amputer encore les écrans.

Sur le papi­er, le choix n’a rien d’absurde. Un ser­vice pub­lic ne saurait réclamer indéfin­i­ment une sanc­tu­ar­i­sa­tion de ses moyens tout en pro­tégeant chaque poste, chaque chaîne et chaque for­mat. La préser­va­tion de la créa­tion peut même con­stituer l’argument le plus recev­able en faveur d’une réduc­tion pro­gres­sive des effec­tifs. L’arbitrage entre la réduc­tion des fonds alloués à la créa­tion et la réduc­tion des effec­tifs revien­dra au Pre­mier min­istre Lecornu.

D’après le rapport Alloncle, il faudra faire plus, beaucoup plus

La pres­sion se fait sen­tir, et pas seule­ment de l’exécutif. Le rap­port Allon­cle a placé sous les pro­jecteurs les coûts, les dou­blons de direc­tion, les sociétés de pro­duc­tion et le plu­ral­isme du ser­vice pub­lic. Son auteur veut faire plus que couper quelques mil­lions d’euros. S’il n’a pas plaidé pour la pri­vati­sa­tion, il estime pos­si­ble d’économiser un mil­liard d’euros sur l’ensemble de l’audiovisuel pub­lic − soit 25 % de sa dota­tion − et recom­mande notam­ment un audit des postes com­por­tant les ter­mes de « directeur » et de « secré­taire général ».

Surtout, France Télévi­sions n’exerce plus seule son mag­istère. Médias alter­nat­ifs, réseaux soci­aux et médias du groupe Bol­loré con­tes­tent désor­mais ses réc­its et ses choix édi­to­ri­aux. Ce nou­v­el écosys­tème agit comme un con­tre-pou­voir médi­a­tique et poli­tique. Dans ce con­texte, le pro­jet de mille départs ressem­ble moins à une soudaine con­ver­sion à l’austérité qu’à la prise de con­science tar­dive d’une évi­dence : les béné­fi­ci­aires de l’argent pub­lic doivent aus­si ren­dre des comptes.

Olivi­er Frèrejacques

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