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France 3 Normandie : Jean-Marc Pitte éjecté comme un malpropre pour avoir offensé un élu socialiste ?

18 mars 2018

Temps de lecture : 4 minutes
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France 3 Normandie : Jean-Marc Pitte éjecté comme un malpropre pour avoir offensé un élu socialiste ?

Le normand Jean-Marc Pitte, grand reporter à France 3 depuis 1988 pour laquelle il a couvert de nombreux conflits (Bosnie, Irak, Liban, Afghanistan, Palestine…) ou a été notamment l’envoyé spécial lors des attentats du 11 septembre, a été éjecté de France 3 Normandie où il travaille depuis 2014 pour raisons familiales après une controverse avec son rédacteur en chef et une infraction inexistante au code de la Route, dénoncent les syndicats locaux. Le journaliste chevronné, auteur de polars, aurait été victime de son refus de se plier à sa direction ?

Licencié pour une infraction routière avec un véhicule de l’entreprise ?

Gilles Tri­oli­er, sur le site nor­mand d’in­for­ma­tions indépen­dant, Fil­fax, a révélé ce licen­ciement qui pose ques­tion, notam­ment aux syn­di­cats CGT, FO, SNJ et CFDT-Médias de France Télévi­sions. Le jour­nal­iste qui avait rejoint France 3 Rouen depuis 2008, n’avait « en rien abdiqué ses exi­gences quant à la qual­ité de l’in­for­ma­tion, au respect de la déon­tolo­gie et de bonnes pra­tiques pro­fes­sion­nelles », relèvent les syn­di­cats préc­ités dans une tri­bune com­mune.

« C’est juste un jour­nal­iste hon­nête qui dit quand ça ne va pas. […] La direc­tion s’en est servi pour le licenci­er : une entorse sup­posée au code de la Route puisque sans con­tra­ven­tion », à savoir un fran­chisse­ment de bar­rière bais­sée à l’en­trée d’un tun­nel routi­er avec un véhicule de l’en­tre­prise, début jan­vi­er dernier, filmée par une caméra de sur­veil­lance tan­dis que sa direc­tion est prév­enue, « et une con­tro­verse – en fait, une alter­ca­tion qu’il dément suite à un reportage mal calé – avec son rédac­teur en chef ont ali­men­té une com­mis­sion de dis­ci­pline ubuesque tant le dossier est vide de fautes avérées. Un grand moment de honte ! », bro­car­dent les organ­i­sa­tions syn­di­cales, qui en prof­i­tent pour bal­ancer « ces encad­rants qui bal­an­cent des télé­phones à la tête d’autres col­lègues, qui deman­dent de tourn­er des images en con­duisant, qui ébruitent publique­ment les infos per­son­nelles échangées lors des entre­tiens annuels, qui mal­trait­ent des salariés hand­i­capés… ».

Les syn­di­cats ont signé une tri­bune com­mune le 19 févri­er pour deman­der l’an­nu­la­tion du licen­ciement de Jean-Marc Pitte qu’ils qual­i­fient « sans motifs sérieux et arbi­traire » : « sans un geste de la part de la direc­tion, [ils] déposeront un préavis de grève nation­al ». Le jour­nal­iste avait été licen­cié le 15 févri­er et « a été prié de vider son bureau en moins d’une demi-heure, et de déguer­pir de la rédac­tion de Rouen », selon la représen­ta­tion syn­di­cale de France 3 Nord-Ouest. Les syn­di­cats deman­dent sa réin­té­gra­tion avant la fin de son préavis, le 15 mai.

Un journaliste qui dérangeait les élus locaux et sa direction ?

Il se trou­ve en effet que ses motifs de licen­ciement – qu’il entend con­tester aux prud’hommes – pour­raient être moins glo­rieux : depuis 2014 le jour­nal­iste enquête sur les affaires locales pour l’an­tenne régionale et est con­nu pour pos­er des ques­tions embar­ras­santes aux élus locaux. L’un d’eux, Frédéric Sanchez, prési­dent social­iste de la métro­pole de Rouen Nor­mandie, s’est plaint de lui à plusieurs repris­es à la direc­tion régionale, selon le jour­nal­iste, qui explique au Monde : « Il s’est acharné sur moi en se plaig­nant à plusieurs repris­es auprès du directeur région­al. En plus d’être con­sid­éré comme chi­ant, je suis devenu gênant ».

L’élu inter­rogé par Le Monde réfute toute inter­ven­tion tan­dis que le syn­di­cal­iste CGT Dani­lo Com­mo­di estime de son côté que ce dif­férend « est entré en ligne de compte » dans son licen­ciement. Pour le syn­di­cal­iste CGT, Jean-Marc Pitte est en effet « un grand reporter expéri­men­té, exigeant et intran­sigeant, quelqu’un de tenace, franc, direct qui dit des vérités par­fois dures à enten­dre ».

La représen­ta­tion syn­di­cale de France 3 Nord-Ouest ne dit pas autre chose : « Cette déci­sion inique et dis­pro­por­tion­née illus­tre la volon­té de la direc­tion de se débar­rass­er coûte que coûte d’un salarié qui dérangeait par sa fran­chise, sa rigueur et son engage­ment de jour­nal­iste face à sa hiérar­chie et face aux poli­tiques. De là à imag­in­er qu’il s’agit de faire un exem­ple et d’envoyer un sig­nal menaçant à l’ensemble des salariés, il n’y a qu’un pas ».

Le jour­nal­iste Jean-Yves Nau com­plète sur son blog : « on appelle un con­frère de la mai­son-mère. « Pitte ? Il avait demandé à repar­tir en région et je crois qu’il les gon­flait sévère. Donc à la pre­mière occase : ‘’ pan pan ‘’ ». Pour l’Étoile de Nor­man­die, autre webzine nor­mand, « C’est pour n’avoir pas respec­té les us et cou­tumes du jour­nal­isme de con­nivence (le “off” qui doit rester “off”) que Jean-Marc PITTE vient d’être licen­cié de la rédac­tion de France 3 Nor­mandie après 26 années passées à France Télévi­sions ».

Une rai­son qui aurait pu aus­si pouss­er sa hiérar­chie à tout faire pour le vir­er, mal­gré l’ab­sence de sanc­tions dis­ci­plinaires antérieures avant sep­tem­bre 2017, où il a eu un pre­mier entre­tien préal­able au licen­ciement, suite à la dénon­ci­a­tion d’une de ses col­lègues, révèle Ouest-France. «En sep­tem­bre, il est con­vo­qué à un entre­tien préal­able à licen­ciement après un reportage. Une de ses col­lègues a alerté sur sa con­duite au volant. Parole con­tre parole : lui con­teste avoir eu un com­porte­ment dan­gereux ».

La sit­u­a­tion dérange : en cas de grève nationale, les jour­nal­istes rouen­nais de France 3 n’ont tou­jours pas décidé s’ils y par­tic­i­paient. Quant à la direc­tion régionale de France 3, sol­lic­itée par divers médias, elle se mure dans le silence. Plusieurs con­frères ont néan­moins réa­gi, dont le grand reporter de Mar­i­anne Marc Endeweld : « le licen­ciement de Jean-Marc Pitte […] est une honte. Digne de “télé préfet” ! “Le reporter (…) n’hésite pas à pos­er des ques­tions gênantes aux élus locaux ». Ponte des médias main­stream, Claude Askolovitch – qui n’est pas néces­saire­ment le mieux placé pour don­ner des leçons d’ob­jec­tiv­ité cela dit – relève le 9 mars sur Twit­ter « le licen­ciement très étrange du grand reporter Jean-Marc #Pitte par France 3 Nor­mandie… pour apais­er les nota­bles du cru ? »

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