En opposant le 9 janvier son veto au projet de loi du gouvernement de Donald Tusk qui surtransposait le Digital Services Act (DSA) de l’Union européenne, le président polonais Karol Nawrocki a provisoirement stoppé une dangereuse dérive vers la censure administrative du débat public en ligne dans son pays. Elon Musk applaudit tandis que la Commission européenne exprime déjà son mécontentement.
Stop au contrôle politique
Le veto opposé le vendredi 9 janvier par le président polonais Karol Nawrocki au projet de loi polonais transposant le Digital Services Act (DSA) a suscité la fureur d’un gouvernement gaucho-libéral de Donald Tusk qui s’est déjà illustré par sa tentation totalitaire et qui ne renonce pas. Le texte adopté par la coalition parlementaire dirigée par l’ancien président du Conseil européen Donald Tusk instaurait en effet des mécanismes de censure administrative sans garanties suffisantes qui auraient permis un contrôle politique gouvernemental du débat public numérique.
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Les raisons du veto présidentiel
Le président Nawrocki a clairement justifié son veto par le caractère profondément liberticide du projet de loi. Le texte conférait à des autorités administratives dépendantes du pouvoir exécutif la capacité d’ordonner le retrait de contenus jugés « illégaux », sans contrôle juridictionnel préalable et sans garanties procédurales effectives pour les citoyens concernés. Cela revenait à instituer une censure administrative, incompatible avec les principes constitutionnels de liberté d’expression et de séparation des pouvoirs.
Le projet prévoyait en outre le financement public des « signaleurs de confiance », chargés de dénoncer des contenus en ligne, ce qui instaurerait un système de délation idéologique subventionnée.
Face à ces menaces, et sous les encouragements des organisations polonaises engagées dans la liberté d’expression, et notamment de l’Institut Ordo Iuris, une influente organisation polonaise d’avocats et juristes qui se déclare « pro-vie, pro-famille, pro-libertés et pro-souveraineté » (ce qui lui a valu à deux reprises d’être qualifiée d’organisation « ultra-conservatrice » de « fondamentalistes chrétiens » dans des résolutions du Parlement européen), le président polonais a estimé qu’il ne pouvait entériner une loi transformant l’État en arbitre du licite et de l’illicite dans l’espace numérique, au mépris des libertés fondamentales, ce qui lui a valu les applaudissements de beaucoup en Pologne et dans le monde, y compris d’Elon Musk qui s’est fendu d’un « Bravo ! » sur son compte X. Pas étonnant, puisqu’il est lui-même aux prises avec Bruxelles et Paris sur fond de DSA.
Qu’est-ce que le DSA
Le Digital Services Act est présenté par les institutions européennes comme un outil de régulation destiné à lutter contre les contenus illégaux sur les plateformes numériques. Il impose aux opérateurs des obligations accrues de modération, de coopération avec les autorités et de traitement prioritaire des signalements provenant d’acteurs agréés.
Mais derrière cet objectif affiché se dessine une réalité beaucoup plus préoccupante. Le DSA repose sur des notions floues, extensibles et politiquement chargées, ouvrant la voie à une restriction de la liberté d’expression. En faisant peser sur les plateformes la menace de lourdes sanctions, il les incite à une sur-modération préventive, au détriment du pluralisme des opinions. Le risque est clair : la suppression de contenus parfaitement légaux mais jugés « sensibles » ou « controversés ».
Voir aussi : Digital Services Act : l’UE veut imposer ses normes et sa vision du monde à sens unique
Les « signaleurs de confiance » déjà marqués par un déséquilibre idéologique
Le dispositif des signaleurs de confiance illustre parfaitement ce danger. Les entités désignées par la Commission européenne comme signaleurs de confiance sont, dans leur grande majorité, issues de la gauche ou de l’extrême gauche militante.
En France, figurent notamment sur cette liste l’Arcom, la CGT, la Licra et le CRIF. Ces organisations se voient conférer un pouvoir d’influence déterminant sur la modération des contenus en ligne, leurs signalements devant être traités en priorité par les plateformes. Cela pose un problème démocratique majeur avec l’installation d’une asymétrie structurelle dans le débat public, où certaines sensibilités politiques disposent d’un accès privilégié aux mécanismes de censure, puisque les demandes d’agrément en qualité de « signaleur de confiance » passent par… la Commission von der Leyen.
En quoi le projet de loi polonais allait encore plus loin que le DSA
Le projet du gouvernement Tusk ne se limitait en outre pas à appliquer le DSA : il procédait à une surtransposition manifeste. Il renforçait les pouvoirs de l’administration gouvernementale, réduisait les voies de recours et permettait des suppressions de contenus quasi immédiates, sans décision judiciaire. Cette logique de durcissement allait au-delà des exigences européennes dans la mise en place d’un régime de censure numérique préventive.
En pratique, l’État se serait arrogé le droit de faire taire les médias indépendants, les plateformes alternatives et les voix dissidentes, sous couvert de lutte contre les contenus jugés illégaux ou nuisibles. Le veto présidentiel a donc pour le moment mis un terme à cette tentative d’élargissement incontrôlé du pouvoir de censure.
Un projet abandonné… ou reporté ?
Le rejet de cette loi ne marque en rien l’abandon du projet politique porté par le gouvernement de Donald Tusk, et ce d’autant plus que, comme a déjà eu le temps de le rappeler une Commission européenne mécontente après le veto du président Nawrocki, la Pologne aurait dû mettre en œuvre le DSA dans sa législation nationale dès l’année dernière. Des sanctions pourraient donc tomber contre l’absence de censure suffisante sur le web polonais. Mais même sans cela, les déclarations et initiatives récentes du gouvernement de Donald Tusk montrent bien une volonté persistante des libéraux et de la gauche de renforcer le contrôle du discours public. En septembre dernier, le Tribunal constitutionnel polonais invalidait déjà une loi contre les « discours de haine », elle aussi liberticide et qui lui avait été soumise par le prédécesseur de Karol Nawrocki, le président Andrzej Duda. Et de nouvelles propositions sont annoncées, tandis que des mécanismes parallèles de lutte contre les « discours de haine » continuent d’être développés, parfois en contradiction ouverte avec les décisions du Tribunal constitutionnel, comme par exemple avec la nomination récente par le ministre de la Justice de Donald Tusk de procureurs spécialisés dans la chasse à ces « discours de haine ».
Le président polonais donne le bon exemple.
Alors que le DSA tend à redéfinir la liberté d’expression, la décision du président polonais rappelle que la protection de la liberté d’expression et du pluralisme des opinions demeure une responsabilité des représentants élus des différents peuples constitutifs de l’Union européenne. Et il va forcer la coalition gaucho-libérale de Tusk, ouvertement soutenue par Bruxelles, à revoir sa copie.
On voit maintenant que la panique des médias de gauche au moment des dernières élections présidentielles en Pologne était au moins en partie justifiée…
Patrick Regalski


