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[Dossier] Résultats des élections aux Pays-Bas

[Dossier] Résultats des élections aux Pays-Bas

Résultats des élections aux Pays-Bas : une presse allemande mainstream très monocorde et bien trop unanime passe (comme en France) largement à côté des éléments saillants de ce scrutin.

Après avoir fait campagne pratiquement comme un seul homme contre le « populiste » Parti de la liberté de Geert Wilders, la quasi-totalité du monde médiatique allemand a, comme en France, accueilli la publication des résultats des élections législatives néerlandaises avec un soulagement non dissimulé, marqué par des titres enthousiastes laissant peu de place au doute. Les quelques nuances, en rien négligeables, que des journalistes plus soucieux de la déontologie et d’une analyse plus poussée de ces résultats auraient dû faire valoir n’apparaissent que loin derrière dans quelques articles, ou bien encore, et ce avec beaucoup de prudence et de réticence, dans quelques quotidiens régionaux à faible tirage. Et dans les médias alternatifs bien entendu.

C’est une véritable euphorie qui semble s’être emparée des ténors de la presse allemande de ces derniers jours à l’issue des élections législatives aux Pays-Bas le 15 mars dernier, comme on peut le constater à la lecture de quelques manchettes :

  • Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) : « Le glissement à droite aux Pays-Bas n’a pas eu lieu. Le parti de droite libérale du Premier ministre Mark Rutte reste de loin la plus importante formation politique au parlement : il doit cependant se chercher un autre partenaire de coalition.»
  • Süddeutsche Zeitung (SZ) : « Rutte devance nettement Wilders» ; « Les élections aux Pays-Bas l’ont bien montré : il est possible de contenir les populistes. Mais il est encore tôt pour chanter victoire sur le nationalisme agressif. »
  • Die Zeit : « Rutte à la fête, Wilders relégué au second rang ».

Il est vrai que tout ce beau monde a bien senti le vent du boulet passer très près au-dessus de leurs têtes. Il est non moins vrai que Geert Wilders, qui espérait une trentaine de sièges au PVV, n’a pas vu ses espoirs réalisés dans l’immédiat. L’Union Européenne et la société multiculturelle néerlandaise sont-elles pour autant sauvées, comme le clament en chœur les articles publiés dans les médias allemands ? L’enthousiasme des bien-pensants peut certes s’expliquer par le fait que tous s’attendaient au pire. Pour autant, une analyse plus fine des résultats aurait dû les inciter à beaucoup plus de prudence et à beaucoup moins d’euphorie.

Voici en effet, pour rappel, les résultats de ces élections en détail :

Parti Détails (des principales formations) % des voix obtenues Nombre absolu de sièges obtenus Évolution du nombre de sièges par rapport aux élections de 2012
VVD Parti populaire libéral-démocrate
Mark Rutte
21,2% 33 -8
PVV Parti de la liberté

Geert Wilders

13,0% 20 +5
CDA Appel chrétien-démocrate

Sybrand van Haersma Buma

12,4% 19 +6
D66 Démocrates 66 (sociaux-libéraux)

Alexander Pechtold

12,2% 19 +7
SP Parti socialiste

Emile Roemer

9,1% 14 -1
GL Gauche verte

Jesse Klaver

9,1% 14 +10
PvdA Parti travailliste

Lodewijk Asscher

5,7% 9 -29
CU Union chrétienne

Gert-Jan Segers

3,4% 5 0
PvdD Parti pour les animaux

Marianne Thieme

3,2% 5 +3
50PLUS Parti des personnes âgées

Henk Krol

3,1% 4 +2
SGP Parti politique réformé (chrétien fondamentaliste)

Kees van der Staaij

2,1% 3 0
DENK Parti des immigrés

Tunahan Kuzu

2,0% 3 Nouveau
FvD Forum pour la démocratie

Thierry Baudet

1,8% 2 Nouveau

Que permet de conclure la lecture la plus littérale de ces résultats ?

  1. Rappelons tout d’abord que les Pays-Bas étaient dirigés depuis 2012 par une grande coalition constituée du Parti populaire libéral-démocrate et du Parti travailliste et que cette coalition a nettement perdu du terrain, en passant de 79 à 42 députés, ce qui représente tout de même un recul de 47%. En clair : ceux qui soutenaient l’ancien gouvernement de Mark Rutte ont presque fondu de moitié ! Il n’y a vraiment pas de quoi pavoiser… Le désaveu global de la politique menée par l’ex-gouvernement de Mark Rutte est donc très net.
  1. L’érosion spectaculaire de la coalition au pouvoir est essentiellement due à l’écroulement du Parti travailliste, qui perd 29 sièges, lesquels ne sont compensés que partiellement à gauche par la Gauche Verte (+10%), puisque le PS néerlandais perd lui aussi 1 siège … Mais le Parti populaire libéral-démocrate de Rutte laisse lui aussi des plumes, avec 5 élus de moins. Qualifier une pareille issue de « triomphe » paraît tout au moins un tantinet exagéré.
  1. Donc, contrairement au titre affiché en première page du FAZ pourtant réputé sérieux… le glissement à droite s’est bel et bien produit ! L’ensemble des formations de gauche néerlandaises sortent en piteux état de ce scrutin.
  1. En revanche, ce glissement à droite très net n’a pas profité au seul Parti de la liberté de Geert Wilders – qui progresse néanmoins – mais à plusieurs partis de droite, surtout de tendance sociale-libérale et chrétienne.
  1. On peut aussi noter au passage la petite percée du Parti des immigrés, à forte dominante turque et marocaine, et surtout musulmane, qui consacre l’éclatement civilisationnel de la société néerlandaise. C’est sûrement un sujet à suivre, et qui aurait dû être de nature à susciter quelques inquiétudes pour l’avenir. Le vote ethnique est une grande caractéristique des pays du tiers-monde, caractéristique qui empêche l’avènement de la démocratie… Quand on se souvient que les Pays-Bas sont issus d’une très longue guerre de religion entre les Provinces-Unies calvinistes et la tutelle espagnole catholique (1568 – 1648), ce retour de l’histoire n’augure rien de bon.

On notera certes qu’aucun titre de la presse allemande ne qualifie le PVV de Geert Wilders de parti « d’extrême droite », contrairement à ce que font sans vergogne la plupart des médias français dépourvus de la moindre déontologie et qui n’acceptent aucun pluralisme partisan, pourtant un des piliers de la démocratie. Le terme d’extrême droite doit nécessairement désigner une tendance politique visant à instaurer un régime politique autoritaire, voire violent et sûrement antidémocratique, ce qui n’a assurément rien à voir avec le très démocrate et libéral PVV de Geert Wilders. S’opposer à la confiscation de la démocratie par Bruxelles, à l’immigration de peuplement ou à une idéologie religieuse totalitaire est en effet strictement le contraire d’un positionnement politique autoritaire et totalitaire.

Le terme partout utilisé en Allemagne pour qualifier ce parti est celui de « populiste de droite ».

Il faut aussi avouer que les nuances précédemment citées ont effectivement été mises en avant par quelques journaux, fort peu nombreux il est vrai. C’est par exemple le cas de der Freitag, journal libéral de gauche né en 1990 d’une fusion entre le Volkszeitung et le Sonntag d’ex-RDA, et soutenu par The Guardian, qui titre fort justement : « Les Pays-Bas glissent à droite ».

Quant au quotidien régional de Stuttgart, le Stuttgarter Zeitung, il est apparemment le seul journal de la presse traditionnelle à publier un commentaire nettement plus circonspect sur les élections néerlandaises en titrant : « Des raisons de pousser un soupir de soulagement ? Les deux lectures des élections aux Pays-Bas ».

Il est en effet d’autres réflexions qu’auraient dû susciter, dans une perspective allemande de moyen à long terme, l’évolution politique aux Pays-Bas :

  • Dans un premier temps, la poussée du PVV de Geert Wilders a contraint les partis traditionnels de gouvernement aux Pays-Bas à renoncer au pluralisme partisan traditionnel pour former une « grande coalition » contre l’intrus. C’est un phénomène que l’on a pu observer dans divers pays d’Europe de l’Ouest, et plus récemment en Allemagne au niveau de plusieurs Länder de l’Est de l’Allemagne (en attendant la fédération ?).
  • L’expérience montre pourtant que de telles grandes coalitions entre « partis de gouvernement » ne sont pas très pérennes, car elles ont beaucoup de mal à mener une politique cohérente et finissent par mécontenter tout le monde, ce qui explique de fréquents désaveux cinglants en fin de mandature. Un exemple récent en Allemagne est représenté par la déconfiture récente de la grande coalition SPD-CDU berlinoise. Comme nous l’avions déjà évoqué dans notre article consacré à ce sujet, ce désaveu a contraint le SPD a former une nouvelle grande coalition, cette fois néanmoins faite de bric et de broc, un peu à l’instar de la cohabitation française de 1997 – 2002 entre un président de droite et une inconsistante « gauche plurielle ». Ainsi, l’échec des grandes coalitions entre « partis de gouvernement » a-t-il tendance à être suivi de grandes coalitions faites de bric et de broc, dont l’échec futur est pratiquement programmé à l’avance. Nous avons vu les résultats en France en 2002, nous l’avons prédit pour Berlin… et pour les Länder de l’est, en attendant l’arrivée au pouvoir hypothétique d’une grande coalition au niveau fédéral à Berlin.

Mark Rutte a pu éventuellement sauver la mise au dernier moment par son attitude dans la crise récente avec la Turquie. Cela montre que les Néerlandais sont bel et bien irrités par la montée de l’islam. L’éparpillement des votes de protestation des électeurs vers des partis de droite non-eurosceptiques pourrait refléter la peur de certains d’une sortie de l’UE.

Il n’en reste pas moins que la situation dans laquelle se trouve le Premier ministre néerlandais Mark Rutte reste très délicate : placé devant l’échec de sa grande coalition de 2012 – 2017 (c’est tout de même l’enseignement numéro 1 de ce scrutin !), il n’a plus d’autre choix que de constituer une nouvelle grande coalition, mais nettement plus hétéroclite que la précédente. L’échec pour 2022 est écrit d’avance, sans que nul ne puisse dire ce qui se passera après. Mais le journal de Stuttgart a raison sur un point : les bien-pensants peuvent respirer à court terme. Même si ce n’est qu’un répit.

Sources

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