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Disclose : une indépendance revendiquée, des financements orientés ?

24 juin 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

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Média d’investigation financé par les dons, Dis­close revendique une indépen­dance totale vis-à-vis des pou­voirs poli­tiques et économiques. Pour­tant, une part impor­tante de ses ressources ces dernières années provient des fon­da­tions phil­an­thropiques anglo-sax­onnes, comme l’Open Soci­ety de George Soros ou The Sun­rise Project, engagé dans la tran­si­tion énergé­tique. Une sit­u­a­tion qui inter­roge sur l’influence réelle de ces finance­ments sur la ligne édi­to­ri­ale du média.

Dis­close s’est imposé comme l’un des prin­ci­paux médias d’enquêtes français. Créé en 2018 par les jour­nal­istes Math­ias Destal (ancien de Mar­i­anne) et Geof­frey Livol­si (ancien de Medi­a­part et de France Inter) sous la forme d’une asso­ci­a­tion loi 1901, il se présente comme « un média d’investigation à but non lucratif et une ONG dédiée au droit à l’information ».

Depuis juin 2025, ses enquêtes les plus virales sont celles sur la con­t­a­m­i­na­tion aux PFAS, « poi­son éter­nel », sur Lac­tal­is, « une firme sans foi ni loi » ou encore sur Decathlon, « cham­pi­on de l’exploitation ». En 2024, Dis­close a été à l’origine d’une série d’enquêtes sur les ventes de pièces d’armes français­es à Israël.

L’organisation du média se veut atyp­ique : son mod­èle repose sur la pub­li­ca­tion d’enquêtes appro­fondies, acces­si­bles gra­tu­ite­ment, sans pub­lic­ité et financées exclu­sive­ment par les dons.

Son con­seil d’administration est com­posé de jour­nal­istes bénév­oles. Le média dis­pose égale­ment d’un comité édi­to­r­i­al, d’un con­seil de sur­veil­lance bénév­ole, de quelques salariés (six en 2025) et s’appuie sur une ving­taine de jour­nal­istes indépen­dants col­lab­o­rant régulière­ment à ses enquêtes.

Le finance­ment par des ONG anglo-sax­onnes soulève des questions

Le mod­èle économique retenu est donc celui du finance­ment par­tic­i­patif, de la dona­tion et du mécé­nat. Selon les années, jusqu’à 68 % des ressources de Dis­close provi­en­nent de fon­da­tions privées essen­tielle­ment issues du monde anglo-sax­on. La répar­ti­tion entre fon­da­tions et dons des lecteurs varie d’un exer­ci­ce compt­able à l’autre, mais traduit une dépen­dance sig­ni­fica­tive à l’égard de finance­ments phil­an­thropiques étrangers. Par­mi les fon­da­tions qui ont soutenu Dis­close, on peut citer l’Open Soci­ety Foun­da­tion de Georges Soros (130 000€ en 2022) ou Amnesty Inter­na­tion­al (40 000€ en 2022–2023).

Dans sa com­mu­ni­ca­tion, Dis­close affirme refuser « toute sub­ven­tion publique » et le sou­tien de fon­da­tions d’entreprises. Le média assure égale­ment n’être soumis à « aucun intérêt poli­tique ou financier ». Selon sa charte, les mécènes n’ont pas con­nais­sance des sujets d’enquête et s’engagent à respecter la lib­erté d’expression et d’information de l’association. Les fon­da­tions ne siè­gent pas non plus dans ses instances de gouvernance.

L’origine des finance­ments est-elle vrai­ment sans con­séquence sur les ori­en­ta­tions édi­to­ri­ales du média ?

Par­mi les fon­da­tions ayant soutenu Dis­close fig­ure en pre­mière place The Sun­rise Project, une ONG envi­ron­nemen­tale aus­trali­enne fondée en 2012 par un ancien de Green­peace, John Hep­burn. Son bud­get s’élève à près de 50 mil­lions de dollars.

En 2023 et 2024, cette organ­i­sa­tion a ver­sé 160 000 € à Dis­close, un finance­ment non renou­velé depuis. Or The Sun­rise Project affiche un objec­tif explicite : « réori­en­ter l’économie mon­di­ale hors des éner­gies fos­siles » et ne finance que des pro­jets allant dans ce sens.

Dans le même temps, Dis­close a con­sacré depuis novem­bre 2021 et jusqu’à avril 2026 une série d’enquêtes inti­t­ulée « Les forcenés du fos­sile », dénonçant les respon­s­abil­ités d’acteurs économiques dépen­dants du pét­role, du gaz et du char­bon dans la crise cli­ma­tique. Plusieurs grandes entre­pris­es, dont Total, Engie ou encore Crédit Agri­cole, y ont été mis­es en cause.

Les liens avec The Sun­rise Project ne s’arrêtent pas là : dans ses enquêtes, Dis­close s’est appuyée notam­ment sur les travaux de Reclaim Finance, une ONG engagée con­tre les éner­gies fos­siles et favor­able aux éner­gies renou­ve­lables, qui béné­fi­cie elle aus­si du sou­tien financier de The Sun­rise Project.

Selon les infor­ma­tions disponibles, The Sun­rise Project a été notam­ment financé par Bloomberg Phil­an­thropies, Sequoia Cli­mate Foun­da­tion et Oak Foun­da­tion, trois struc­tures forte­ment impliquées dans le finance­ment de la tran­si­tion énergé­tique et de la finance climatique.

Le sché­ma est le suiv­ant : Michael Bloomberg (via BloombergNEF) investit dans la décar­bon­a­tion et les éner­gies renou­ve­lables ; sa fon­da­tion Bloomberg Phil­an­thropies finance The Sun­rise Project qui pra­tique un lob­by­ing anti-éner­gies fos­siles, notam­ment en finançant le média Disclose.

Ce mod­èle n’est pas sans pos­er ques­tion : il donne l’aspect d’un écosys­tème cohérent où des fon­da­tions phil­an­thropiques engagées dans la décar­bon­a­tion finan­cent à la fois des organ­i­sa­tions mil­i­tantes et des médias pro­duisant des enquêtes con­vergeant vers les mêmes objectifs.

Dis­close revendique influ­encer les poli­tiques publiques.

Dis­close revendique par ailleurs un impact direct sur les poli­tiques publiques en « faisant bouger la loi ». Le média pub­lie chaque année un bilan de son influ­ence insti­tu­tion­nelle. Pour 2024, il fait état de 40 réper­cus­sions insti­tu­tion­nelles, dont 25 men­tions à l’Assemblée nationale et au Sénat par des députés EELV.

Dès lors, il est per­mis de pos­er la ques­tion sur l’indépendance réelle de Dis­close quant au choix de ses enquêtes, et de s’interroger sur l’influence des mécènes sur le con­tenu jour­nal­is­tique pro­duit. Un média peut-il se présen­ter comme totale­ment indépen­dant lorsqu’une par­tie impor­tante de ses ressources provient de fon­da­tions étrangères engagées dans des com­bats poli­tiques ou économiques explicite­ment identifiés ?

Dis­close n’a pas souhaité répon­dre à notre demande de contradictoire.

Antho­ny Marinier

Voir aus­si : Fonds pour une presse libre : der­rière les appels aux dons, les zones d’ombre du mod­èle Mediapart

 

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