Allemagne : l’empire médiatique Axel Springer veut-il briser le cordon sanitaire autour de l’AfD ?
Une rumeur de désaccord entre Mathias Döpfner, patron d’Axel Springer, et le chancelier Friedrich Merz enflamme la presse allemande. Selon plusieurs sources, le dirigeant du groupe médiatique aurait poussé le chef de la CDU à abandonner le « cordon sanitaire » qui isole l’AfD. Démentis de part et d’autre, la polémique révèle surtout l’inquiétude croissante de la gauche face à la montée du parti patriote et à la possible banalisation de ses positions.
C’est la polémique médiatique du moment outre-Rhin. Ainsi, le 21 juillet 2026, on pouvait lire sur le site de Deutsche Welle (le service public international de radiodiffusion allemand), sous la plume de Jens Thurau : « Mathias Döpfner, le puissant patron du groupe de médias allemand Axel Springer, a-t-il insisté pour que le chancelier chrétien-démocrate, Friedrich Merz, accepte de collaborer avec le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) ? »
Une question qui, depuis lors, agite frénétiquement la presse de gauche outre-Rhin, terrorisée à l’idée que le système de boycott antidémocratique entourant une AfD en plein essor électoral soit remis en cause.
Sous couvert d’anonymat, plusieurs témoins évoquent au moins deux entretiens houleux entre l’homme d’affaires et le chancelier. D’après ces divers récits, la teneur de ces entrevues aurait été la suivante : Döpfner souhaiterait que Merz mette un terme à la doctrine du « cordon sanitaire » interdisant à la droite chrétienne de s’allier à l’AfD, alors que Merz entendrait, lui, s’y tenir fermement.
La polémique entourant ce possible désaccord a été amplifiée par la maladresse de la chancellerie qui, face à la bronca des médias de gauche, a tout d’abord nié la tenue d’une quelconque rencontre entre Merz et Döpfner en 2026, avant de reconnaître qu’une entrevue avait été organisée « au printemps ».
Une volonté de rompre le « cordon sanitaire » autour de l’AfD ?
De son côté, sur le réseau social X, le groupe Axel Springer a démenti la teneur supposée des rencontres en affirmant que « les allégations selon lesquelles Mathias Döpfner aurait incité le chancelier à une alliance avec l’AfD étaient un mensonge éhonté ».
Des dénégations qui n’ont nullement été suffisantes pour apaiser la polémique qui continue à être entretenue par des journalistes et des politiciens de gauche et d’extrême gauche pour qui la fin du fameux « cordon sanitaire » serait une catastrophe absolue, ouvrant la perspective d’un accès, au moins partiel, de la droite nationale aux responsabilités du pouvoir.
Le groupe Springer, acteur de la « normalisation » de l’AfD ?
Pour l’ensemble de la gauche, cette affaire est plus globalement révélatrice de la complaisance supposée du groupe de presse conservateur vis-à-vis de l’AfD. Pour les médias de gauche, le florissant et puissant groupe (qui vient de racheter le titre britannique The Telegraph, pour 673 millions d’euros, voir) serait en partie responsable de la « normalisation » et de la « banalisation » de l’AfD et de ses discours et prises de positions. Ils rappellent notamment qu’en 2024, lors de la campagne des législatives, le journal conservateur Die Welt, navire amiral du groupe Springer (avec Bild), avait publié une tribune dans laquelle le milliardaire Elon Musk appelait les Allemands à voter pour le parti nationaliste.
La polémique est aujourd’hui d’autant plus vive que le contexte politique se tend outre-Rhin et que les diverses composantes de la gauche voient avec inquiétude s’approcher les prochaines échéances électorales qui pourraient marquer une nouvelle percée du parti patriote. Ainsi, pour les élections régionales qui doivent se tenir en septembre à Berlin, en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et en Saxe-Anhalt, la question du cordon sanitaire sera cruciale, puisque, par exemple, en Saxe-Anhalt, l’AfD se trouve largement en tête des sondages, avec plus de 40 % d’intentions de vote, contre à peine plus de 22 % pour l’Union chrétienne-démocrate (CDU).
Parallèlement à cela, dans un sondage mené en juin par l’institut Infratest-Dimap, 47 % des personnes interrogées estimaient que les partis traditionnels devaient arrêter d’exclure le parti nationaliste des négociations pour former des coalitions, soit environ 12 % de plus qu’en 2024.
Face à ces chiffres, on comprend aisément l’affolement apeuré qui saisit actuellement la gauche face à la perspective d’une rupture d’un « cordon sanitaire » qui est désormais sa seule garantie de survie.
L’hostilité de la gauche au groupe Springer, une vieille tradition historique
Le groupe Springer, fondé en 1946 par Axel Springer (1912-1985) à Hambourg, est un empire de presse qui génère un chiffre d’affaires de 2,2 milliards d’euros et qui a toujours assumé une ligne plutôt conservatrice et pro-occidentale. Un positionnement qui s’est renforcé avec l’arrivée de Mathias Döpfner, devenu PDG en 2002, qui a développé une ligne pro-américaine, pro-israélienne et libérale. De quoi susciter bien des jalousies, des animosités et des contestations.
Dans les années 1960-1970, le groupe était déjà la bête noire de la gauche étudiante et, en 1972, la RAF (Fraction Armée Rouge) a commis un attentat à la bombe contre ses locaux à Hambourg.
Ces dernières années, le groupe affichant explicitement son soutien à Israël et à la politique de Benyamin Netanyahu est régulièrement accusé « d’islamophobie » et de « négationnisme » vis-à-vis du « génocide de Gaza » par les médias et activistes d’extrême gauche.
Les actuelles rumeurs ne font donc que renforcer une hostilité latente et persistante de la gauche envers un groupe libéral-conservateur qui conteste son hégémonie sur le monde de l’information. Un groupe qui, pour sa part, nie toute volonté de pression politique et se contente de rappeler son attachement au pluralisme, à la liberté d’expression et de pensée, et au respect des choix et aspirations des citoyens et électeurs allemands. Un discours évidemment odieux pour les tenants de la démocratie à géométrie variable et les thuriféraires d’une « tolérance » excluant tous ceux qui ont l’outrecuidance de ne pas penser comme eux.
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