QuotaClimat : l’ONG qui veut verrouiller l’info sur le climat
Pour « lutter contre la désinformation climatique », l’ONG QuotaClimat a présenté le 10 juillet dernier 17 propositions au gouvernement. Son projet se traduirait par un renforcement du contrôle des médias. Créée en 2022 par d’anciennes assistantes parlementaires, cette association, largement financée par l’État et par des acteurs des énergies renouvelables, s’inscrit directement dans le plan gouvernemental prévu pour septembre.
En dépit de la chaleur, l’ONG ne veut pas rester dans l’ombre. QuotaClimat a dénoncé la « désinformation climatique » durant les épisodes caniculaires de l’été 2026. Car l’organisation revendique vouloir « garantir l’intégrité de l’information environnementale » ou encore « impulser la dynamique » en Europe. Le 10 juillet dernier, elle a adressé 17 propositions au gouvernement. Des recommandations qui tombent à pic, alors que l’Élysée avait annoncé pour septembre 2026 un « premier plan national sur l’accès à l’information sur l’environnement et le climat ».
Organiser un contrôle informationnel
Derrière une rhétorique en apparence louable comme « l’intégrité de l’information sur le changement climatique », la « protection des porte-paroles de l’environnement » et la lutte contre la « désinformation scientifique », plusieurs propositions de QuotaClimat instaurent en réalité un système sophistiqué de contrôle idéologique du débat public sur le climat.
L’objectif n’est plus seulement de combattre la négation franche du réchauffement anthropique, mais de rendre illégitime, suspecte ou sanctionnable toute remise en question des solutions politiques, des rythmes imposés, des coûts économiques ou des changements sociétaux radicaux qui en découlent.
L’institutionnalisation de l’Observatoire des Médias sur l’Écologie (proposition 1) constitue le pilier central de ce dispositif. En lui conférant une légitimité quasi officielle via des financements publics et un partenariat étroit avec l’ARCOM, l’INA et l’ADEME, le plan vise à transformer une structure militante en organe de surveillance permanent capable de mesurer, classifier et dénoncer en temps réel le travail des rédactions. « Protéger les porte-paroles de l’environnement » (2) que sont les scientifiques, journalistes ou acteurs de la société civile revient à les héroïser face à l’obscurantisme : l’ONG veut entre autres « signaler de manière honorifique le rôle joué par les porte-paroles de l’environnement pour récompenser leur courage ».
QuotaClimat veut ensuite durcir les outils de contrôle informationnels existants. La redéfinition du pluralisme interne (4) et le renforcement du mandat de l’ARCOM (10) permettent de considérer comme un manquement grave non seulement les propos ouvertement climatosceptiques, mais aussi l’absence de « contradiction suffisante » ou la sur-représentation de voix critiques vis-à-vis des politiques de transition écologique.
De même, la reconnaissance de la désinformation climatique comme risque systémique au titre du DSA (8) ouvre la porte à une régulation accrue des plateformes, avec déréférencement, réduction de visibilité algorithmique et sanctions possibles pour les contenus jugés déviants.

Former les petits soldats de la presse
Les mesures de formation viennent compléter cet édifice en agissant en amont. En imposant des modules obligatoires aux étudiants en journalisme (17), aux rédacteurs en chef et journalistes (15), ainsi qu’aux agents publics et négociateurs (14), le plan vise à uniformiser les grilles de lecture.
Les professionnels apprendront moins à questionner ou à contextualiser qu’à « contrer » immédiatement tout narratif non conforme, tandis que l’éducation à l’école (16) formera les futures générations à repérer comme « désinformation » toute critique des choix officiels. Il s’agit d’une ingénierie du consentement qui rend l’autocensure naturelle.
Enfin, les propositions sur les garde-fous éditoriaux (11), les contrats climat rendus obligatoires (12) et les actions diplomatiques européennes (6, 7) créent un environnement de pression permanente : peur des sanctions réglementaires, des pertes de visibilité, des conflits d’intérêts déclarés ou des campagnes de diffamation.
Au final, ce plan ne se contente pas de lutter contre les fake news : il redéfinit les contours acceptables du débat démocratique sur l’écologie. En érigeant une vérité officielle à la fois scientifique et politique, il transforme la dissidence en risque légal, médiatique et professionnel.
Mais cela doit-il étonner ? Non, car QuotaClimat est loin d’être une ONG comme les autres. Ses membres fondateurs sont directement liés au groupe parlementaire macroniste.
« QuotaClimat », au cœur du pouvoir
Les trois fondatrices de QuotaClimat sont en effet d’anciennes assistantes parlementaires de députés Renaissance :
- Eva Morel est la secrétaire générale de l’association. Ancienne élève de Sciences Po et titulaire d’un master en politique environnementale, elle a travaillé en tant qu’assistante parlementaire de Sandrine Le Feur, ex-députée Renaissance du Finistère et agricultrice bio.
- Vient ensuite sa sœur Lola Morel, elle aussi diplômée de Sciences Po et ex-collaboratrice parlementaire de Delphine Bagarry, ex-députée RE des Alpes-de-Haute-Provence.
- Enfin, Anne-Lise Vernières, sciencepiste également, est présidente de QuotaClimat et ex-collaboratrice parlementaire de Jean-Charles Colas-Roy (ex-député RE de l’Isère).
Toutes les trois possèdent par conséquent le CV idoine qui leur permet d’obtenir un carnet d’adresses fourni et des soutiens de taille du monde politique et médiatique français.
Attaque contre CNews
Créée en 2022 lors de la campagne présidentielle, l’ONG s’est d’abord présentée comme une initiative citoyenne visant à renforcer la visibilité des enjeux climatiques et écologiques dans les médias audiovisuels français. Rapidement, elle a évolué vers un rôle de surveillance active : elle analyse les débats et interviews sur la transition énergétique, dénonce ce qu’elle considère comme de la désinformation, et multiplie les saisines auprès de l’ARCOM, obtenant des mises en garde contre des médias comme Sud Radio et CNews (voir ce fil).
En août 2023, CNews s’est vu infliger une amende de 20 000 euros pour « manquements à ses obligations d’honnêteté » à cause d’une séquence où un invité, Philippe Herlin, « niait le rôle de l’activité humaine dans le réchauffement climatique » (voir ce fil).
En outre, sur leur compte Instagram, QuotaClimat accuse la chaîne d’information d’être à l’origine de 174 cas de « mésinformation climatique » : une notion plutôt vague qui leur permet de signaler régulièrement CNews à l’ARCOM.
Financements publics et privés
Or, l’ARCOM fait justement partie, avec l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie [ADEME], des soutiens publics puissants sur lesquels peut compter QuotaClimat.
QuotaClimat dispose par ailleurs, selon une enquête de Géraldine Woessner pour Le Point en octobre 2025, de moyens financiers conséquents, avec près de 800 000 euros mobilisés en deux ans : 28 000 euros de l’ARCOM (en 2024), 125 000 euros de l’ADEME, et 300 000 euros de la Fondation de France. Ces soutiens publics et privés ont alimenté son Observatoire des médias sur l’écologie (OME) lancé en novembre 2024. L’OME propose « des données chiffrées sur le traitement médiatique des enjeux environnementaux dans les programmes d’information » et son objectif est de « façonner les attitudes, les comportements et les politiques […] en faveur de la transition écologique en la rendant désirable. »
Quand @GeWoessner climatise @QuotaClimat :
« Vous êtes de ces ONG qui, par idéologie, par biais militant, produisent de la désinformation alors même que vous prétendez les corriger… » pic.twitter.com/736qYHKiMR— Documentaire et Vérité (@DocuVerite) March 27, 2026
Les liaisons dangereuses de QuotaClimat avec le gouvernement
L’association QuotaClimat présente également des conflits d’intérêts préoccupants du côté de ses financements privés. Si les soutiens publics (ARCOM, ADEME) sont déjà conséquents, les contributeurs privés apparaissent plus discrets mais stratégiques.
Toujours selon Géraldine Woessner du Point, Valorem, grand acteur français des parcs éoliens et solaires, a déboursé 5 000 euros pour QuotaClimat. D’autres financeurs évoluent dans le même écosystème : Astris Finance (banque d’affaires spécialisée dans les infrastructures vertes), ENOWE (société d’investissement « pro-climat ») ou encore la néobanque Green-Got, qui oriente ses placements vers des projets « zéro carbone ». Ces liens créent une situation ambiguë où une structure qui se pose en juge impartial de l’information climatique bénéficie du soutien direct d’acteurs économiques dont les revenus dépendent largement du déploiement accéléré des renouvelables et du récit dominant sur l’urgence climatique.
Ces conflits d’intérêts privés s’ajoutent à des soutiens directs du gouvernement. En effet, en 2023, l’association QuotaClimat a bénéficié de 350 000 euros de subventions de la part du ministère de la Culture (Le Point).
Cette proximité entre une association militante, des intérêts industriels verts et le pouvoir exécutif renforce l’impression d’un écosystème fermé où la lutte contre la « désinformation » sert aussi à protéger un modèle économique et politique dominant, tout en marginalisant les voix critiques sur la faisabilité ou les impacts concrets de la transition énergétique.
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