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Diffusion d’images de policiers : le bal des faux derches

2 décembre 2020

Temps de lecture : 4 minutes

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Diffusion d’images de policiers : le bal des faux derches

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Diffusion d’images de policiers : le bal des faux derches

2 décembre 2020

Ils étaient nombreux dans la rue, ce samedi 28 novembre 2020, à manifester sous le coup de l’émotion suscitée par les images de l’arrestation musclée de Michel Zecler et de bousculades de clandestins place de la République à Paris. Syndicats, associations droits de l’hommistes, partis politiques d’extrême gauche, black blocks, tous affirmaient défendre la liberté de filmer et de diffuser les images de policiers en service et plus généralement la liberté d’expression. Et si toute cette agitation était un bal de faux derches ?

L’arrestation qui met le feu aux poudres

Il y a eu de nom­breux motifs de s’indigner ces dernières semaines. L’attaque sauvage au couteau par un Pak­istanais de deux per­son­nes dont le seul tort était de se trou­ver à prox­im­ité des anciens locaux de Char­lie heb­do, la décap­i­ta­tion d’un pro­fesseur à Con­flans-Sainte-Hon­orine qui voulait sen­si­bilis­er ses élèves à la lib­erté d’expression, l’agression mortelle au couteau par un clan­des­tin tunisien de trois per­son­nes dans une basilique à Nice. Mais il faut croire qu’il y a des événe­ments aux­quels on doit s’habituer, et d’autres non. Pierre Sautarel le souligne sur Twit­ter : la notoriété sur Google de “Michel Zecler”, et celle de “Vin­cent Loquès”, le sac­ristain égorgé dans l’église à Nice, sont sans com­mune mesure.

En ce same­di 28 novem­bre, c’est une émo­tion qua­si nationale qui a poussé des dizaines de mil­liers de man­i­fes­tants à bat­tre le pavé dans plusieurs villes de France. Leur moti­va­tion : dénon­cer le fameux arti­cle 24 de la loi sur la sécu­rité glob­ale, et aus­si, et peut-être surtout, dénon­cer l’arrestation mus­clée d’un pro­duc­teur de musique le 21 novem­bre à Paris, ren­due publique grâce à des images de télésurveillance.

Un précédent : la tribune sur la liberté de la presse

En sep­tem­bre de cette année, près d’une cen­taine de médias français a signé une tri­bune parue en cou­ver­ture de Char­lie Heb­do pour la « lib­erté d’expression et de la presse ».

L’OJIM avait à l’époque souligné toute l’ambiguïté, et le terme est faible – de cette tri­bune, qui exclu­ait tout ce que les médias comptent de poli­tique­ment incor­rect. De récents exem­ples nous mon­trent de nou­veau que la « lib­erté d’expression » que nos parangons de la ver­tu pré­ten­dent défendre est bien étriquée.

Un reporter d’images téméraire, mais sans trop

Ce 28 novem­bre, les images d’un « reporter d’images » ont été large­ment dif­fusées dans les médias : un polici­er se faisant copieuse­ment tabass­er par des black blocks lors de la man­i­fes­ta­tion parisienne.

Mais ne vous avisez pas à les chercher sur le compte Twit­ter de son auteur : il les a pure­ment sup­primées après leur dif­fu­sion dans les médias de grand chemin.

Gilles-William Gold­nadel s’interroge fausse­ment inno­cent sur Twit­ter :

« Pour­rais-je con­naître @TaoualitAmar l’impérieuse rai­son qui vous a fait sup­primer la vidéo d’un polici­er lynché? Un esprit cha­grin penserait que c’est pour éviter des ennuis judi­ci­aires aux Antifas, Black­Blocks ou autres fas­cistes d’extrême-gauche. Mais je ne suis pas chagrin ».

France 3 a le floutage sélectif

Les médias de grand chemin ne sont pas en reste : France 3 Aquitaine a filmé des exac­tions des blacks blocs à Bor­deaux. Comme Jean-Pierre Versi­ni le fait remar­quer sur Twit­ter :

« Les jour­nal­istes floutent le vis­age d’émeutiers et par­ticipent à des man­i­fs pour ne pas flouter les vis­ages de flics c’est bien à ça qu’on voit qu’on a atteint le bout du bout ».

Les jour­nal­istes de la chaîne locale auraient-ils déjà anticipé la loi sur la sécu­rité glob­ale, ou est-ce un choix délibéré de ne pas faciliter les pour­suites judi­ci­aires de cer­tains manifestants ?…

Reprenons, des man­i­fes­tants veu­lent con­tin­uer à filmer des policiers en ser­vice car ils peu­vent être vio­lents. Mais il est telle­ment incon­fort­able de filmer les casseurs qu’il vaut mieux ne pas affich­er l’avoir fait, voire, il vaut mieux flouter les images des casseurs pour les préserver…

Les images que vous ne verrez jamais

Pour éviter les prob­lèmes, mieux vaut les sup­primer. C’est prob­a­ble­ment ce raison­nement qu’a eu l’équipe du jour­nal­iste Thomas Sot­to. Ce dernier souhaitait ani­mer une émis­sion à Grigny, en Essonne. Loin des beaux quartiers et des sièges des grands médias. Vous n’y pensez pas !

Thomas Sot­to l’a recon­nu le 26 novem­bre lors de l’émission « Vous avez la parole » sur France 2 : « Cette émis­sion, on voulait la faire à Grigny à l’o­rig­ine. La police nous a dit : on n’est pas sûr, on n’est pas capa­ble de sécuris­er les lieux. En 2020, on ne peut pas faire une émis­sion de télévision ».
Un reportage qui serait par­ti en live et aurait mon­tré la sit­u­a­tion totale­ment chao­tique des ban­lieues en France, vous n’y pensez pas !

Dans ce con­texte, André Bercoff est bien seul à con­tin­uer à s’indigner sur Sud Radio de l’attaque de plus de 60 com­mis­sari­ats par des cra­pules depuis le début de l’année, jusque dans la province autre­fois la plus tranquille.

Les mots et les images

Il n’y a pas que les images qui sont manip­ulées par cer­tains jour­nal­istes. On aura com­pris que les vio­lences des black blocks sont à relativiser.

Pierre Sautarel le souligne sur Twit­ter :

« Hal­lu­ci­nant com­ment la jour­nal­iste de @CNEWS présente le lyn­chage d’un polici­er. “Des coups sont don­nés de part et d’autre” »

Il souligne égale­ment que France 24 n’est pas en reste quand la chaîne titre :

«  Loi “sécu­rité glob­ale” : au moins 133 000 man­i­fes­tants en France, quelques inci­dents à Paris ».

Quels sont ces « inci­dents » dont par­le France 24 ?

Les Dernières nou­velles d’Alsace nous infor­ment du bilan des man­i­fes­ta­tions de samedi :

« 98 policiers et gen­darmes blessés ». Com­bi­en de dents cassées, de mem­bres brisés, de brûlures, etc. ? On cherche vaine­ment des pré­ci­sions et de la com­pas­sion dans les médias de grand chemin…

Se pos­er ce type de ques­tion sem­ble relever du mau­vais goût. Il devient patent que par un sou­verain mépris de classe, on ne s’apitoie pas sur les flics blessés. Des images de flics qui cassent du man­i­fes­tant, voilà qui fait ven­dre. On avait compris…

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