Bruxelles a placé Alexandra Jost, influenceuse russo-américaine connue sous le nom de « Sasha Meets Russia », sur sa liste de sanctions le 15 juin. Elle est accusée de diffuser de la propagande du Kremlin sous couvert de contenus « lifestyle » pour Russia Today.
« Européens, demandez-vous, de quoi ont-ils si peur ? » a réagi dans une vidéo Alexandra Jost, dénonçant des autorités craignant « la vérité ». La jeune influenceuse a été placée sur la liste des personnalités sanctionnées de l’UE le 15 juin, elle est donc interdite de séjour en Europe et voit ses avoirs gelés.
En principe, rien d’original : des voyages, des festivals, des scènes de vie quotidienne et des paysages. Un hic : il s’agit de la Russie. Et cela déplaît au Conseil de l’UE, qui a indiqué qu’Alexandra Jost a produit du contenu rémunéré par TV-Novosti, l’entité derrière Russia Today, interdite de diffusion depuis 2022. Elle est accusée d’avoir perçu en moyenne 170 000 roubles russes (environ 2 000 dollars) par mois de RT au cours des trois premiers trimestres de 2024, une information révélée par le média d’opposition russe installé à Riga, Novaya Gazeta, en février 2025, se référant à ses déclarations fiscales. Elle et son mari auraient également bénéficié de subventions de la Fondation présidentielle pour les initiatives culturelles du Kremlin via l’agence « Limitless ».
Le compte EUvsDisinfo, officiellement lié à l’UE, s’est réjoui de la nouvelle, la qualifiant de « propagandiste russe connue pour diffuser de la propagande du Kremlin déguisée en contenu lifestyle pour le compte de Russia Today ». « N’espérez pas voir ‘’Sasha Meets Europe’’ de sitôt. »
« Une excellente chose pour une propagandiste »
« Une excellente chose pour une propagandiste clairement identifiée qui ne pourra désormais plus placer un pied en territoire européen », a aussi salué sur X l’influenceur Louis Duclos, très engagé en faveur de l’Ukraine. Ce dernier a été impliqué dans des rencontres et collaborations avec le Quai d’Orsay pour promouvoir la ligne de l’exécutif, sans toutefois être rémunéré par celui-ci, a‑t-il affirmé.
Duclos voit dans les sanctions visant l’influenceuse une réponse à la guerre hybride russe sur les réseaux : « Il y a clairement une stratégie de manipulation derrière. Ce procédé va se multiplier dans les années à venir. Ne soyons pas naïfs et sanctionnons-les ».
Alexandra Jost, the Russian propagandist know for disseminating Kremlin propaganda dressed up as lifestyle content on behalf of Russia Today, has just been placed under EU sanctions. Don’t expect ‘Sasha Meets Europe’ anytime soon. pic.twitter.com/cCjRf0bzfQ
— EUvsDisinfo (@EUvsDisinfo) June 15, 2026
« Je suis le pire cauchemar de l’UE »
Selon les motifs officiels, Alexandra Jost aurait notamment diffusé des affirmations comme « la Crimée est la Russie et bientôt toute l’Ukraine le sera aussi ». Alexandra Jost a moqué en retour la haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères, surnommée ironiquement « Kaka Kallas ».
De nationalités américaine et russe, Alexandra Jost est née en 1998. Elle s’est réinstallée à Saint-Pétersbourg à 19 ans, avant de commencer ses activités sur YouTube en 2023. Son compte TikTok a rapidement engrangé plus de 160 000 abonnés. Ses vidéos y accumulent des millions de vues, 13 millions par exemple pour des babushki (grands-mères) russes chantant à l’accordéon. Son compte sur Instagram a été supprimé en mars 2025 alors qu’il approchait les 300 000 abonnés (avec plus de 100 millions de vues cumulées). En juin dernier, elle publiait une vidéo avec l’activiste américaine Candace Owens à l’occasion du passage de celle-ci à Saint-Pétersbourg.
I got sanctioned by the European Union! 😁 Kaka Kallas has nothing better to do than sign a sanctions list against bloggers, journalists, and even a priest. Europeans, ask yourself, what are they so afraid of? Sanctions mean I’m on the right track! I’ll always share the truth 🇷🇺 pic.twitter.com/fF6pcHxQXp
— Sasha Meets Russia (@sashameetsrus) June 15, 2026
Parmi les autres personnes sanctionnées ce mois-ci : dix personnes et une entité accusées de relayer la propagande russe ou de coordonner des influenceurs via des financements du Kremlin. Parmi les autres personnes visées figurent notamment Maria Vladimirovna Dudko (directrice de l’agence « Limitless »), le publiciste Roman Yurevich Antonovskii, la journaliste RT Olga Kiriy, l’ancien commissaire aux droits de l’enfant Pavel Astakhov, ainsi que le métropolite Georgiy Shevkunov, que l’on dit confesseur de Vladimir Poutine. L’entité sanctionnée est la Fondation présidentielle pour les initiatives culturelles.
Le processus de diabolisation se poursuit, pour rendre les voix liées à la Russie infréquentables. En décembre 2025, l’Union européenne avait ajouté les noms des analystes Jacques Baud et Xavier Moreau à sa liste de sanctions, accusés d’être des « porte-parole de la propagande pro-russe », notamment pour avoir contesté la version officielle du déclenchement du conflit en Ukraine. Les deux hommes ont vivement dénoncé des sanctions qu’ils considèrent comme une atteinte à la liberté d’expression. Xavier Moreau, citoyen français expatrié à Moscou et travaillant pour RT, a été sanctionné sans procès.
En ce mois de juin 2026, plusieurs eurodéputés macronistes ont réclamé de sanctionner Xenia Fedorova, ancienne directrice de RT France devenue chroniqueuse pour CNews.
Édouard Chanot

