Moins de deux mois après la publication du rapport Alloncle sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public, qui remettait en cause son bilan à France TV, Delphine Ernotte a obtenu un quatrième mandat à la tête de l’UER, l’Union européenne de radio-télévision. Une consécration européenne qui ne referme pourtant aucun des dossiers ouverts à Paris.
À Prague, ses pairs lui ont renouvelé leur confiance, un peu comme les eurodéputés réélisent Ursula von der Leyen à la tête de la Commission européenne. Le 25 juin, Delphine Ernotte a été reconduite à la majorité absolue lors de la 96ᵉ assemblée générale de l’Union européenne de radiotélévision.
En dépit d’un bilan très contestable à la tête de France Télévisions. À l’Assemblée nationale, en effet, le rapport Alloncle a, lui, dressé un tableau sévère de l’audiovisuel public français. Le contraste est saisissant : reconnaissance internationale d’un côté, demandes de comptes de l’autre.
Un quatrième mandat pour défendre la citadelle
Le mandat de Delphine, qui couvrira 2027 et 2028, sera exercé avec la vice-présidente Cilla Benkö, directrice générale de la Radio suédoise, et consiste à diriger le Conseil exécutif, représenter les médias de service public européens et défendre leurs intérêts (régulation, financement, pluralisme, numérique).
La présidente de France Télévisions a remercié les membres pour leur « confiance renouvelée », estimant que les médias de service public font face à de « graves menaces ». Elle entend défendre leur « contribution essentielle » à la vie démocratique et culturelle, ainsi que la « souveraineté nationale et européenne ».
Le vocabulaire de la forteresse assiégée est désormais bien rodé. Pourtant les critiques adressées au service public ne relèvent pas toutes d’une volonté de destruction mais portent plutôt sur ses dépenses, sa gouvernance, ses choix éditoriaux et sa capacité à rendre des comptes aux contribuables.
L’Europe ne dispense pas de rendre des comptes
La réélection de Delphine Ernotte prouve qu’elle conserve une solide légitimité auprès des dirigeants des médias publics européens. Elle ne vaut cependant ni quitus financier ni certificat d’impartialité pour France Télévisions.
Le rapport en travers de la gorge
Le député Charles Alloncle a, au cours de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, dénoncé la mauvaise gestion financière de Delphine Ernotte, ce que celle-ci a systématiquement contesté.
Adopté le 27 avril par 12 voix contre 10 et publié le 5 mai, le rapport rassemble 69 recommandations. Son auteur affirme vouloir « sauver l’audiovisuel public », non le supprimer. Il dénonce une « culture de l’irresponsabilité » dans laquelle « l’exigence de reddition des comptes semble s’être éclipsée des consciences ».
Parmi ses propositions : fusionner France 2 et France 5, rapprocher France 3 du réseau ICI, réunir Franceinfo et France 24, supprimer France 4 et France TV Slash, ou encore auditer les nombreux postes comportant les titres de « directeur » et de « secrétaire général ».
Le rapport demande aussi une mise en concurrence effective des contrats de production supérieurs à un million d’euros et l’internalisation des émissions de débat, d’opinion ou d’information.
Depuis 2015, sa présidente a fait du numérique, de la diversité et de la coopération européenne les marqueurs de son action. Le rapport Alloncle rappelle qu’un autre impératif demeure : justifier l’usage de l’argent public et démontrer que le pluralisme ne se résume pas à l’entre-soi.
À Prague, Delphine Ernotte a été confortée. À Paris, le débat reste ouvert.
Olivier Frèrejacques

