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La crise des migrants vue par Arte : les bons et les méchants

15 juillet 2017

Temps de lecture : 3 minutes
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La crise des migrants vue par Arte : les bons et les méchants

[Red­if­fu­sions esti­vales 2017 – arti­cle pub­lié ini­tiale­ment le 21/06/2017]

Arte a diffusé mardi 13 juin 2017 un documentaire intitulé « 3 jours en septembre ». Il est résumé de la façon suivante sur le site de la chaine : « Au début du mois de septembre 2015, la chancelière allemande Angela Merkel décide de laisser entrer en Allemagne des milliers de réfugiés syriens bloqués en Hongrie. Retour sur trois jours qui ont changé l’histoire ».

Par­mi les per­son­nes témoignant au cours du doc­u­men­taire, Marie Schutte, bénév­ole à la gare de Keli­ti (Hon­grie), Melis­sa Flem­ing, porte parole de l’UNHCR (haut comité aux réfugiés des Nations Unies), Petra Ben­del, spé­cial­iste des migra­tions, Thomas de Maiz­ière, Min­istre de l’intérieur alle­mand, Angela Merkel, la Chancelière alle­mande, József Czukor, ancien ambas­sadeur de Hon­grie à Berlin, Bernd Ulrich, jour­nal­iste au jour­nal alle­mand Die Zeit et le jour­nal­iste d’Arte qui nous grat­i­fie de nom­breux com­men­taires entre les inter­views.

Verbatim

Le jour­nal­iste d’Arte intro­duit le sujet en indi­quant qu’en Hon­grie, les migrants étaient alors blo­qués à la gare, « c’est la con­fu­sion la plus totale. (… ) ». Les migrants veu­lent quit­ter la Hon­grie car « le gou­verne­ment s’évertue à ne leur don­ner aucune per­spec­tive ».

Pourquoi le nom­bre de réfugiés a‑t-il aug­men­té si soudaine­ment en sep­tem­bre ? « à cause de l’exacerbation des con­flits » selon Petra Ben­del.

L’élément déclencheur : « Le tweet du min­istère de l’office fédéral (alle­mand) a créé un effet d’aspiration » car il indi­quait qu’il n’y aurait pas de ren­vois de syriens en Hon­grie… . « Ils savaient qu’ils pou­vaient tous aller en Alle­magne » selon Thomas de Maiz­ière.

À par­tir du moment où ce tweet a été con­nu, « tout le monde avait la nation­al­ité syri­enne », « mais qua­si­ment per­son­ne ne pou­vait le prou­ver » indique Marie Schutte.

Le jour­nal­iste du Zeit indique qu’il fal­lait alors « choisir dans la pré­cip­i­ta­tion entre la cul­ture de l’accueil ou du rejet ».

Le jour­nal­iste d’Arte pré­cise que « la gare de Budapest devient une caisse de réson­nance médi­a­tique ». « La marche des migrants a un effet d’aimant, plus rien ne sem­ble les arrêter ». « L’Allemagne met l’Autriche et la Hon­grie devant le fait accom­pli, sans se souci­er du sort des réfugiés » en affré­tant des bus pour con­duire les migrants dans ces pays.

Selon le jour­nal­iste « les scènes de Hon­grie (un migrant qui a agrip­pé une voie de chemin de fer pour exiger de pou­voir aller en Alle­magne) et les pho­tos de la cul­ture de l’accueil alle­mande ont pour point com­mun de nous mon­tr­er que quand les images cir­cu­lent libre­ment, le con­trôle échappe aux poli­tiques ». « L’Allemagne a mon­tré un jour accueil­lant et le flux des réfugiés sem­ble sans fin, ce qui n’est pas sans sus­citer quelques craintes ».

La parole est alors don­née à un représen­tant des autorités alle­man­des qui indique que l’Allemagne « ne peut à elle seule accueil­lir à elles seules tous les réfugiés du monde ». Le jour­nal­iste d’Arte reprend : « Le refrain de la sur­pop­u­la­tion des réfugiés est repris par tous les extrémistes et pop­ulistes d’Europe ». « Pour eux, les crises human­i­taires ne sont pas un argu­ment ».

Celui du Zeit devient sen­ten­cieux : « Cette absence d’image (sur l’exode) devrait nous inter­roger ». Le jour­nal­iste d’Arte enfin inter­roge : « la poli­tique des fron­tières cade­nassées ne détru­it-elle pas nos valeurs ? ». « Ces jours ont-ils sec­oué les con­sciences ? L’Europe est-elle en train de devenir adulte ou se dirige-t-on vers un dur­cisse­ment des fron­tières comme en Hon­grie ? ».

Analyse

Il ressort de ces inter­views et surtout des com­men­taires du jour­nal­iste d’Arte que la Hon­grie serait arc boutée « dans la cul­ture du rejet », sans que l’on en con­naisse les raisons. A aucun moment ne sont évo­qués la sit­u­a­tion sociale et économique de ce pays, la coex­is­tence plus en moins dif­fi­cile entre cul­tures, la volon­té d’éviter la for­ma­tion des ghet­tos eth­niques dont peu­vent s’enorgueillir la France et d’autres pays européens, etc…

Le flux des migrants, bien qu’attisé par des out­ils tech­nologiques et medias mod­ernes (smart­phones, tweets) est présen­té comme un phénomène naturel : « Le con­trôle échappe aux poli­tiques ».

Quand la ques­tion du flux « sans fin » de migrants est évo­quée, la parole est don­née à un Min­istre alle­mand qui ne par­le pas de le frein­er mais de le répar­tir avec les autres pays européens. L’augmentation con­tin­ue du nom­bre des deman­deurs d’asile est un « refrain repris par les extrémistes » et non pas un élé­ment factuel. Les pays qui « fer­ment leur fron­tières  » ne sont pas « adultes ».

Ce doc­u­men­taire est dans la lignée de celui dif­fusé mar­di 11 avril sur la chaine France 5 et inti­t­ulé « Après la jun­gle ». Con­sacré à « la redi­rec­tion des migrants de Calais vers des cen­tres d’ac­cueil et d’ori­en­ta­tion», il n’a exploré qu’un seul reg­istre : celui de l’émotion, de l’empathie et de la cul­pa­bil­i­sa­tion, comme si ces émo­tions devaient guider toutes les déci­sions et opin­ions en la matière.

Tout au long de « 3 jours en sep­tem­bre », aucun élé­ment chiffré sur une péri­ode plus longue ne sera don­né. Il importe de ne pas diluer le mes­sage. Aucun élé­ment sur les con­séquences de ces arrivées mas­sives et le choc des cul­tures dans des pays européens con­fron­tés au chô­mage de masse ne sera dis­pen­sé. Pas de pré­ci­sions non plus sur les nation­al­ités et moti­va­tions essen­tielle­ment économiques de migrants autres que syriens. Ne par­lons pas de cer­taines raisons, notam­ment économiques et démo­graphiques, de l’Allemagne dans cet accueil mas­sif, passées sous silence par le jour­nal­iste d’Arte. À ce stade, il s’agit de com­menter le choc de pho­tos, comme celle du petit Aylan, et de sus­citer l’émotion et le bon sen­ti­ment. Pas d’élargir la réflex­ion sur le sujet. Bref, une cer­taine forme de mil­i­tan­tisme.

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