Ojim.fr
Veille médias
Dossiers
Portraits
Infographies
Vidéos
Faire un don
Comment les allemands veulent voir l’Islam

28 juillet 2016

Temps de lecture : 3 minutes
Accueil | Veille médias | Comment les allemands veulent voir l’Islam

Comment les allemands veulent voir l’Islam

[Pre­mière dif­fu­sion le 23 févri­er 2016] Red­if­fu­sions esti­vales 2016

La Bundeszentrale für politische Bildung (Agence fédérale allemande pour la formation politique), très officielle émanation du Ministère fédéral allemand de l’intérieur, publie une série de vidéos déconcertantes sur l’islam.

L’enfer est pavé de bonnes inten­tions. La BpB a été créée en 1952 en tant qu’organisme de pro­pa­gande et de réé­d­u­ca­tion de la pop­u­la­tion alle­mande avec les meilleures inten­tions du monde : il s’agissait en effet alors d’extirper du cœur de cette dernière toute nou­velle ten­ta­tion total­i­taire. Le dan­ger que représen­tait la nature fon­da­men­tale­ment total­i­taire et donc por­teuse de tous les fer­ments de la destruc­tion de ce qu’il devait défendre d’un tel organ­isme ne fut pas perçu au moment de sa créa­tion.

La société alle­mande s’est fra­cassée à Cologne con­tre le mur des réal­ités. Qu’à cela ne tienne : dans l’Allemagne d’aujourd’hui, les réal­ités ne sont pas seule­ment ignorées… leur descrip­tion est à la lim­ite de l’illégalité. Comme le mythe social­iste dans l’ex-URSS, c’est la fic­tion « Mul­ti­kul­ti » qui est la seule vérité pens­able et autorisée.

C’est dans ce con­texte que la BpB a lancé un pro­jet visant à « informer sur l’islam » afin de « lut­ter con­tre les préjugés ». Ce pro­jet con­siste en toute une série de vidéos présen­tant les inter­ven­tions de blogueurs réel ou impro­visés pour l’occasion sous l’égide de la BpB. Le titre générique du pro­jet glob­al est « Info Islam ». Le résul­tat est pour le moins décon­cer­tant.

Prenons un sim­ple exem­ple : celui de la vidéo de 6 min­utes por­tant le titre de « Dji­had ».

On y voit une femme voilée et en djella­ba expos­er, toute souri­ante et dans un alle­mand par­fait, ce que recou­vre selon elle la notion de « Dji­had ». La sym­bol­ique d’infériorité de la femme que mar­que son accou­trement échappe totale­ment au BpB qui a oublié au pas­sage les principes d’égalité des sex­es pour­tant énon­cés dans la Grundge­setz, la loi fon­da­men­tale alle­mande.

La jeune femme com­mence par expli­quer docte­ment que « Dji­had » veut dire mot-à-mot « effort », en l’occurrence un effort à déploy­er afin d’atteindre un cer­tain but. Ni plus ni moins. Le rap­port avec l’idée de « guerre sainte » : aucun. Les Islamistes se trompent : ils par­lent de Dji­had mais pro­jet­tent dans ce mot leur pro­pre haine et leur pro­pre vio­lence, en ne faisant que répan­dre les préjugés con­tre une reli­gion mon­di­ale. Ils divisent et sont dans l’erreur, n’ayant rien com­pris à leur pro­pre foi.

« Dji­had », con­tin­ue-t-elle, est une vision mar­quant la volon­té de s’améliorer en tant qu’être humain, à ne pas se laiss­er aller à l’avidité et à l’égoïsme et à écouter l’autre avec un cœur ouvert. « Dji­had » veut dire tout sim­ple­ment… « être humain » !

Il y a un grand et un petit dji­had.

Le grand Dji­had désigne un grand effort religieux. Certes, on le con­cède ici, un tel effort a bien désigné aux débuts de l’islam la guerre. Mais ce n’était qu’au début, et les restric­tions étaient nom­breuses : un ordre du cal­ife était néces­saire, les savants mod­ernes ne recon­nais­sent plus que les guer­res défen­sives, etc. Tout ceci est donc obsolète. La notion que le Coran est la parole incréée de Dieu passe com­plète­ment à la chausse-trappe. L’islam accepte totale­ment aujourd’hui le principe de la coex­is­tence paci­fique des peu­ples sous l’égide des insti­tu­tions inter­na­tionales. Il veut dire respecter les traités inter­na­tionaux et l’amitié entre les peu­ples.

La jeune femme finit enfin par expli­quer ce qu’est le « petit Dji­had » — son Dji­had :

  • Il veut dire « se lever tôt le matin au lieu de se prélass­er au lit »
  • Il veut dire « aller à l’université et faire un effort d’apprentissage et de com­préhen­sion »
  • Il veut dire « être patient avec les autres, même s’ils cherchent à me met­tre en rage »
  • Il veut dire « rechercher des com­pro­mis », « dire la vérité », « être ami­cal »
  • Il veut dire « tra­vailler », « être con­scient de ses respon­s­abil­ités sociales » et « être dis­posé à dis­cuter avec les autres et à échang­er avec les autres au moyen des mots ».

On notera donc la totale con­gru­ence de la notion de « Dji­had »… avec les valeurs cen­trales de la société alle­mande, tra­vail, effort, cohé­sion sociale, sens du com­pro­mis, maîtrise de soi…

L’enseignement de cette vidéo sur­réal­iste ? L’universel, cette valeur exaltée par le monde con­tem­po­rain, ne peut être incar­né que par une infinité de par­tic­u­lar­ités et de par­tic­u­lar­ismes. Au-delà ce n’est qu’une idée pla­toni­ci­enne hors du temps et de l’espace. L’Allemagne se pense uni­verselle, comme le font toutes les autres sociétés occi­den­tales. Les musul­mans sont des « être humains comme les autres »… donc ce sont des alle­mands comme les autres.

Sur le même sujet

Related Posts

None found

Téléchargement

Poubelle la vie :
un dossier exclusif

Cela dure depuis quinze ans et diffuse chaque soir tous les stéréotypes « progressistes » les plus éculés...
Après le dossier Yann Barthes, voici un dossier exclusif sur la série Plus belle la vie alias “Poubelle la vie”, machine de guerre idéologique du monde libéral libertaire.
Pour le recevoir rejoignez nos donateurs (avec un reçu fiscal de 66 %).

Derniers portraits ajoutés

Christophe Ono-dit-Biot

PORTRAIT — Né en jan­vi­er 1975 au Havre, Christophe Ono-dit-Biot a fait Hypokhâgne et Khâgne au lycée Jan­son-de-Sail­ly, à Paris, puis un DEA de Lit­téra­ture com­parée sur les écrivains fin de siè­cle « déca­den­tistes ». Il est agrégé de let­tres mod­ernes (2000).

Ali Baddou

PORTRAIT — Ali Bad­dou n’est pas seule­ment présen­ta­teur-jour­nal­iste et pro­fesseur de philoso­phie poli­tique à Sci­ences-Po. Ce mem­bre de l’hyperclasse mon­di­ale est avant tout au cœur des réseaux de pou­voir maro­cains, français (mit­ter­ran­di­ens et social­istes) et médi­a­tiques.

Johan Hufnagel

PORTRAIT — Bien qu’il n’ait, pour un jour­nal­iste, pas écrit grand chose, Johan Huf­nagel n’en est pas moins par­venu à se hiss­er aux postes clés des médias où il a posé ses valis­es. Il n’y a là rien d’é­ton­nant : son secteur d’ac­tiv­ité n’est ni l’in­ves­ti­ga­tion, ni même la sim­ple rédac­tion, mais le numérique.

Laure Daussy

PORTRAIT — Lau­re Daussy, jour­nal­iste chez Arrêt sur images traque, tou­jours avec pugnac­ité et par­fois sec­tarisme, ce qu’elle con­sid­ère de façon axioma­tique comme des préjugés sex­istes, misog­y­nes, homo­phobes ou racistes dans les représen­ta­tions médi­a­tiques.

Jonathan Bouchet-Petersen

PORTRAIT — L’entourage pro­fes­sion­nel et famil­ial de Jonathan Bouchet-Petersen est mar­qué par ses liens avec le Par­ti social­iste et ses dirigeants : les réseaux strauss-kah­niens ou de Ségolène Roy­al, la Fon­da­tion Jean Jau­rès, l’agence de com­mu­ni­ca­tion Havas World­wide de Stéphane Fouks, la Netscouade, Medi­a­part…

"Le partage, c'est le secret du bonheur."

Sylvain Augier, reporter, animateur de radio et de télévision