Quand un organe de presse change de mains, les journalistes bénéficient d’une clause de cession permettant de partir dans de bonnes conditions. Après le rachat par Bernard Arnault du groupe de Claude Perdriel, les journalistes de Challenges comme ceux des autres titres du même groupe ont jusqu’à fin avril pour en bénéficier. Les mesures d’économies envisagées devraient les encourager à s’y inscrire.
Maurice Szafran traque les dépenses
Le nouveau patron du groupe Croque futur (ex-Perdriel et maintenant Arnault), Maurice Szafran (source : La Lettre), a indiqué le 4 mars « qu’il traquera les dépenses euro par euro ». Un plan sévère d’économies est programmé à la fois sur le papier et la pagination comme sur la promotion et la diffusion du magazine.
Papier et pagination en baisse = moins de pages = moins d’articles = moins de journalistes dans la rédaction. Outre des départs, le plan présenté à la nouvelle directrice du pôle médias de LVMH, l’expérimentée Michèle Benbunan, pourrait inclure également un déménagement, du très chic 7ᵉ arrondissement de Paris vers une banlieue moins souriante.
Pertes successives et vente de titres ?
La société éditrice des trois titres du groupe a perdu un peu moins de 9 millions d’euros en 2025, une perte correspondant à 36% de son chiffre d’affaires. Le prébudget envisage une perte supérieure en 2026. On comprend que Maurice Szafran ait qualifié la situation de « désastre économique » (source : L’informé). On peut aussi augurer d’une possible cession des titres La Recherche et Sciences et avenir. Les deux titres ont moins de synergie avec les autres titres de la presse économique de LVMH au moment où la quasi-fusion BFMTV/LaTribune de Rodolphe Saadé menace de concurrencer ce segment économique.
La rédaction de Challenges vent debout
Après le confort du 7ᵉ arrondissement et la gestion paternelle de Claude Perdriel, la confrontation aux réalités économiques est une douche froide pour la rédaction. Delphine Déchaux, présidente de la société des journalistes du magazine, s’inquiétait le 12 mars devant le Conseil d’État. Elle déposait une plainte, soutenue par Reporters sans frontières, pour atteinte au pluralisme devant la concentration de la presse économique dans les mains de LVMH. Elle attaquait aussi le changement de la charte éditoriale, passant de « l’économie sociale de marché » à « l’économie libérale de marché ».
Sans compter la suppression du droit de veto de la rédaction sur la nomination du directeur de la rédaction. La situation financière désastreuse du titre ne devrait pas amener la direction à trop de concessions. Le départ d’un grand nombre de journalistes allègerait les comptes et permettrait l’embauche d’autres rédacteurs moins hostiles à la nouvelle ligne.
Voir aussi : Infographie : LVMH
Claude Lenormand

