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Al-Jazeera licencie son DG algérien et nomme un membre de la famille régnante

23 septembre 2025 | Temps de lecture : 4 minutes

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La première chaine d’information arabe n’en finit pas de subir les contrecoups des bouleversements qui secouent la région du Moyen-Orient. Elle tente de s’y adapter.

Dans un com­mu­niqué laconique et peu com­men­té en interne, pub­lié le 1ᵉʳ sep­tem­bre 2025, la direc­tion d’Al Jazeera Media Net­work a annon­cé la nom­i­na­tion de Cheikh Nass­er Ben Faisal Ben Khal­i­fa Al Thani comme directeur général, en rem­place­ment de l’Algérien Mustapha Souag. Comme son nom l’indique, le nou­veau patron appar­tient à la famille prin­cière qui dirige ce pays petit gazier depuis son indépen­dance en 1971.

Jeu de massacre

Le com­mu­niqué d’Al Jazeera ne donne aucune expli­ca­tion à ce change­ment. Mais il est clair que le choix des décideurs de para­chuter un des leurs aux com­man­des de la chaine dans la con­jonc­ture actuelle trahit une volon­té de repren­dre en main un levi­er médi­a­tique qui com­mence à devenir encombrant.

La déci­sion inter­ve­nait après une semaine noire vécue par les jour­nal­istes de la chaîne à Gaza où plusieurs reporters avaient été tués sous les bom­barde­ments de l’armée israéli­enne. Sou­vent, ces jour­nal­istes sont accusés par Tel Aviv (et aus­si par cer­tains influ­enceurs occi­den­taux) de servir de boucli­er médi­a­tique au Hamas. Assumant son par­ti pris en faveur de la résis­tance pales­tini­enne, Al Jazeera va-t-elle tem­pér­er sa rhé­torique pour se sous­traire au jeu de mas­sacre qui atteint aujourd’hui le Qatar lui-même – avec les bom­barde­ments ayant ciblé les dirigeants du Hamas le 9 sep­tem­bre à Doha ? Nous le saurons dans un proche avenir.

Voir aus­si : Dou­ble-jeu : com­ment Al-Jazeera s’est fait pren­dre à son pro­pre piège

Fin d’une ère algérienne

Nom­mé au poste de directeur général (par intérim) en plein « Print­emps arabe » en 2011, Mustapha Souag aura réus­si à main­tenir la chaîne au plus haut niveau de l’audience, face à une puis­sante con­cur­rence saou­di­enne (Al-Ara­biya, Al-Hadath). Il a néan­moins con­tribué à rad­i­calis­er sa ligne poli­tique, fon­cière­ment pro-Frères musul­mans. De nom­breux jour­nal­istes algériens ont bril­lé sous son « règne » : les Hafid Der­rad­ji et Kha­did­ja Ben­gana sont devenus des influ­enceurs recon­nus sur la scène arabe. C’est aus­si sous sa direc­tion que le gou­verne­ment algérien a autorisé cette chaine, en 2023, à rou­vrir son bureau à Alger, alors qu’il était fer­mé depuis plus de vingt ans.

Mustapha Souag a eu un par­cours plus que remar­quable : chef de bureau à Lon­dres, directeur d’in­for­ma­tion, con­seiller de Cheikh Hamad bin Thamer Al-Thani (prési­dent du con­seil d’ad­min­is­tra­tion du réseau), directeur du Cen­tre d’é­tudes d’Al Jazeera, Après avoir occupé le poste de DG par intérim pen­dant plus de treize ans, il avait été « offi­cielle­ment » nom­mé directeur général en juil­let 2025, avant d’être éjec­té deux mois plus tard !

Qui est le nouveau DG ?

Selon le com­mu­niqué d’Al Jazeera, Cheikh Nass­er Ben Faisal Al Thani, diplômé de l’université du Qatar, a exer­cé chez Bar­wa Real Estate, puis a rejoint le min­istère des Affaires étrangères en 2013, y occu­pant plusieurs fonc­tions, dont celle d’ambassadeur. C’est donc un diplo­mate qui est appelé à diriger un média pris dans l’engrenage d’une guerre sans fin. Un détail qui vient con­forter l’hypothèse selon laque­lle la chaine qatarie pren­dra une ori­en­ta­tion moins mil­i­tante ou en tout cas moins mar­quée idéologiquement.

Un média sous pression

Depuis octo­bre 2023, près de 200 reporters et col­lab­o­ra­teurs, dont plusieurs tra­vail­lant pour le compte d’Al Jazeera, ont été tués dans la guerre de Gaza. La mort de cinq jour­nal­istes de cette chaine le 10 août dernier a sus­cité une vague d’indignation, et inspiré des péti­tions signées par plus de 140 organes de presse.

Il faut dire que cette chaîne est depuis longtemps dans le viseur du gou­verne­ment israélien qui l’accuse d’être « le porte-voix du Hamas » et de men­ac­er la sécu­rité du pays. Le har­cèle­ment politi­co-judi­ci­aire s’est inten­si­fié dès les pre­miers mois de la guerre. En avril 2024, la Knes­set adopte une loi per­me­t­tant d’interdire tem­po­raire­ment des médias étrangers jugés menaçants. Un mois plus tard, le gou­verne­ment Netanyahu ordonne la fer­me­ture des bureaux d’Al Jazeera en Israël, la saisie d’équipements et le blocage de ses canaux — une mesure renou­velée par péri­odes de 45 jours.

Les autorités israéli­ennes ont de même fer­mé le bureau d’Al Jazeera à Ramal­lah, cap­i­tale de la Cisjor­danie, sup­posée être gou­vernée par l’Autorité pales­tini­enne. Le plus cocasse dans l’histoire est que cette même autorité pales­tini­enne a ordon­né la fer­me­ture des bureaux de la chaine qatarie dès jan­vi­er 2025 en Cisjor­danie pour « inci­ta­tion à la dis­corde » !

Mus­sa A.

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