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Le Suicide français : Zemmour revient par l’image et fait (encore) polémique

30 juin 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

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Douze ans après son suc­cès en librairie, Le Sui­cide français devient une série doc­u­men­taire en qua­tre volets sur Planète+. Archives, chan­sons et grandes rup­tures poli­tiques com­posent le réc­it d’Éric Zem­mour. Ses détracteurs y voient une opéra­tion Bol­loré ; ses par­ti­sans, le retour d’un réc­it interdit.

Le livre de 2014 avait instal­lé Éric Zem­mour au cen­tre de la bataille cul­turelle. Son adap­ta­tion télévisée lui per­met de retrou­ver son ter­rain favori : le temps long, les images d’archives et l’enchaînement des renon­ce­ments qui, selon lui, ont trans­for­mé la France depuis la mort du général de Gaulle.

Une France racontée par ses archives

La série s’ouvre sur l’annonce de Georges Pom­pi­dou : « La France est veuve. »

Zem­mour part de ce 9 novem­bre 1970 pour dérouler qua­tre épisodes d’une cinquan­taine de min­utes. Le pre­mier volet, « Les années 70 : la fin d’un monde », abor­de l’autorité parentale, le divorce, l’IVG, le col­lège unique et l’immigration famil­iale. Le deux­ième relie l’arrivée de la gauche, les fer­me­tures d’usines et la con­struc­tion européenne sous le titre ironique de « mon­di­al­i­sa­tion heureuse ».

Le troisième entre dans la matière la plus inflam­ma­ble : immi­gra­tion, insécu­rité, voile et frac­tures com­mu­nau­taires. Le dernier va du référen­dum de 2005 aux atten­tats islamistes et aux Gilets jaunes.

Zem­mour marche dans Paris tan­dis que les archives ser­vent de pièces à con­vic­tion. La cul­ture pop­u­laire devient, elle aus­si, un doc­u­ment his­torique. Les Divor­cés de Michel Delpech, Mon fils, ma bataille de Daniel Bal­avoine, Les Valseuses ou Dupont Lajoie sont relus comme les symp­tômes d’un change­ment moral. La France demeure debout, mais elle serait dev­enue une « république Potemkine fac­tice » où « les Français ne recon­nais­sent plus la France ».

Bolloré au banc des accusés

Le doc­u­men­taire ne pré­tend pas à la neu­tral­ité : un car­ton prévient que les analy­ses exposées sont celles de son auteur. Zem­mour l’assumait d’ailleurs le 21 juin dernier dans les colonnes du JDD : « En 2014, j’écrivais pour alert­er. Désor­mais, je veux mobilis­er. » Et d’ajouter : « Aujourd’hui, la télévi­sion et l’image ». Le lanceur d’alerte Pierre Sautarel, fon­da­teur du site FdeS­ouche, a d’ailleurs relayé le docu’ auprès de son public.

Il est vrai que la polémique a, très naturelle­ment, accom­pa­g­né la sor­tie de la série. Peu de jour­nal­istes ont analysé le doc­u­men­taire. Benoît Fran­que­balme dans Mar­i­anne, a cri­tiqué les « rac­cour­cis faciles » et le « passéisme » d’Éric Zem­mour, tout en con­cé­dant qu’il était bien réalisé.

En fait, les médias sem­blent surtout s’intéresser aux inten­tions der­rière la dif­fu­sion de cette série. Dès le 5 juin, le syn­di­cat autonome +Libres avait accusé la direc­tion d’« accom­pa­g­n­er le plan de com­mu­ni­ca­tion » d’un pos­si­ble can­di­dat à l’élection prési­den­tielle de 2027.

Et lors de l’avant-première organ­isée le 18 juin au ciné­ma Mac-Mahon, pro­priété de Vin­cent Bol­loré, la présence de cadres de Canal+ et de respon­s­ables de Recon­quête a suf­fi à La Let­tre et aux Jours pour y voir la con­fir­ma­tion d’une entre­prise poli­tique concertée.

Le soupçon est prévis­i­ble : Le Sui­cide français vient égale­ment d’être réédité chez Fayard, autre société con­trôlée par la galax­ie Bol­loré. Mais un action­naire qui finance une œuvre con­forme à ses sen­si­bil­ités ne com­met pas néces­saire­ment une anom­alie démoc­ra­tique. D’ailleurs, l’ancien Canal+ a longtemps dif­fusé une vision libérale-lib­er­taire du monde sans que cette ori­en­ta­tion cul­turelle soit sys­té­ma­tique­ment présen­tée comme une men­ace pour la République.

Du chroniqueur au candidat

L’itinéraire de Zem­mour illus­tre la porosité crois­sante entre bataille cul­turelle et con­quête poli­tique. Et leur inten­sité tout aus­si gran­dis­sante. Bien sûr, ce doc­u­men­taire par­ticipe évidem­ment de ce com­bat. Mais ses opposants font eux aus­si de la poli­tique lorsqu’ils cherchent moins à réfuter son réc­it qu’à empêch­er le groupe Bol­loré de lui offrir des images.

Olivi­er Frèrejacques

Voir aus­si : France Cul­ture con­tre Mélen­chon : cette fois, l’accusation d’antisémitisme fait flop.

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