Alors que la présidentielle 2027 se profile, Elon Musk est accusé d’avoir « boosté » des figures identitaires comme Thaïs d’Escufon et Erik Tegnér en partageant leurs publications. Derrière ces alertes sur une supposée ingérence étrangère se cache surtout une bataille de pouvoir : celle du contrôle de l’information numérique face à un influenceur aux préférences coupables.
« Musk lance sa campagne d’influence sur la présidentielle française », s’inquiétait le 21 juin Raphaël Grably, journaliste à BFMTV, en relayant plusieurs interactions du milliardaire avec des personnalités françaises. Tristan Mendès France complétait aussitôt le tableau : « Musk, accélérateur de l’extrême droite française ». 48 heures plus tard, ce sont Maxime Macé et Pierre Plottu de Libé’ qui reprenaient en substance le même discours anxiogène : « Elon Musk booste les influenceurs d’extrême droite français ».
240 millions de followers
En cause : des partages de contenus d’identitaires français. Celle (le 18 juin) du directeur de la revue Frontières, Erik Tegnér, condamné à six mois de prison avec sursis à la suite d’une enquête de son magazine. Puis ceux de Thaïs d’Escufon, à trois reprises (les 18, 20 et 21 juin), celle-ci ayant été aussi condamnée à 1000 euros d’amende pour « injure publique » visant des migrants. La militante évoquait dans l’une de ses vidéos la « persécution » visant Jean-Eudes Gannat, condamné à trois mois de prison avec sursis pour avoir filmé des migrants afghans dans le Maine-et-Loire. « Wow », a simplement commenté Musk – une ingérence donc, pour les indignés médiatiques.
Le propriétaire de X est selon Libé l’« influenceur d’extrême droite le plus suivi au monde avec ses 240 millions de followers ». Ce dernier post a d’ailleurs atteint plus de 250 000 likes et plus de 16 millions de vues en quelques heures.
Musk lance sa campagne d’influence sur la présidentielle française. https://t.co/Kb8ZwWqIFm
— Raphael Grably (@GrablyR) June 21, 2026
Mais bien sûr, l’accusation n’arrive pas de nulle part. La gauche médiatique ne découvre nullement Elon Musk. Depuis le rachat de Twitter, le rétablissement du compte de Donald Trump et l’assouplissement de la modération, les protestations visant le patron de X sont légion. D’ailleurs, une vague de départs sur X avait d’ailleurs eu lieu le 20 janvier 2025, jour de l’intronisation du nouveau président américain. Parmi les manifestants numériques : Le Monde et Libé. « Quotidien » de Yann Barthès l’avait annoncé bien avant, en novembre 2023, dès le rachat de la plateforme par Musk.
De l’entrepreneur visionnaire à l’oligarque trumpiste
En août 2024, Musk avait interviewé Trump en live sur X. Thierry Breton, alors commissaire européen, lui avait adressé une lettre ouverte pour lui rappeler ses obligations au sein de l’UE au nom du Digital Services Act. Mais le patron de X n’est pas qu’un influenceur, il est aussi la première fortune mondiale. En 2024, il ne s’est pas contenté d’exprimer une préférence pour Donald Trump : il a dépensé près de 260 millions de dollars en faveur de sa campagne et d’organisations républicaines.
Sa participation à la nouvelle administration américaine, à travers le DOGE chargé de réduire les dépenses publiques, a achevé de transformer son image. Il le quittera rapidement, en mai 2026, après s’être disputé avec le Président. Ils se rabibocheront toutefois quelques mois plus tard.
Musk, le « Tech Lord »
Reste que l’entrepreneur autrefois célébré pour Tesla et SpaceX est désormais présenté comme un « oligarque », un propagandiste « raciste » dont le bras technologique du trumpisme (bras bien sûr tendu depuis l’investiture du Président). Les attaques portent désormais sur presque tous les aspects de son activité.
Musk est accusé d’avoir transformé X en machine à désinformation, d’amplifier les contenus de droite, de banaliser les discours haineux et de mettre son algorithme au service de ses préférences politiques : « Une étude publiée dans la prestigieuse revue scientifique Nature, en février, montre, par ailleurs, que l’algorithme de X tend à orienter le positionnement politique et idéologique de ses utilisateurs vers l’extrême droite », rapporte Libé. Une étude qui a été critiquée, l’expérience ayant notamment été menée en recrutant des utilisateurs volontaires (5 000), ce qui a pu introduire un biais de sélection (de personnes de fait intéressées par la politique).
Une intervention politique désormais assumée
C’est sûr, Elon Musk s’enthousiasme pour certaines élections. En Allemagne, il a explicitement appelé à voter pour l’AfD l’année passée, reçu Alice Weidel lors d’un entretien diffusé sur X et participé par vidéo à un rassemblement électoral du parti. Au Royaume-Uni, il a défendu Tommy Robinson et multiplié les attaques contre le gouvernement travailliste. En France, il a dénoncé l’inéligibilité de Marine Le Pen et relayé plusieurs personnalités classées à droite ou à l’extrême droite.
C’est cette accumulation qui nourrit aujourd’hui l’idée d’une intervention dans la présidentielle de 2027.
Bien sûr, la concentration d’un tel pouvoir politico-numérique trouble la politique française. Mais il entre avant tout en conflit direct avec le pouvoir politico-médiatique actuel dans l’Hexagone. Et l’indignation qu’il provoque demeure néanmoins sélective. Barack Obama avait officiellement soutenu Emmanuel Macron quelques jours avant le second tour de 2017. La French-American Foundation organise depuis des décennies la mise en réseau de futurs responsables français et américains. Peu s’en souciaient alors.
Idem quand Meta associait fact-checking, politiques de diversité et modération restrictive des contenus conservateurs : cette orientation était généralement présentée comme une forme de responsabilité sociale, beaucoup plus rarement comme une ingérence idéologique. L’influence privée américaine n’a pas commencé avec X. Elle devient simplement beaucoup plus inquiétante pour certains lorsqu’elle ne penche plus du côté attendu.
Olivier Frèrejacques
Voir aussi : Meurtre de Louis, battu à mort dans un guet-apens : comment la famille a brisé l’omerta médiatique

