L’influenceuse et militante politique Thaïs d’Escufon a été condamnée ce jeudi 18 juin pour « injure publique à raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion » à 1 000€ d’amende. Cette condamnation aurait pu aller jusqu’à de la prison ferme. Récit d’un emballement médiatique et d’une justice implacable.
Thaïs d’Escuffon fait appel. Son avocat, Me Loïc Lerate, estime que les propos tenus par la jeune influenceuse sont « dépourvus d’intention injurieuse » et « s’inscrivaient dans un débat d’intérêt général dont le tribunal a du reste reconnu l’existence, dans le strict cadre de la liberté d’expression et de l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme ».
La militante échappe à la prison ferme
Le procureur de la République avait requis quatre mois de prison ferme contre elle, pour avoir déclaré sur BFM TV le 18 décembre 2023 que « le principal danger pour les femmes sont les hommes immigrés africains, noirs et arabes ». Elle échappe donc au pire, mais la 17ᵉ chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris l’a toutefois condamnée à 1000 euros d’amende.
La militante « n’a pas voulu heurter qui que ce soit, simplement décrire une réalité que vivent beaucoup de Françaises », a‑t-elle déclaré au micro de Radio Courtoisie ce vendredi 19 juin. Elle a depuis 72 heures mobilisé ses réseaux (elle est suivie par 130 000 personnes sur X), appelant à la soutenir financièrement pour payer ses frais d’avocats.
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Quelques mots puis la tempête
Tout avait donc commencé sur le plateau de BFM Story. Au cours de l’émission, le cas et le témoignage de Claire Géronimi, 26 ans, violée dans le hall de son immeuble par un ressortissant centrafricain sous obligation de quitter le territoire, sont soulevés. Thaïs d’Escufon, ancienne porte-parole de Génération identitaire (qui a elle-même été victime d’une agression sexuelle par un migrant tunisien), dénonce alors entre deux commentaires une surreprésentation des étrangers dans les violences sexuelles, chiffres officiels du ministère de l’Intérieur à l’appui.
Face à la militante du mouvement Osez le féminisme Violaine de Filippis-Abate, la jeune influenceuse fustigea de surcroît l’abandon des femmes par les « associations de gauche » lorsque les victimes sont blanches et les agresseurs extra-européens. Le but selon elle ? Ne pas stigmatiser davantage des populations immigrées qui le seraient déjà.
En quelques instants, les réactions d’indignation fusent sur les réseaux sociaux, la séquence est signalée à l’ARCOM, puis à la DILCRAH. Les élus de La France insoumise, dont Farida Amrani, signalent dans la foulée à la justice ces « propos intolérables » :
Merci à la @DILCRAH pour sa réaction face aux propos inacceptables par leur racisme et leur haine de @ThaisEscufon.
Nous ne laisserons rien passer et nous attendons une condamnation ferme contre cette dernière, soutien de l’extrême-droite dont la Macronie reprend les idées. https://t.co/jftRmr00gU— Farida Amrani (@Farida_Amrani_) December 22, 2023
La judiciarisation de la parole publique
En réaction au procès, L’Humanité a vivement critiqué les discours « nauséabonds sur la justice corrompue, l’État comploteur et les magistrats biaisés » qui « remettent en cause la légitimité de la justice et l’État de droit ».
C’est certain : cette affaire relance un débat plus large sur la place de la liberté d’expression dans la démocratie française. Dans l’Hexagone, la formulation d’un diagnostic politique ou d’un sentiment face aux phénomènes migratoires expose à la vindicte des réseaux sociaux et à de potentielles poursuites pénales, sous couvert de « protection contre les discours de haine ».
Thaïs d’Escufon va être jugée pour ses propos racistes tenus en 2023. Comme on pouvait s’y attendre, l’influenceuse d’extrême droite accuse la justice de vouloir la faire taire. Un procédé rhétorique de l’État comploteur utilisé fréquemment par la droite et son extrême. pic.twitter.com/IsB29copFN
— L’Humanité (@humanite_fr) June 17, 2026
La frontière entre l’expression d’une opinion, même brutale ou polémique, et l’infraction pénale se réduit. C’est la troisième condamnation visant la mouvance identitaire en dix jours :
Le 10 juin dernier, le militant identitaire Jean-Eudes Gannat était condamné par le tribunal correctionnel d’Angers à trois mois de prison avec sursis pour injure publique et provocation à la haine raciale. Il avait publié en novembre 2025 une vidéo sur ses réseaux, filmant des réfugiés afghans près d’un supermarché, en commentant : « Marre de vivre avec les cousins des Talibans jusqu’au fin fond de nos campagnes ».
Ce 18 juin, c’est le directeur de la publication du magazine Frontières, Erik Tegner, qui a été condamné par le tribunal de Bobigny à six mois de prison avec sursis pour divulgation de données personnelles à la suite d’une enquête visant les avocats spécialisés en droit migratoire.
Des décisions judiciaires à ajouter bien sûr à celle de l’Arcom, qui s’est ingérée le 16 juin dans la ligne éditoriale d’un média privé, en visant le manque de pluralisme de CNews. Avant la bataille électorale de 2027, la parole médiatique est-elle déjà cadenassée ?
Anthony Marinier

