Le directeur de la publication de Frontières, Erik Tegnér, a été condamné le 18 juin par le tribunal correctionnel de Bobigny à six mois de prison avec sursis et 30 000 euros d’amende et dommages et intérêts. La peine a été prononcée non pour diffamation, mais pour divulgation de données personnelles d’avocats, issue de la loi « Samuel Paty ». Une décision qui soulève de sérieuses questions sur l’usage de cette infraction contre une enquête journalistique.
« C’est un procès éminemment politique, et qui est sidérant », s’est défendu le 18 juin sur CNews Erik Tegner, directeur de publication de Frontières, quelques heures après l’annonce de sa condamnation.
En janvier 2025, sa revue avait visé les avocats « coupables » de la « submersion migratoire. Le magazine identitaire avait ainsi publié une longue enquête sur les recours en matière d’immigration devant les tribunaux administratifs. Ses journalistes avaient révélé comment certains avocats spécialisés en droit des étrangers multiplient les procédures contre les décisions de refus de titre de séjour, souvent financées par l’aide juridictionnelle publique.
Frontières a analysé les pratiques sur une période de deux mois (octobre-novembre 2024) dans les 31 tribunaux administratifs les plus sollicités. Exemple : un avocat lié à l’association Utopia 56 avait ainsi déposé 93 recours devant les tribunaux de Paris et Cergy. Autre cas : deux associés lyonnais en traitaient en moyenne trois par jour, soit 135 dossiers en deux mois. L’enquête pointait également le fait que certaines préfectures étaient mal défendues, avec des avocats politiquement engagés pour la régularisation des étrangers assurant parfois la défense de l’État.
Des avocats plaignants ont engagé des poursuites, le Syndicat des avocats de France (SAF) s’était constitué partie civile. Ils soutiennent que la publication les a exposés à des risques. Lors de l’audience d’avril 2026 relatée par L’Humanité, le président du tribunal Youssef Badr avait demandé à Erik Tegnér : « Vous n’avez pas l’impression d’avoir mis une cible dans le dos de ces avocats ? », « Mort à ces collabos », « Guillotine », « À chacun une balle », « Des traîtres qui défendent des terroristes » : le journal communiste a dénoncé les messages reçus, et le cyberharcèlement, vécu par certains d’entre eux.
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« Une procédure-bâillon »
Erik Tegner a donc été condamné à six mois de prison avec sursis et 30 000 euros d’amende et dommages et intérêts, sur le fondement de l’article 223–1‑1 du Code pénal issu de la loi « Samuel Paty » interdisant la divulgation de données personnelles des avocats.
L’avocat de la défense, Me Frédéric Pichon, cité par l’AFP, a fustigé une « procédure-bâillon » et une tentative d’intimidation judiciaire. Erik Tegnér a plaidé l’intérêt public, insistant sur le fait que l’enquête reposait sur des données publiques et vérifiables, sans intention de nuire et sans préciser les adresses personnelles : « À aucun moment, il n’a été question de livrer des avocats à la vindicte. (Indiquer) une ville ne peut pas mettre en danger un avocat ». Les personnes visées avaient de surcroît été contactées pour assurer le contradictoire.
Un soutien pour le moins inattendu
« Unpopular opinion, je pense que cette condamnation est une mauvaise nouvelle », a tweeté Mathieu Molard… l’un des rédacteurs en chef du média d’extrême-gauche Streetpress. Un soutien inattendu, mais toutefois d’une grande honnêteté intellectuelle : « Un jour, on se prendra la “jurisprudence Tegner” dans un dossier », a‑t-il prévenu avec clairvoyance.
Unpopular opinion, je pense que cette condamnation est une mauvaise nouvelle. Un jour, on se prendra la “jurisprudence Tegner” dans un dossier contre StreetPress. https://t.co/61ympJuY8d
— Mathieu Molard (@MatMolard) June 19, 2026
Un juge militant ?
De leur côté, les partisans de Frontières ont contre-attaqué à leur manière, révélant que le juge ayant condamné Tegner était Youssef Badr, président de l’association La Courte échelle, dont l’ambition est de pousser les candidatures de juristes issus des minorités au sein de la magistrature. De quoi s’interroger sur sa véritable objectivité.
Youssef Badr (@Youss_Badr) est le juge qui a condamné Erik Tegnér (@tegnererik) pour avoir fait son travail de journaliste.
C’est un militant de gauche qui souhaite mousser les candidatures de Maghrébins et d’Africains au sein de la magistrature.
Découvrez le personnage⬇️ pic.twitter.com/1qnOagxfy9
— Alexandre Cormier-Denis (@acormierd) June 18, 2026
Pour Frontières, le combat continue : « On ira jusqu’au bout », a affirmé Erik Tegnér hier, appelant ses lecteurs à le soutenir.
L’affaire intervient dans la foulée d’une décision de l’Arcom s’ingérant dans la ligne éditoriale d’un média privé, visant le manque de pluralisme de CNews. À croire qu’autorités administratives et magistrats se relaient pour étouffer les médias jugés plus identitaires.
Édouard Chanot

