Créée en 2011 pour permettre aux lecteurs de soutenir directement les médias en ligne, l’association J’aime l’info s’est imposée comme l’un des principaux canaux de financement de la presse numérique indépendante. Derrière une mission affichée de soutien au pluralisme, une structure peu visible du grand public est devenue un acteur central de l’économie médiatique française.
Lorsqu’elle est lancée au printemps 2011 à l’initiative de Rue89 et du Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (SPIIL), J’aime l’info se présente comme une expérimentation. À l’époque, la presse numérique cherche encore son modèle économique et le financement participatif apparaît comme une piste prometteuse.
Le projet est alors présenté comme un moyen de permettre aux internautes de financer directement enquêtes, reportages ou médias d’information. « Il n’y a pas d’équivalent à l’étranger », expliquait alors au micro d’Europe 1 Laurent Mauriac, cofondateur de Rue89 et premier président de l’association. Quinze ans plus tard, l’expérience est devenue une institution incontournable du paysage médiatique français.
Une plateforme centrale pour les dons à la presse indépendante
Constituée sous la forme d’une association loi 1901 reconnue d’intérêt général, J’aime l’info a pour mission affichée de soutenir « le pluralisme de l’information » et de défendre « une presse numérique indépendante et de qualité ».
Son fonctionnement est épuré. Les médias adhérents disposent d’une page de collecte sur laquelle les lecteurs peuvent effectuer des dons ponctuels ou récurrents. L’association centralise les versements, émet les reçus fiscaux permettant une réduction d’impôt de 66 %, puis reverse les sommes collectées aux médias bénéficiaires.
Tout site de presse en ligne peut théoriquement candidater, sous réserve de satisfaire à plusieurs critères : production régulière d’informations originales, travail journalistique identifié et respect des obligations de transparence concernant l’utilisation des dons. Pour financer son activité, l’association prélève une commission de 5 % sur les sommes collectées.
Une gouvernance étroitement liée au SPIIL
Si J’aime l’info se présente comme une structure indépendante, son fonctionnement demeure étroitement lié au Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne. Fondé en 2009 par sept médias – Arrêt sur images, Bakchich, Indigo Publications, Mediapart, Rue89, Slate et Terra Eco –, le syndicat est aujourd’hui l’une des principales organisations représentatives de la presse numérique française, avec plus de 270 membres.
J’aime l’info est actuellement administrée par le SPIIL et présidée par Laurent Mauriac, ancien journaliste de Libération et cofondateur de Rue89, et par Vianney Baudeu, diplômé de Sciences Po et ancien membre de l’ARCOM. Tous deux occupent également des responsabilités au sein du syndicat.
Cette proximité institutionnelle interroge d’autant plus que plusieurs millions d’euros transitent désormais chaque année par la plateforme. Une part significative du financement de la presse indépendante française repose ainsi sur un dispositif étroitement lié à l’organisation professionnelle qui représente une grande partie de ses bénéficiaires.
Un pluralisme revendiqué, une sociologie marquée
J’aime L’info rassemble aujourd’hui plus d’une centaine de médias. Parmi les plus importants figurent Mediapart, StreetPress, Blast, Politis ou Alternatives Économiques, classés très à gauche. Quelques titres identifiés à droite, comme Causeur ou Éléments, figurent également parmi les bénéficiaires, aux côtés d’une multitude de petits médias spécialisés ou peu connus du grand public.
Cette diversité éditoriale, bien que relativement limitée, permet à l’association de revendiquer une vocation pluraliste. Mais elle souligne aussi une réalité du paysage médiatique français : la quasi-totalité des médias numériques de gauche utilisent aujourd’hui ce canal pour collecter des dons défiscalisés.
Un acteur devenu incontournable
Créée comme une expérimentation destinée à soutenir quelques dizaines de sites d’information, J’aime l’info est devenue l’un des instruments les plus influents du financement de l’information en ligne et occupe désormais une place stratégique majeure dans l’écosystème médiatique français.
Selon ses comptes publiés au Journal officiel, plus de 7,8 millions d’euros ont transité par la plateforme en 2024, contre plus de 5 millions d’euros l’année précédente.
Cette progression accompagne une transformation profonde du modèle économique de nombreux médias indépendants, dans un contexte de fragilisation du secteur et de hausse des difficultés économiques. La concentration du paysage médiatique et la domination des plateformes numériques (les réseaux sociaux sont devenus le premier point d’accès à l’information) rendent difficile de vivre uniquement des abonnements ou de la publicité. Nombre de médias indépendants se tournent ainsi davantage vers leurs lecteurs. Longtemps perçu comme un complément de revenus, le don est devenu pour certains titres un pilier à part entière de leur financement. « Un temps réservé aux appels aux dons ponctuels pour surmonter une crise, ce mode de financement est devenu partie intégrante du modèle économique de certains médias », faisait observer Laurent Mauria le 19 mai dernier dans The Good.
J’aime l’info contribue en effet à sortir à la fois du modèle des grandes fortunes (qui tiennent les médias centraux) et de l’audiovisuel public (l’État étant le premier propriétaire des médias en France, avec 4 milliards de dotation).
Anthony Marinier
Voir aussi : Disclose : une indépendance revendiquée, des financements orientés ?

