Publiées par Paris Match, les photos de Charles Alloncle avec sa collaboratrice avaient déclenché une séquence médiatique express. Mis hors de cause par le déontologue de l’Assemblée, le député UDR accuse désormais Xavier Niel d’avoir participé à une opération d’intimidation.
L’affaire avait d’abord été présentée comme un possible manquement déontologique. Elle ressemble de plus en plus à une opération de déstabilisation qui s’est retournée contre ses promoteurs supposés. Charles Alloncle, rapporteur UDR de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, accusait ce 7 juin Xavier Niel d’avoir joué un rôle dans la circulation de photos volées le montrant avec sa collaboratrice parlementaire. Il dénonce une « traque » jusqu’à son domicile.
Ma traque dans Paris jusqu’à la porte de mon domicile puis la diffusion illégale de photos portant atteinte à ma vie privée, auraient donc été organisées, financées et relayées par Xavier Niel.
De quel droit un milliardaire mécontent d’avoir eu à rendre des comptes peut-il, en… https://t.co/NQbXjnajMM
— Charles Alloncle (@CHAlloncle) June 7, 2026
Une insinuation vite relayée, puis dégonflée
Le 21 mai, Paris Match publiait deux clichés du député dans les rues de Paris avec sa collaboratrice Shéhérazade Khandani, présentée comme « sa compagne ». L’allusion est lourde puisque, selon la loi de 2017 sur la confiance dans la vie politique, un parlementaire ne peut employer son conjoint, son partenaire de Pacs ou son concubin.
La séquence s’emballe. L’information est reprise par de nombreux médias, commentée politiquement. La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, saisit dès le lendemain le déontologue Rémi Schenberg. Mais le 28 mai, Le Parisien révèle ses conclusions : « ni mariage, ni Pacs, ni concubinage ». Le déontologue établit l’absence de manquement aux obligations du député et de sa collaboratrice. Yaël Braun-Pivet suit ses recommandations et ne réunit pas le bureau de l’Assemblée pour envisager des sanctions.
Autrement dit, le soupçon qui avait justifié l’emballement médiatique s’effondre. Restent les méthodes de filature, des photos prises jusqu’aux abords du domicile du député, puis une publication aux conséquences politiques immédiates. Charles Alloncle a depuis engagé des poursuites contre Paris Match.
Mediapart rouvre le dossier Niel
Le 5 juin, Mediapart, média qui n’est pas susceptible d’être accusé d’accointance avec Charles Alloncle, apporte un nouvel élément décisif. Selon le média, Xavier Niel aurait injecté 3,7 millions d’euros dans Bestimage, l’agence de Michèle Marchand, dite « Mimi », spécialiste des paparazzades. Surtout, le milliardaire aurait reçu et fait circuler les photos visant Charles Alloncle avant leur publication dans Paris Match.
La nuance est importante : Mediapart n’affirme pas que Xavier Niel aurait commandité la filature ou organisé lui-même la prise des clichés. Mais le contexte rend l’affaire particulièrement sensible. Quelques semaines plus tôt, le fondateur de Free, également cofondateur de Mediawan, avait été auditionné dans une ambiance très tendue par la commission d’enquête sur l’audiovisuel public. Il avait alors accusé Charles Alloncle d’avoir transformé les travaux parlementaires en « cirque ».
Une question démocratique
Cette fois, c’est Alloncle qui accuse le milliardaire mécontent d’avoir utilisé « ses moyens financiers et médiatiques » pour l’intimider. La formule est rude, mais la question qu’elle pose est légitime et intègre toujours un peu plus les hommes d’affaires aux polémiques, à un an de l’élection présidentielle.
Rodolphe Chalamel

