Matthieu Pigasse, banquier et patron de médias (Radio Nova, Les Inrockuptibles), se pose en France en farouche opposant à l’« extrême droite » et à Donald Trump, qu’il fait combattre sans relâche dans ses titres. Pourtant, selon le Wall Street Journal, sa banque Centerview Partners a obtenu de l’administration Trump le contrat de restructuration de la dette vénézuélienne (150 milliards de dollars), décroché après une soirée privée à la Maison-Blanche. Un mandat très lucratif obtenu grâce à ses réseaux au sein du pouvoir trumpiste et ses anciennes relations avec Chávez et Maduro.
C’est une information du Wall Street Journal. Le quotidien américain révélait le 26 mai que la banque d’affaires américaine Centerview Partners a obtenu par l’entremise de Matthieu Pigasse, responsable du bureau français, le contrat de restructuration de dette du Venezuela. Cette nouvelle, en apparence surprenante, ne l’est pas.
Matthieu Pigasse : un banquier spécialisé dans les dettes des États
En effet, dans notre portrait, nous rappelions que Matthieu Pigasse travaillait déjà sur la gestion de la dette publique en 1994 au sein de Bercy. Ensuite, c’est à la banque Lazard que Mathieu Pigasse a été chargé du conseil aux États et en particulier du recouvrement des dettes souveraines. Ainsi a‑t-il renégocié au tournant des années 2000 la dette de l’Argentine puis celles de l’Irak et de la Grèce.
Le patron de Radio Nova possède donc a priori le profil idéal pour gérer la restructuration de la dette du Venezuela. La surprise, c’est que l’attribution de ce contrat s’est faite après la projection privée du documentaire à la gloire de Melania Trump à la Maison-Blanche, le 24 janvier dernier… à laquelle a participé Matthieu Pigasse. Avec le boxeur Mike Tyson ou encore Tim Cook, le patron d’Apple.
Pourfendeur de la droite… sauf en affaires
En clair, Centerview Partners via Matthieu Pigasse a passé un deal avec Donald Trump pour obtenir le contrat vénézuélien. Pourtant, Matthieu Pigasse est aux antipodes de Donald Trump : dans un tweet au printemps 2025, le banquier traitait implicitement Trump de raciste en fustigeant un projet de Laurent Wauquiez, qui propose « d’enfermer les OQTF à Saint-Pierre-et-Miquelon ».
Laurent Wauquiez, qui propose « d’enfermer les OQTF à Saint-Pierre-et-Miquelon », c’est tout à la fois une surenchère raciste, de la rancoeur coloniale, une copie clownesque de Trump, et un mépris pour une collectivité française.
Les racistes ne se cachent plus. #wauquiez— Matthieu Pigasse (@MPigasse) April 8, 2025
Exemple parmi tant d’autres dans les médias de la Pigassphère : un sketch de Radio Nova le 13 mai dernier, un chroniqueur se déguise en 47ᵉ président des États-Unis, traite ce dernier de « pédocriminel » qui a « touché » Melania quand elle était « enfant » puis « l’a épousée ».
Ses attaches historiques et profondes avec le Venezuela
Bien sûr, l’actionnaire des Inrockuptibles se donne un vernis insoumis sur les plateaux télé. Mais quand il s’agit de restructurer la dette du Venezuela, évaluée à 150 milliards de dollars, et donc d’engranger des bénéfices records (des dizaines de millions d’honoraires selon Paris Match), Matthieu Pigasse virerait-il soudainement à droite ? Plus de doute : son ennemi, ce n’est certainement pas la finance.
Précisions d’importance : si l’ex de Lazard a décroché ce contrat lucratif, c’est grâce à son contact dans l’administration Trump : Mauricio Claver-Carone, ancien envoyé spécial de Trump pour l’Amérique latine. La proximité de Matthieu Pigasse avec l’un des producteurs du documentaire « Melania », l’Argentin Fernando Sulichin, a également joué en sa faveur. Toutefois, le facteur déterminant dans le choix de Mathieu Pigasse est surtout sa relation de longue date avec la présidente par intérim Delcy Rodríguez et sa connaissance du Venezuela. En effet, Matthieu Pigasse a rencontré pour la première fois Hugo Chavez en 2011 au moment où « le baril de pétrole » s’effondre et « les investisseurs se carapatent ». Il s’occupera des finances du Venezuela pendant 15 ans, même après la mort de Chavez aux côtés de Maduro. Aujourd’hui, ce dernier est emprisonné au Metropolitan Detention Center à Brooklyn, mais Matthieu Pigasse, lui, continue de gérer dans l’ombre les finances du pays champion des réserves de pétrole. Cette fois, ce sera pour son suzerain américain.

