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Friture dans le camp MAGA : Joe Rogan, podcasteur le plus écouté de 2026, intensifie ses critiques à l’encontre de Trump

13 mai 2026 | Temps de lecture : 7 minutes

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The Joe Rogan Expe­ri­ence. Non, ce n’est pas le titre d’un album psy­chédélique. Mais le nom du pod­cast le plus écouté des États-Unis. Der­rière le micro ? Un cer­tain Joe Rogan (vous l’aurez com­pris), fig­ure de proue des « pod­cast-bros » pro-Trump. Fig­ure majeure de l’écosystème numérique de l’alt-right au pays de l’oncle Sam, Rogan demeure l’une des chevilles ouvrières du mou­ve­ment MAGA. Sa pro­mo­tion du can­di­dat, puis prési­dent répub­li­cain, est tout sauf un secret. Mais, tout comme Nick Fuentes, autre fig­ure du mou­ve­ment, Rogan n’en demeure pas moins un cri­tique de plus en plus acerbe de Don­ald Trump.

Ils font désor­mais la pluie et le beau temps du com­men­taire poli­tique dans le pays. Et compte tenu de leurs audi­ences, les pod­cas­teurs ont de quoi faire rêver les médias de grands chemins. Selon une enquête menée par Edi­son Research, The Joe Rogan Expe­ri­ence est l’émis­sion la plus écoutée par les audi­teurs heb­do­madaires aux États-Unis au pre­mier trimestre 2026. Et le phénomène n’a rien de récent, Rogan ayant fait ses pre­miers pas sur YouTube en 2009. Avec plus de 20 mil­lions d’abonnés sur sa chaîne, une quin­zaine de mil­lions de fol­low­ers sur Spo­ti­fy (sans même par­ler des réseaux X ou Insta­gram), l’audience de Joe Rogan est absol­u­ment gigan­tesque, con­sid­érable. Bien loin des petites PME français­es des réseaux…

Du com­men­ta­teur poli­tique (Jor­dan Peter­son), en pas­sant par les musi­ciens (Kayne West, Roger Waters), les acteurs (Mel Gib­son), les réal­isa­teurs (Quentin Taran­ti­no), les patrons de la Sil­i­con Val­ley (Elon Musk) et bien sûr les poli­tiques (Bernie Sanders, JD Vance), Joe Rogan reçoit beau­coup, beau­coup de monde. Pour le seul pas­sage de Don­ald Trump, alors en pleine cam­pagne élec­torale en 2024, les comp­teurs YouTube affichent plus de 62 mil­lions de vues. Cette inter­view de près de trois heures a don­né l’occasion au can­di­dat de l’époque, Don­ald Trump, de cibler les jeunes électeurs mas­culins indé­cis quelques semaines avant qu’ils ne se ren­dent aux urnes pour l’élire une deux­ième fois. Des audi­teurs de choix pour Rogan, influ­enceur dont le par­cours est lit­térale­ment « tail­lé » pour le show.

De l’octogone au micro

Rogan, né en 1967, passe son enfance à Newark, dans le New Jer­sey. De son pro­pre aveu, la fig­ure du père vio­lent l’a beau­coup mar­qué. Après le divorce de ses par­ents, il se met aux arts mar­ti­aux durant l’adolescence. Il rem­porte le cham­pi­onnat de taek­won­do full-con­tact du Mass­a­chu­setts, dont il con­servera le titre durant qua­tre années con­séc­u­tives. Il prêche aujour­d’hui pour le jiu­jit­su brésilien, dont il est cein­ture noire.

Durant les années 1980, il assiste au Live on the Sun­set Strip du comé­di­en Richard Pry­or. Une révéla­tion. Rogan se lance dans le stand-up à Boston à la fin des années 1980. Cul­ti­vant un ton résol­u­ment provo­ca­teur, Rogan devient acteur en décrochant un rôle dans la sit­com éphémère Hard­ball dans les années 1990. Par la suite, Rogan a fait sa pre­mière appari­tion dans une émis­sion de l’Ul­ti­mate Fight­ing Cham­pi­onship (UFC) en tant qu’in­ter­vieweur en couliss­es durant des com­bats de MMA. En 2001, Rogan devient l’an­i­ma­teur de l’émis­sion de téléréal­ité hyper com­péti­tive, Fear Fac­tor, tout en pour­suiv­ant sa car­rière d’acteur. Rogan se lie d’ami­tié avec le prési­dent de l’UFC, Dana White. Ce dernier lui pro­pose un poste de com­men­ta­teur tech­nique durant les années 2000. Son ent­hou­si­asme charis­ma­tique lui vaut une affec­tion de la part de mil­lions de fans.

À l’orée des années 2010, Rogan se lance dans le pod­cast avec son show éponyme, incar­nant à la per­fec­tion l’idée d’« info­tain­ment », com­bi­nant infor­ma­tion et diver­tisse­ment, incar­nant ce rôle hybride d’influenceur, humoriste, com­men­ta­teur sportif et poli­tique. Mais à la dif­férence d’un Enter­tain­ment Tonight ou d’un The Oprah Win­frey Show, nous ne sommes plus sur des chaînes de TV, mais sur inter­net. Ce n’est pas le pre­mier certes, mais il va ramass­er la mise ! Le suc­cès est énorme. En 2020, Rogan signe un con­trat de licence pluri­an­nuel avec Spo­ti­fy, d’une valeur estimée à 200 mil­lions de dol­lars, l’un des plus impor­tants accords de licence dans le secteur du podcast.

Sans détour, Rogan bal­ance des scuds, revendi­quant le sacro-saint pre­mier amende­ment et des posi­tions lib­er­tari­ennes sans con­ces­sions. En véri­ta­ble élec­tron libre, il cri­tique verte­ment la par­tic­i­pa­tion des ath­lètes trans­gen­res aux sports pro­fes­sion­nels… tout en défen­dant le mariage homo­sex­uel ; se voit accuser de dif­fuser de fauss­es infor­ma­tions durant le COVID, tout en se faisant l’avocat des drogues psy­chédéliques. Véri­ta­ble boute­feu, résol­u­ment incor­rect, s’en prenant même aux invités en face de lui, Rogan revendique ce ton d’ignorant dés­in­volte, notam­ment à pro­pos du vac­cin con­tre le COVID : « Je ne suis pas médecin. Je suis un putain d’im­bé­cile. Je ne suis pas une source d’in­for­ma­tion fiable, même à mes pro­pres yeux. » Et de con­clure : « Mais j’es­saie au moins d’être hon­nête dans ce que je dis. » L’ignorant sincère qui ne ferme pas sa gueule : les Améri­cains ont les ani­ma­teurs qu’ils méri­tent… et apprécient.

Une hon­nêteté revendiquée certes. Mais qui n’est pas sans con­séquences. Spo­ti­fy a d’ailleurs sup­primé de nom­breux épisodes de ses pod­casts, jugés racistes et/ou déplacés. Mal­gré un sou­tien affiché au prési­dent répub­li­cain Don­ald Trump, Rogan, tou­jours « hon­nête », est de plus en plus cri­tique avec ce dernier depuis la guerre en Iran.

« Je n’arrive pas à croire qu’on soit entrés en guerre »

Dans la grande famille des « pod­cast-bros », ils sont de plus en plus nom­breux à cri­ti­quer la poli­tique de Trump. Voire à lui tourn­er le dos.

Durant l’un de ses épisodes, dif­fusé début avril 2026, Rogan rece­vait Theo Von, humoriste et ani­ma­teur du pod­cast « This Past Week­end with Theo Von », autre pod­cas­teur mon­stre ayant reçu Trump, Rogan n’y est pas allé de main morte :

« Je suis per­plexe. Je n’arrive pas à croire qu’on soit entrés en guerre », « Quand on a com­mencé à bom­barder l’Iran, je me suis dit : “Ça ne peut pas être vrai” », « En théorie, ils essaient d’arrêter les terroristes ».

Et d’ajouter : « C’est com­plète­ment dingue, quand on est soi-même ces putains de ter­ror­istes. Si on veut les arrêter, il faut se met­tre devant un putain de miroir et com­mencer par là… »

Rogan et Von, proches du mou­ve­ment MAGA, tout comme Nick Fuentes, ont large­ment con­tribué à la réélec­tion de Trump. La guerre menée par le prési­dent améri­cain en Iran est en train de retourn­er con­tre lui sa fac­tion la plus fidèle.

« C’est une péri­ode effrayante, parce que cer­tains sont prêts à faire explos­er des gens avec des putains de drones et de mis­siles », dénonçait Rogan début avril 2026. Et d’a­jouter : « L’idée que la seule façon de résoudre les prob­lèmes soit de larguer des bombes sur les gens, c’est… c’est telle­ment dingue que ce soit la solu­tion en 2026. »

Et tout comme son com­parse pod­cas­teur (quoique plus sul­fureux) Nick Fuentes, Joe Rogan ne s’est pas privé d’y voir l’implication d’Israël dans ce con­flit. Inter­rogé par un invité sur la rai­son pour laque­lle les États-Unis sont entrés en guerre con­tre l’Iran, il lâche : « Je ne sais pas. Je pense que c’est à cause d’Is­raël, si je devais émet­tre une hypothèse. » Et d’enchérir : « Netanyahu n’a cessé de se ren­dre à la Mai­son Blanche. Pensez-vous que ce soit une coïn­ci­dence si Netanyahu n’a cessé de se ren­dre à la Mai­son Blanche, et qu’ensuite, ils aient fini par céder et se soient mis à bombarder ? »

Guerre en Iran, fichiers Epstein, poli­tique migra­toire… Au sein de son pro­pre camp MAGA, le prési­dent améri­cain con­naît une infla­tion de griefs. Les pod­cas­teurs de plus en plus cri­tiques, pour­tant chevilles ouvrières de ses vic­toires élec­torales, seront-ils les arti­sans de sa chute politique ?

François-Xavier Con­soli

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