L’intervieweur suisse à l’œil persan devenu visage de LCI
Darius Rochebin occupe une place singulière dans le paysage audiovisuel francophone. Star du journal télévisé suisse pendant plus de vingt ans, il a réussi son passage en France sur LCI, où son style d’interview long, parfois incisif mais toujours courtois, tranche avec les formats plus nerveux des chaînes d’information. Journaliste d’origine iranienne, francophone jusqu’au bout des ongles, il incarne une forme de classicisme télévisuel remis au goût du jour par l’actualité internationale et les grands entretiens politiques.
Sa famille
Darius Rochebin naît le 25 décembre 1966 à Genève sous le nom de Darius Noël Khoshbin. Son père, Alishah Khoshbin, est né en Iran en 1917 ; il est pharmacien et appartient à une famille issue de la communauté baha’ie (le bahaïsme est une sorte de monothéisme syncrétique). Sa mère, Irène Mailler, est suisse. Le journaliste a expliqué à plusieurs reprises que son père avait quitté l’Iran avant la révolution islamique, dans les années 1960, et qu’il était resté très attaché à la culture française, qu’il avait apprise au lycée français de Téhéran.
À vingt ans, Darius Khoshbin (qui veut dire « optimiste, qui voit les choses du bon côté ») choisit de franciser son nom en Rochebin. Il a justifié ce choix sur RTL en octobre 2025 par son absence de lien réel avec la culture persane : il ne parle pas le farsi, n’est jamais allé en Iran, et affirme que son « monde intellectuel » est profondément français. Cette francisation n’est donc pas seulement une adaptation médiatique : elle dit quelque chose d’un itinéraire d’assimilation culturelle, à la fois assumé et parfois mélancolique.
Sa mère, Irène, meurt en 2008. Plusieurs portraits de presse ont évoqué ce drame familial et le fait qu’elle avait été marquée par une enfance difficile. Darius Rochebin reste néanmoins très discret sur sa vie privée. Il est marié à Marie Faure, médecin généraliste franco-suisse, et père de deux filles, Maïa, née en 2010, et Charlotte, née en 2017.
Formation scolaire et universitaire
Darius Rochebin suit des études de littérature française à l’université de Genève. Ce parcours littéraire explique en partie son rapport très classique à la langue, à la conversation, au temps long et à l’entretien. Contrairement à de nombreux journalistes français passés par les écoles reconnues de la profession, Rochebin se forme d’abord par la presse écrite et par la pratique.
Il débute en 1987 au Journal de Genève, puis travaille pour L’Illustré, avant de rejoindre en 1995 la Télévision suisse romande, devenue depuis la RTS.
Parcours professionnel
Darius Rochebin entre à la Télévision suisse romande en 1995. Il présente d’abord le journal télévisé de nuit, puis l’édition du week-end. À partir de 1998, il devient l’un des visages du grand journal national suisse francophone, Le 19h30, diffusé également sur TV5Monde. À compter de 2008, il en assure seul la présentation, ce qui fait de lui une figure centrale de l’information suisse romande.
Son autre grande marque de fabrique est l’émission d’interview « Pardonnez-moi », diffusée le dimanche. C’est là qu’il affine un style reconnaissable : voix douce, goût du silence, questions longues, ton poli, mais capacité à obtenir des confidences. Il y reçoit des personnalités internationales de premier plan : Vladimir Poutine, François Hollande, Hassan Rohani, Mikhaïl Gorbatchev, mais aussi de nombreuses figures culturelles et politiques suisses ou françaises.
Rochebin couvre également des événements internationaux majeurs : tsunami en Thaïlande, mort de Jean-Paul II, ouragan Katrina, réélection de Barack Obama en 2012, élection du pape François.
Ce « tropisme international » est important : contrairement à certains présentateurs de chaînes d’information davantage spécialisés dans la politique intérieure ou le commentaire de plateau, Rochebin s’est construit sur le grand entretien et l’actualité mondiale.
En août 2020, après vingt-cinq ans à la RTS, il quitte la Suisse pour rejoindre le groupe TF1 et prendre les commandes d’un rendez-vous sur LCI, Le 20h00 de Darius Rochebin. TF1 Info présente alors son arrivée comme celle d’un grand nom du journalisme francophone chargé d’incarner une nouvelle ambition éditoriale pour la chaîne d’information.
Son arrivée en France est cependant rapidement perturbée par des accusations de harcèlement sexuel ou psychologique publiées par le quotidien suisse Le Temps à l’automne 2020. Rochebin se met en retrait de l’antenne. En avril 2021, la RTS publie les conclusions d’enquêtes externes : le rapport ne retient pas d’actes constitutifs le concernant, d’atteinte à la personnalité ou d’infraction pénale.
Après cette mise hors de cause, LCI annonce son retour à l’antenne. Le journaliste reprend progressivement sa place, avant de s’installer durablement dans les soirées de la chaîne. Depuis 2021, puis plus encore après plusieurs ajustements de grille, il devient l’un des visages forts de LCI sur les grandes tranches du soir, notamment autour de Face à Darius Rochebin et de 22h Rochebin.
Le 15 décembre 2021, il co-interroge Emmanuel Macron avec Audrey Crespo-Mara dans l’émission « Emmanuel Macron, où va la France ? », diffusée sur TF1 et LCI. L’entretien, présenté comme exceptionnel par TF1, confirme son installation dans le paysage audiovisuel français au plus haut niveau.
En 2024, il présente également sur TF1 et LCI la grande soirée de l’élection présidentielle américaine, en duo avec Jean-Baptiste Boursier. En 2025, selon Le Parisien, il fait partie des figures courtisées du mercato audiovisuel, son nom ayant notamment circulé pour France 2, même si TF1 affirme vouloir le conserver au sein de son dispositif d’information.
Parcours professionnel – en dates
- 1987 : débuts au Journal de Genève.
Puis passage à L’Illustré. - 1995 : entrée à la Télévision suisse romande.
- 1996 : premier journal télévisé, édition de nuit.
- 1997 : journal du week-end.
- 1998–2020 : présentateur du journal national suisse francophone Le 19h30.
Animateur de l’émission d’interview Pardonnez-moi. - Août 2020 : arrivée sur LCI.
- 2021 : retour à l’antenne après la publication du rapport RTS.
- Depuis 2021 : incarnation des soirées de LCI, notamment autour de Face à Darius Rochebin et 22h Rochebin.
- 15 décembre 2021 : co-interview d’Emmanuel Macron sur TF1 et LCI avec Audrey Crespo-Mara.
- 2024 : présentation de la soirée américaine sur TF1/LCI avec Jean-Baptiste Boursier.
Un style : courtoisie, durée et goût du grand entretien
Darius Rochebin n’est pas un intervieweur de confrontation pure. Son style repose sur la durée, l’élégance verbale, une forme d’indulgence apparente et une capacité à poser des questions personnelles sans brutalité excessive. Il s’est lui-même défini comme un journaliste cherchant à éviter l’agressivité et à conserver une « distance raisonnable ».
Cette méthode tranche avec une partie du journalisme politique français, souvent plus conflictuel, plus nerveux, plus construit autour de la relance immédiate. Chez Rochebin, l’entretien cherche moins l’incident que la confidence ou le léger déplacement. Cela peut lui valoir des critiques : certains y voient une manière trop consensuelle d’interroger les puissants, d’autres considèrent au contraire que son calme permet parfois d’obtenir davantage qu’un affrontement de plateau. Dans un paysage audiovisuel dopé à la polémique et au « buzz », son style apparaît reposant et participe très certainement de son succès.
Son succès récent sur LCI tient aussi à l’actualité internationale. La guerre en Ukraine, les tensions au Proche-Orient, l’Iran, la Russie, les États-Unis ou la diplomatie française sont des terrains où son profil paraît particulièrement adapté. D’origine iranienne par son père, il a souvent expliqué être touché par l’actualité iranienne, tout en revendiquant son impartialité en mars 2026 au Parisien.
Cette origine, loin d’être un simple élément biographique, nourrit une image de journaliste capable de parler du monde avec une mémoire familiale, mais sans posture militante, même si la ligne éditoriale de LCI a souvent été accusée de partialité, y compris par Acrimed, dans son soutien à l’Ukraine et Volodymyr Zelensky.
Au printemps 2026, les audiences du 22h Rochebin (dimanche-jeudi) sur LCI se situent souvent entre 250 000 et 370 000 téléspectateurs, avec des pics à plus de 600 000 lors d’événements forts. Le 20h (« Face à Darius Rochebin ») se situe entre 200 000 et 350 000 téléspectateurs. Le journaliste contribue fortement à positionner LCI en leader des chaînes info sur ces tranches horaires face à BFMTV et CNews, notamment après 22h, avec 2/3 % de parts de marché.
Ce qu’il gagne
– À la RTS, en Suisse, jusqu’en 2020, il a lui-même déclaré un salaire net d’environ 8 783 à 10 000 CHF par mois (autour de 8 000–9 500 € selon le taux de change de l’époque). Cela correspondait à un salaire de journaliste « classique » en Suisse.
– À LCI (depuis 2020) : aucun chiffre officiel ou déclaration précise n’est public. Au regard de son poste et selon les « standards » français des chaînes d’info, doit probablement émarger entre 15 000 et 20 000 euros brut mensuels.
Prix et récompenses
Études de littérature française à l’université de Genève.
Publications
- Portraits tendres et cruels, Favre, 2006.
- Dernières conversations avec Gorbatchev, Robert Laffont, 2022. L’IRIS souligne à cette occasion qu’il est « probablement le journaliste non russe ayant le plus longuement interviewé Mikhaïl Gorbatchev ».
- La Guerre et la Grâce : conversation inachevée avec Hélène Carrère d’Encausse, Fayard, 2024.
- À la vie : entretiens avec Robert Badinter, Gallimard, 2025.
Il l’a dit
« Je suis sceptique par métier, en tant que journaliste », France Inter, 21 février 2024
« Je suis porté par mon métier et c’est lorsque je rends l’antenne que la douleur arrive. », entretien à Télé-Loisirs, 2026.
« J’essaye de ne jamais développer d’agressivité et préfère observer avec une distance raisonnable. », entretien à Télé-Loisirs, 2026.
« Ce qui m’attriste, c’est que je ne parle pas le farsi, je ne suis jamais allé en Iran. », entretien à Gala, 2026.
« Les transferts, ça se fait ou ça ne se fait pas, et si ça ne se fait pas, on n’en parle pas. », entretien à Gala, 2026.
Ils l’ont dit
« Un des plus grands journalistes francophones, respecté de ses pairs, qui a interviewé les plus grandes figures internationales », selon Thierry Thuillier, directeur de l’information du groupe TF1, Fabien Namias, juillet 2020 dans un communiqué officiel de LCI.
« Un des meilleurs, si ce n’est le meilleur intervieweur actuel », selon David Pujadas cité dans Gala en 2025.
Sa nébuleuse
La nébuleuse Rochebin est d’abord franco-suisse. Elle relie la RTS, où il a bâti sa notoriété ; LCI, où il s’est réinventé ; TF1, qui l’utilise pour de grands rendez-vous politiques ; et un réseau d’invités internationaux constitué au fil de décennies d’entretiens.
Elle est aussi littéraire et diplomatique, lui permettant d’atteindre Gorbatchev, Carrère d’Encausse, Badinter, Rohani, Poutine, Hollande, Macron. Rochebin appartient à cette catégorie de journalistes qui construisent leur capital professionnel sur l’accès aux puissants et aux grandes figures historiques. Cela donne à son journalisme une valeur ajoutée évidente, mais aussi une limite : il excelle davantage dans le grand entretien institutionnel que dans l’enquête ou le reportage conflictuel.
Son positionnement est à part : moins clivant qu’un éditorialiste, moins populaire qu’un animateur vedette, mais plus identifié qu’un simple présentateur de tranche.

