La publication du rapport Alloncle sur l’audiovisuel public, rendu public mardi 5 mai, n’a pas clos la polémique : elle l’a relancée. Face à Charles Alloncle, qui revendique une commission suivie par les Français, le gouvernement, France Télévisions et le président de la commission multiplient les contre-feux.
La publication du rapport Alloncle devait permettre aux citoyens de juger sur pièces. Elle a surtout ouvert un nouvel épisode de la bataille autour de l’audiovisuel public. Lors de sa conférence de presse, Charles Alloncle a revendiqué un « succès populaire », estimant que les Français s’étaient intéressés aux travaux de la commission au point de saturer le site de l’Assemblée nationale.
Le rapport officiel, déposé le 27 avril et publié sur le site de l’Assemblée, comporte près de 70 recommandations après six mois d’auditions.
La ligne du rapporteur n’a pas dévié : l’audiovisuel public vit largement de l’argent du contribuable et ainsi le Parlement est fondé à examiner sa neutralité, son fonctionnement et sa gestion. Ses propositions sont désormais ciblées par les promoteurs des médias d’État : suppression de France 4, de France.tv Slash et du Mouv’, fusion de France 2 et France 5 pour en faire « une grande chaîne généraliste de premier plan », rapprochement de Franceinfo et France 24, réduction des budgets jeux et du sport, mais aussi encadrement renforcé des conflits d’intérêts et du devoir de réserve. À cela s’ajoute la nomination de dirigeants de l’audiovisuel public par le président de la République.
L’État profond médiatique se réveille
C’est un ensemble un peu hétéroclite, dépassant finalement la seule gauche, qui s’est ligué contre le rapport et le rapporteur.
Sébastien Lecornu, Premier ministre, a ainsi commenté ce travail parlementaire en dénonçant une « occasion manquée », estimant que le rapport « passe malheureusement à côté de l’essentiel ». « Je ne suis pas dupe de la réaction du Premier ministre » et d’ajouter :
« Cela traduit un prisme, un biais, un positionnement politique qui est dans la droite ligne de la tentative de discrédit dont on a pu faire l’objet ».
Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, se plaint de son côté d’un rapport « à charge », construit selon elle sur « des insinuations, des approximations et des contre-vérités », et visant un « affaiblissement historique » du service public. « Le rapport élude les vrais enjeux d’avenir : la désinformation, la concurrence des grandes plates-formes internationales, la pérennité de la création française et européenne », juge-t-elle, pressée de réimposer son agenda.
Une vision de la télévision publique élitiste, éloignée des familles et des publics les plus populaires.
Ma réaction au rapport sur l’audiovisuel public ⤵️ pic.twitter.com/1SLhi1Wplj
— Delphine Ernotte Cunci (@DelphineErnotte) May 5, 2026
Plus surprenant encore, France Télévisions s’est donc servi de ses propres réseaux sociaux pour attaquer le travail d’une commission parlementaire dont les élus avaient souverainement voté la publication. Même Aurélien Saintoul, député LFI pourtant hostile au rapport, a jugé anormal qu’« une entreprise publique se mette à commenter les travaux parlementaires », considérant que le PDG ou les syndicats pouvaient s’exprimer, mais pas le groupe public comme institution.
Alloncle a toujours refusé la privatisation
Le cas Jérémie Patrier-Leitus illustre à lui seul l’ambiguïté de la séquence. Le président Horizons de la commission a voté pour la publication « par souci de transparence », tout en dénonçant ensuite l’« hypermédiatisation » du rapporteur et une démarche qui préparerait, selon lui, une privatisation.
Rappelons à cet égard que Charles Alloncle s’est maintes fois défendu de la vouloir, notamment dans son entretien à l’OJIM.
Face aux accusations de « règlement de comptes » et de « surmédiatisation », le député UDR a défendu une méthode assumée : prendre les Français à témoin. « Demander des comptes, ce n’est pas régler ses comptes », a‑t-il martelé, expliquant avoir voulu révéler « un certain nombre de dérives et de dysfonctionnements ». Une chose est sûre par ailleurs : la mobilisation numérique a pesé lourd pour imposer le rapport.
Ce rapport existe donc désormais. Il a été publié légalement et met sur la table des sujets rarement traités frontalement : coûts, conflits d’intérêts, production externalisée, neutralité, pluralisme.
Ironie du calendrier et illustration pertinente de ces critiques, la publication du rapport coïncide avec la diffusion en prime time, la veille, sur la télévision publique, d’une cérémonie des Molières « entièrement vouée à convaincre les Français du bien-fondé de ses observations » faisant la part belle à la gauche et aux drag-queens !

