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Rapport Alloncle : Ernotte et les gardiens du temple médiatique ripostent

6 mai 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

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La pub­li­ca­tion du rap­port Allon­cle sur l’audiovisuel pub­lic, ren­du pub­lic mar­di 5 mai, n’a pas clos la polémique : elle l’a relancée. Face à Charles Allon­cle, qui revendique une com­mis­sion suiv­ie par les Français, le gou­verne­ment, France Télévi­sions et le prési­dent de la com­mis­sion mul­ti­plient les contre-feux.

La pub­li­ca­tion du rap­port Allon­cle devait per­me­t­tre aux citoyens de juger sur pièces. Elle a surtout ouvert un nou­v­el épisode de la bataille autour de l’audiovisuel pub­lic. Lors de sa con­férence de presse, Charles Allon­cle a revendiqué un « suc­cès pop­u­laire », esti­mant que les Français s’étaient intéressés aux travaux de la com­mis­sion au point de sat­ur­er le site de l’Assemblée nationale.

Le rap­port offi­ciel, déposé le 27 avril et pub­lié sur le site de l’Assemblée, com­porte près de 70 recom­man­da­tions après six mois d’auditions.

La ligne du rap­por­teur n’a pas dévié : l’audiovisuel pub­lic vit large­ment de l’argent du con­tribuable et ain­si le Par­lement est fondé à exam­in­er sa neu­tral­ité, son fonc­tion­nement et sa ges­tion. Ses propo­si­tions sont désor­mais ciblées par les pro­mo­teurs des médias d’État : sup­pres­sion de France 4, de France.tv Slash et du Mouv’, fusion de France 2 et France 5 pour en faire « une grande chaîne général­iste de pre­mier plan », rap­proche­ment de Fran­ce­in­fo et France 24, réduc­tion des bud­gets jeux et du sport, mais aus­si encadrement ren­for­cé des con­flits d’intérêts et du devoir de réserve. À cela s’a­joute la nom­i­na­tion de dirigeants de l’au­dio­vi­suel pub­lic par le prési­dent de la République.

L’État profond médiatique se réveille

C’est un ensem­ble un peu hétéro­clite, dépas­sant finale­ment la seule gauche, qui s’est ligué con­tre le rap­port et le rapporteur.

Sébastien Lecor­nu, Pre­mier min­istre, a ain­si com­men­té ce tra­vail par­lemen­taire en dénonçant une « occa­sion man­quée », esti­mant que le rap­port « passe mal­heureuse­ment à côté de l’essentiel ». « Je ne suis pas dupe de la réac­tion du Pre­mier min­istre » et d’ajouter :

« Cela traduit un prisme, un biais, un posi­tion­nement poli­tique qui est dans la droite ligne de la ten­ta­tive de dis­crédit dont on a pu faire l’ob­jet ».

Del­phine Ernotte, prési­dente de France Télévi­sions, se plaint de son côté d’un rap­port « à charge », con­stru­it selon elle sur « des insin­u­a­tions, des approx­i­ma­tions et des con­tre-vérités », et visant un « affaib­lisse­ment his­torique » du ser­vice pub­lic. « Le rap­port élude les vrais enjeux d’avenir : la dés­in­for­ma­tion, la con­cur­rence des grandes plates-formes inter­na­tionales, la péren­nité de la créa­tion française et européenne », juge-t-elle, pressée de réim­pos­er son agenda.

Plus sur­prenant encore, France Télévi­sions s’est donc servi de ses pro­pres réseaux soci­aux pour atta­quer le tra­vail d’une com­mis­sion par­lemen­taire dont les élus avaient sou­veraine­ment voté la pub­li­ca­tion. Même Aurélien Sain­toul, député LFI pour­tant hos­tile au rap­port, a jugé anor­mal qu’« une entre­prise publique se mette à com­menter les travaux par­lemen­taires », con­sid­érant que le PDG ou les syn­di­cats pou­vaient s’exprimer, mais pas le groupe pub­lic comme institution.

Alloncle a toujours refusé la privatisation

Le cas Jérémie Patri­er-Lei­tus illus­tre à lui seul l’ambiguïté de la séquence. Le prési­dent Hori­zons de la com­mis­sion a voté pour la pub­li­ca­tion « par souci de trans­parence », tout en dénonçant ensuite l’« hyper­mé­di­ati­sa­tion » du rap­por­teur et une démarche qui pré­par­erait, selon lui, une privatisation.

Rap­pelons à cet égard que Charles Allon­cle s’est maintes fois défendu de la vouloir, notam­ment dans son entre­tien à l’O­JIM.

Face aux accu­sa­tions de « règle­ment de comptes » et de « sur­mé­di­ati­sa­tion », le député UDR a défendu une méth­ode assumée : pren­dre les Français à témoin. « Deman­der des comptes, ce n’est pas régler ses comptes », a‑t-il martelé, expli­quant avoir voulu révéler « un cer­tain nom­bre de dérives et de dys­fonc­tion­nements ». Une chose est sûre par ailleurs : la mobil­i­sa­tion numérique a pesé lourd pour impos­er le rapport.

Ce rap­port existe donc désor­mais. Il a été pub­lié légale­ment et met sur la table des sujets rarement traités frontale­ment : coûts, con­flits d’intérêts, pro­duc­tion exter­nal­isée, neu­tral­ité, plu­ral­isme.

Ironie du cal­en­dri­er et illus­tra­tion per­ti­nente de ces cri­tiques, la pub­li­ca­tion du rap­port coïn­cide avec la dif­fu­sion en prime time, la veille, sur la télévi­sion publique, d’une céré­monie des Molières « entière­ment vouée à con­va­in­cre les Français du bien-fondé de ses obser­va­tions » faisant la part belle à la gauche et aux drag-queens !

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