En promettant de privatiser l’audiovisuel public en cas d’arrivée au pouvoir du Rassemblement national, Jordan Bardella cherche à traduire politiquement les ouvertures métapolitiques initiées par Charles Alloncle. Coût, impartialité, contrôle : le sujet s’installe comme un marqueur possible de 2027.
La sortie est nette et assumée. Invité de BFMTV depuis le Parlement européen de Strasbourg le 29 avril, Jordan Bardella a déclaré que le Rassemblement national engagerait, s’il arrivait au pouvoir, la privatisation de l’audiovisuel public. Une affirmation qui n’est pas totalement nouvelle dans la famille politique du RN, Marine Le Pen ayant déjà défendu cette idée par le passé, mais qui prend une résonance particulière après les polémiques suscitées par le rapport parlementaire de Charles Alloncle.
Bardella radicalise le rapport Alloncle
« Demain, à la tête du pays, nous engagerons la privatisation de l’audiovisuel public », a affirmé Jordan Bardella, en rendant hommage à Charles Alloncle… mais en radicalisant son travail. De quoi relancer la polémique : pour ses opposants, le député UDR a préparé le terrain de la privatisation voulue par le RN.
Jordan Bardella affirme que l’audiovisuel public sera privatisé si le Rassemblement national est au pouvoir pic.twitter.com/vXB7W6rLjA
— BFM (@BFMTV) April 29, 2026
Le président du RN a repris plusieurs griefs devenus récurrents à droite : un budget annuel proche de 4 milliards d’euros, une situation financière jugée fragile par la Cour des comptes, et un service public accusé de fonctionner comme une forteresse idéologique. « En 2026, qu’il y ait encore un sens à ce que l’État français soit propriétaire de chaînes de télé, ce n’est pas un enjeu pour la démocratie », a‑t-il lancé. La formule résume l’angle choisi : contester l’idée selon laquelle la démocratie imposerait nécessairement un audiovisuel public aussi vaste.
Alloncle, lui, voulait « sauver l’audiovisuel public »
Charles Alloncle, pourtant, a maintes fois écarté l’idée de la suppression de l’audiovisuel public. Selon les dernières fuites dans la presse, il demanderait dans son rapport à paraître 1 milliard de coupes budgétaires, notamment via des fusions de chaînes, soit un quart de la dotation actuelle.
Le 14 avril dernier, dans son entretien à l’OJIM, le député UDR regrettait que ses positions aient été « largement caricaturées » : « certains journalistes et le président macroniste de la commission lui-même, ont cherché à me présenter comme un partisan déterminé de la privatisation ». « C’est mensonger », ripostait Alloncle, fustigeant une tentative de discréditer le sérieux de ses travaux. Et de conclure : « J’ai pourtant été très clair : mon objectif est de sauver les quelques missions précieuses de l’audiovisuel public, aujourd’hui menacées de disparition et fragilisées par des années de gestion contestable. »
Des propos qui semblent en phase avec l’opinion. Le 8 avril dernier, un sondage Vivavoice avançait que 75% des Français estimeraient que les médias de service public « sont importants voire indispensables pour le bon fonctionnement de la démocratie » et que 15% les jugeraient « nuisibles » pour celle-ci. Notons toutefois que cette étude a été réalisée… pour l’audiovisuel public. Plus précisément : pour France Télévisions/Radio France.
Une convergence à droite, avec des nuances
Reste que Jordan Bardella n’est pas seul sur cette ligne dure. Sa rivale à droite, Sarah Knafo, défend depuis plusieurs mois une privatisation franche, au nom de trois arguments : la « propagande », le coût, et l’obsolescence d’un modèle né dans un paysage audiovisuel sans concurrence. Dans un univers où les chaînes privées, les plateformes et les médias numériques se multiplient, l’argument porte : pourquoi l’État devrait-il encore financer et posséder un tel ensemble médiatique ?
Éric Ciotti, de son côté, a dénoncé un audiovisuel public que « la gauche considère » comme lui appartenant, après le vote de députés contre la publication du rapport parlementaire. Plus prudent, David Lisnard ne va pas jusqu’à réclamer explicitement une privatisation, mais insiste sur la nécessité d’un contrôle renforcé : « Il est normal d’être contrôlé surtout quand on utilise de l’argent public ». Moins à droite, Valérie Pécresse a également jugé la question « pas taboue », signe que le débat sur le sujet s’est démocratisé.
Un marqueur pour 2027 ?
Ce débat pourrait devenir l’un des vrais clivages de la présidentielle. La gauche défendra l’audiovisuel public au nom du pluralisme et de l’accès de tous à l’information. La droite, elle, dispose d’un angle simple : pourquoi continuer à financer par l’impôt (plus précisément, par la TVA) des médias perçus par une partie du public comme coûteux, peu neutres et insuffisamment contrôlés ?
Le rapport Alloncle a peut-être ouvert une brèche. Bardella vient de lui donner une traduction programmatique. Reste à savoir si la droite assumera jusqu’au bout une réforme de rupture, qui risque de susciter des crispations chez tous ceux qui profitent du système de l’audiovisuel public.

