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Objectif 2027 : après le rapport Alloncle, Bardella poursuit la bataille de l’audiovisuel public

1 mai 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

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En promet­tant de pri­va­tis­er l’audiovisuel pub­lic en cas d’arrivée au pou­voir du Rassem­ble­ment nation­al, Jor­dan Bardel­la cherche à traduire poli­tique­ment les ouver­tures métapoli­tiques ini­tiées par Charles Allon­cle. Coût, impar­tial­ité, con­trôle : le sujet s’installe comme un mar­queur pos­si­ble de 2027.

La sor­tie est nette et assumée. Invité de BFMTV depuis le Par­lement européen de Stras­bourg le 29 avril, Jor­dan Bardel­la a déclaré que le Rassem­ble­ment nation­al engagerait, s’il arrivait au pou­voir, la pri­vati­sa­tion de l’audiovisuel pub­lic. Une affir­ma­tion qui n’est pas totale­ment nou­velle dans la famille poli­tique du RN, Marine Le Pen ayant déjà défendu cette idée par le passé, mais qui prend une réso­nance par­ti­c­ulière après les polémiques sus­citées par le rap­port par­lemen­taire de Charles Allon­cle.

Bardella radicalise le rapport Alloncle

« Demain, à la tête du pays, nous engagerons la pri­vati­sa­tion de l’audiovisuel pub­lic », a affir­mé Jor­dan Bardel­la, en ren­dant hom­mage à Charles Allon­cle… mais en rad­i­cal­isant son tra­vail. De quoi relancer la polémique : pour ses opposants, le député UDR a pré­paré le ter­rain de la pri­vati­sa­tion voulue par le RN.

Le prési­dent du RN a repris plusieurs griefs devenus récur­rents à droite : un bud­get annuel proche de 4 mil­liards d’euros, une sit­u­a­tion finan­cière jugée frag­ile par la Cour des comptes, et un ser­vice pub­lic accusé de fonc­tion­ner comme une forter­esse idéologique. « En 2026, qu’il y ait encore un sens à ce que l’État français soit pro­prié­taire de chaînes de télé, ce n’est pas un enjeu pour la démoc­ra­tie », a‑t-il lancé. La for­mule résume l’angle choisi : con­tester l’idée selon laque­lle la démoc­ra­tie imposerait néces­saire­ment un audio­vi­suel pub­lic aus­si vaste.

Alloncle, lui, voulait « sauver l’audiovisuel public »

Charles Allon­cle, pour­tant, a maintes fois écarté l’idée de la sup­pres­sion de l’audiovisuel pub­lic. Selon les dernières fuites dans la presse, il deman­derait dans son rap­port à paraître 1 mil­liard de coupes budgé­taires, notam­ment via des fusions de chaînes, soit un quart de la dota­tion actuelle.

Le 14 avril dernier, dans son entre­tien à l’OJIM, le député UDR regret­tait que ses posi­tions aient été « large­ment car­i­caturées » : « cer­tains jour­nal­istes et le prési­dent macro­niste de la com­mis­sion lui-même, ont cher­ché à me présen­ter comme un par­ti­san déter­miné de la pri­vati­sa­tion ». « C’est men­songer », ripostait Allon­cle, fustigeant une ten­ta­tive de dis­créditer le sérieux de ses travaux. Et de con­clure : « J’ai pour­tant été très clair : mon objec­tif est de sauver les quelques mis­sions pré­cieuses de l’audiovisuel pub­lic, aujourd’hui men­acées de dis­pari­tion et frag­ilisées par des années de ges­tion contestable. »

Des pro­pos qui sem­blent en phase avec l’opinion. Le 8 avril dernier, un sondage Vivavoice avançait que 75% des Français estimeraient que les médias de ser­vice pub­lic « sont impor­tants voire indis­pens­ables pour le bon fonc­tion­nement de la démoc­ra­tie » et que 15% les jugeraient « nuis­i­bles » pour celle-ci. Notons toute­fois que cette étude a été réal­isée… pour l’audiovisuel pub­lic. Plus pré­cisé­ment : pour France Télévisions/Radio France.

Une convergence à droite, avec des nuances

Reste que Jor­dan Bardel­la n’est pas seul sur cette ligne dure. Sa rivale à droite, Sarah Knafo, défend depuis plusieurs mois une pri­vati­sa­tion franche, au nom de trois argu­ments : la « pro­pa­gande », le coût, et l’obsolescence d’un mod­èle né dans un paysage audio­vi­suel sans con­cur­rence. Dans un univers où les chaînes privées, les plate­formes et les médias numériques se mul­ti­plient, l’argument porte : pourquoi l’État devrait-il encore financer et pos­séder un tel ensem­ble médiatique ?

Éric Ciot­ti, de son côté, a dénon­cé un audio­vi­suel pub­lic que « la gauche con­sid­ère » comme lui appar­tenant, après le vote de députés con­tre la pub­li­ca­tion du rap­port par­lemen­taire. Plus pru­dent, David Lis­nard ne va pas jusqu’à réclamer explicite­ment une pri­vati­sa­tion, mais insiste sur la néces­sité d’un con­trôle ren­for­cé : « Il est nor­mal d’être con­trôlé surtout quand on utilise de l’argent pub­lic ». Moins à droite, Valérie Pécresse a égale­ment jugé la ques­tion « pas taboue », signe que le débat sur le sujet s’est démocratisé.

Un marqueur pour 2027 ?

Ce débat pour­rait devenir l’un des vrais cli­vages de la prési­den­tielle. La gauche défendra l’audiovisuel pub­lic au nom du plu­ral­isme et de l’accès de tous à l’information. La droite, elle, dis­pose d’un angle sim­ple : pourquoi con­tin­uer à financer par l’impôt (plus pré­cisé­ment, par la TVA) des médias perçus par une par­tie du pub­lic comme coû­teux, peu neu­tres et insuff­isam­ment contrôlés ?

Le rap­port Allon­cle a peut-être ouvert une brèche. Bardel­la vient de lui don­ner une tra­duc­tion pro­gram­ma­tique. Reste à savoir si la droite assumera jusqu’au bout une réforme de rup­ture, qui risque de sus­citer des crispa­tions chez tous ceux qui prof­i­tent du sys­tème de l’audiovisuel pub­lic.

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