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Bagayoko contre CNews : une campagne médiatique en bonne et due forme

5 avril 2026 | Temps de lecture : 8 minutes

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Une semaine de fureur : l’affaire « Bagayoko con­tre CNews » a tout éclip­sé dans le paysage médi­a­tique français. La qua­si-total­ité des rédac­tions a crié à la « défer­lante raciste », défor­mant une sim­ple mal­adresse en crime ora­toire pour vis­er la chaîne de Vin­cent Bolloré.

Cette semaine, il fal­lait vivre dans une tribu prim­i­tive pour man­quer l’affaire. Le clash « Bagayoko con­tre CNews » a même, cer­tains jours, davan­tage attiré les regards médi­a­tiques que la guerre en Iran.

Les médias insistent sur une campagne raciste visant Bally Bagayoko

Au cœur de la polémique bien sûr : une « défer­lante raciste », « orchestrée par CNews ». selon les ter­mes de L’Humanité et La Vie.

Selon BFMTV, qui cou­vre ce 4 avril la man­i­fes­ta­tion de sou­tien à Saint-Denis (93) à Bal­ly Bagayoko, pas de doute : le maire de Saint-Denis « subit depuis son élec­tion une cam­pagne de haine », ce que 20 Min­utes et La Croix con­fir­ment. Il est pour L’Ex­press « vic­time de racisme », et pour le Huff­in­g­ton Post d’une « cabale intense ».

Il est vrai que, pre­mier maire LFI de France, sym­bole de la « Nou­velle France » que Jean-Luc Mélen­chon appelle de ses vœux, Bal­ly Bagayoko con­cen­tre depuis le 22 mars dernier les tirs de la droite médi­a­tique française, notam­ment de CNews. Un fait que Le Nou­v­el Obs décrit avec une grande objec­tiv­ité, y voy­ant une élec­tion qui « hor­rip­ile l’extrême droite », puisque celle-ci « glo­ri­fie le passé roy­al­iste et catholique de Saint-Denis ».

Des propos maladroits tronqués

À l’origine du tsuna­mi médi­a­tique, les pro­pos du psy­cho­logue Jean Dori­dot, tenus le ven­dre­di 27 mars vers 22h30 sur CNews. Répon­dant à l’animateur Olivi­er de Kéran­flech sur l’action du nou­veau maire de Saint-Denis, l’invité se lance dans une tirade qui va met­tre le feu aux poudres : « Nous (donc l’ensemble des êtres humains, y com­pris les per­son­nes présentes sur le plateau, NdlR) sommes des mam­mifères soci­aux, de la famille des grands singes. Et par con­séquent, dans toute col­lec­tiv­ité, dans toute tribu (…), il y a un chef qui a pour mis­sion d’in­staller son autorité.»

Les réac­tions ne tar­dent pas, Kéran­flech réagis­sant même après la pause pub­lic­i­taire. Une heure plus tard, le compte Twit­ter « Alerte Infos », qui compte 830 000 abon­nés, dif­fuse l’extrait d’une minute avec un com­men­taire lap­idaire : « Le nou­veau maire de Saint-Denis, Bal­ly Bagayoko, a été com­paré à un singe sur CNews. » Une vidéo qui sera vue en une semaine près de cinq mil­lions de fois.

Le lende­main matin, les réac­tions des élus insoumis fusent, notam­ment Mathilde Pan­ot dès 7h01. L’élue annonce saisir l’ARCOM face « à ce racisme crasse et décom­plexé ». L’emballement médi­a­tique était lancé, accéléré par la récupéra­tion des mou­vances insoumise et antiracistes. La plu­part des poli­tiques et obser­va­teurs ont retenu trois mots, puis réduit Bal­ly Bagayoko à sa couleur de peau, et retenu que CNews com­para­it un Noir à un singe. Au pas­sage, France Info rap­pelle qu’elle est « la chaîne du mil­liar­daire con­ser­va­teur Vin­cent Bol­loré. Pré­ci­sion dont on affu­ble rarement Le Monde, jour­nal du mil­liar­daire Xavier Niel.

Comme si cela ne suff­i­sait pas, le philosophe Michel Onfray évo­qua à son tour, le 28 mars à 13h sur CNews, dans l’émission de Lau­rence Fer­rari, Bal­ly Bagayoko et son autori­tarisme, le jugeant « très trib­al » : « Mais on n’est pas dans une tribu prim­i­tive comme les décrit Dar­win en dis­ant : vous avez le mâle dom­i­nant qui est là, qui décide et qui dit : “Toi, tu auras à manger, toi tu n’auras pas à manger. Moi j’aurai les femelles, toi tu n’auras pas les femelles. Nous allons atta­quer, nous n’allons pas atta­quer la tribu d’en face ou je ne sais quoi.” » Et Onfray d’enfoncer : « Ça, ça va bien, il y a des mil­liers d’années que c’était comme ça, mais c’est plus du tout comme ça maintenant. »

Peut-on parler anthropologie quand on parle d’un Noir ? Non

Selon L’Express, le 4 avril, « un “philosophe” devrait savoir raison­ner, et se raison­ner ; Michel Onfray ne devrait pas assim­i­l­er un maire LFI, d’origine mali­enne, à un “mâle dom­i­nant” de “tribu prim­i­tive” ». Plus encore, « un psy­cho­logue devrait savoir analyser, s’autoanalyser aus­si ; pourquoi donc Jean Dori­dot a‑t-il ressen­ti le besoin de rap­pel­er que “nous sommes des mam­mifères soci­aux et de la famille des grands singes”, pour décrypter l’installation de Bal­ly Bagayoko à la mairie de Saint-Denis ? »

Dori­dot avait beau par­ler à la pre­mière per­son­ne du pluriel et Onfray n’évoquer nulle part les orig­ines du maire, peu importe : toute analyse anthro­pologique est refusée à des médias ou des intel­lectuels classés à droite. Bien qu’elle soit en vogue dans les mou­vances dites antiracistes. Au dia­ble donc la lib­erté d’expression.

CNews se défend

Une semaine plus tard, la fureur médi­a­tique n’est pas retombée : ven­dre­di 3 avril, Libéra­tion et France info évo­quent des « attaques racistes », L’Humanité un « racisme éhon­té », un autre arti­cle de Libéra­tion « un flot inin­ter­rompu de pro­pos racistes », « une com­para­i­son igno­minieuse » et que BFM TV, La Croix, 20 Min­utes, et Sud-Ouest affir­ment : « des liens ont été faits entre Bal­ly Bagayoko et “la famille des grands singes”, et une atti­tude de “mâle dom­i­nant” lui a été reprochée. » Une phrase fausse donc, puisque le lien a été établi entre l’ensemble des êtres humains et la famille des grands singes. France Info rap­porte égale­ment que « il est tour à tour com­paré à un mam­mifère de “la famille des grands singes” ».

Le 30 avril, CNews a ten­té de se défendre, con­tes­tant dans un com­mu­niqué « que de quel­con­ques pro­pos racistes aient été tenus ». Le 3 avril au soir, la chaîne dif­fu­sait un reportage de 13 min­utes réal­isé par l’agence Gen­ton Pro­duc­tions pour dénon­cer « la cabale médi­a­tique » reposant sur des « procédés de manipulation ».

Le chroniqueur et soci­o­logue Math­ieu Bock-Côté y fustige des pro­pos arrachés de leur con­texte. Il y voit un « tra­vail de pro­pa­gan­distes » qui « con­siste à assim­i­l­er au racisme leurs adver­saires, même s’ils ne sont pas racistes ». Et cela en vue de créer un « halo d’infréquentabilité », pour­suit-il. Et de con­clure : « c’est un mécan­isme de fab­ri­ca­tion du paria ».

Le reportage s’attaque aus­si à la mobil­i­sa­tion de France Inter et de l’audiovisuel pub­lic, qui écarte dans sa cou­ver­ture tout emploi du con­di­tion­nel, faisant du racisme un fait avéré.

L’AFP intervient à son tour

CNews ten­tera surtout de riposter face à LFI en cou­vrant le place­ment en garde à vue de l’eurodéputée LFI Rima Has­san le 2 avril, dans le cadre d’une enquête du pôle nation­al de lutte con­tre la haine en ligne pour « apolo­gie du ter­ror­isme com­mise en ligne ».

Mais le 2 avril aus­si, au micro de la très influ­ente AFP et dans le for­mat « uncut » (« sans coupe »), Bal­ly Bagayoko assé­nait : « Est-ce que nous sommes oblig­és d’avoir une offre médi­a­tique avec des chaînes racistes comme CNews et d’autres ? Moi je dis que non ». Et d’ajouter : « L’ARCOM pour­rait être plus sévère », évo­quant ouverte­ment une sus­pen­sion du média.

Si vous n’êtes pas au rassemblement politisé de LFI, vous êtes racistes

Enfin, un rassem­ble­ment se tenait à la mairie de Saint-Denis le same­di 4 avril. Rassem­ble­ment auquel par­tic­i­paient cer­taines per­son­nal­ités comme Assa Tra­oré, décrite par Sud-Ouest et France Info comme « la mil­i­tante de la lutte con­tre les vio­lences poli­cières ». France Info explique que Bal­ly Bagayoko « espère un sur­saut citoyen » après avoir été « visé par des pro­pos racistes sur la chaîne CNews. »

Ce rassem­ble­ment est con­sid­éré par cer­tains médias comme un « espoir d’un retour de la lutte antiraciste dans le débat pub­lic », où tous se retrou­vent « dans une unité retrou­vée », selon Le Monde. Même si 20 Min­utes note que « plusieurs par­tis devraient briller par leur absence ». Le Huff­in­g­ton Post fait le même reproche au gou­verne­ment et glisse que « une marche con­tre le racisme ne fait plus le plein chez les poli­tiques. » Pour le Huff­in­g­ton Post, c’est parce que le gou­verne­ment a « large­ment dia­bolisé » LFI et que Bruno Retail­leau, patron des LR, « juge la for­ma­tion mélen­chon­iste plus dan­gereuse que les par­tis d’extrême droite ».

Cette affaire aura, sem­ble-t-il, per­mis à LFI de revenir dans les bonnes grâces médi­a­tiques, moins de deux mois après le meurtre de Quentin Der­anque. D’ailleurs, la même semaine, la for­ma­tion de Jean-Luc Mélen­chon est aus­si par­v­enue à impos­er médi­a­tique­ment le retour du cofon­da­teur de la Jeune Garde, Raphaël Arnault.

Adélaïde Motte

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