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Maison des « médias libres » : quand le mécène Legrain met le projet en péril

10 février 2026

Temps de lecture : 4 minutes
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Maison des « médias libres » : quand le mécène Legrain met le projet en péril

Temps de lecture : 4 minutes

Maison des « médias libres » : quand le mécène Legrain met le projet en péril

Le grain de sable qui pourrait gâcher toute la mécanique.

Le pro­jet de « Mai­son des médias libres », pen­sé comme un lieu mutu­al­isé pour des rédac­tions engagées à gauche, vac­ille depuis les révéla­tions visant son prin­ci­pal financier, Olivi­er Legrain. Retraits, mis­es en retrait, com­mu­niqués défen­sifs : l’affaire frag­ilise autant le mon­tage que la crédi­bil­ité d’un écosys­tème qui se veut irréprochable.

Barbès en danger !

La séquence est bru­tale : en quelques jours, l’initiative immo­bil­ière la Mai­son des médias libres, des­tinée à rassem­bler une ving­taine de struc­tures boule­vard Bar­bès (Paris 18ᵉ), s’est retrou­vée ramenée à une ques­tion sim­ple : peut-on incar­n­er « l’indépendance » quand les murs dépen­dent d’un seul homme et que cet homme se retrou­ve au cœur d’un scan­dale d’agression sex­uelle ?

Quand le sport nation­al à gauche est devenu de tir­er à boulets rouges sur Bol­loré et Stérin, l’affaire a de quoi faire tiquer…

Un projet collectif… adossé à un homme providentiel

Selon Medi­a­part, plusieurs femmes accusent Olivi­er Legrain d’avoir abusé d’une posi­tion de pou­voir, dans un con­texte où des por­teuses de pro­jets venaient sol­liciter un sou­tien financier ; une plainte a été déposée le 7 jan­vi­er 2026 pour des faits qual­i­fiés notam­ment de « har­cèle­ment », « intim­i­da­tion » et « vio­lence sexuelle ».

Or Legrain n’est pas un dona­teur périphérique ou un ani­ma­teur d’émission comme Moran­di­ni, il est au cœur du mon­tage de la Mai­son des médias libres, pro­prié­taire du bâti­ment (avec une fon­cière, selon Vert) et piv­ot financier du pro­jet. Dès lors, l’affaire ne men­ace pas seule­ment une répu­ta­tion : elle men­ace une archi­tec­ture économique.

Retraits en chaîne, malaise idéologique

Les réac­tions illus­trent la gêne. Vert annonce se retir­er « tant que le pro­prié­taire du bâti­ment restera Olivi­er Legrain », tout en rap­pelant la nature passée de leurs rela­tions (don et prêt en 2022, prêt rem­boursé, aucune par­tic­i­pa­tion au capital).

Medi­a­part décrit aus­si des départs ou mis­es en retrait d’autres titres, et rap­pelle que le pro­jet devait accueil­lir de nom­breuses rédac­tions se posi­tion­nant sur les vio­lences sex­istes et sexuelles.
À gauche, le malaise devient même par­fois aut­o­cri­tique : Poli­tis insiste sur la con­tra­dic­tion d’un pro­jet d’« éman­ci­pa­tion » fondé sur une dépen­dance struc­turelle à un mil­lion­naire et pré­cise avoir démen­ti tout sou­tien financier de Legrain. Il con­vient de rap­pel­er que tout ce petit monde qui défend l’indépendance de cet écosys­tème de gauche est biberon­né aux sub­ven­tions publiques. Ain­si en 2024, Poli­tis a reçu plus de 200 000 euros de l’État…

Voir aus­si : Poli­tis, le jour­nal qui exploitait les clan­des­tins, en croisade con­tre CNews

L’onde de choc sur les rédactions (et sur Legrain)

Pour les médias asso­ciés, le risque est dou­ble. D’abord, une frag­ili­sa­tion opéra­tionnelle : quand le financeur cen­tral devient un prob­lème, c’est la via­bil­ité du lieu qui se com­plique. Ensuite, un dis­crédit sym­bol­ique : ces titres dénon­cent volon­tiers l’emprise des grandes for­tunes sur l’information ; l’affaire expose une dépen­dance plus incon­fort­able quand elle vient « du bon camp ».
De son côté, Bas­ta ! acte la rup­ture des liens et estime que la Mai­son des médias libres « ne pour­ra voir le jour dans sa con­fig­u­ra­tion actuelle » compte tenu du rôle de Legrain dans le financement.

Reste Olivi­er Legrain, désor­mais au cen­tre du réc­it : Medi­a­part rap­porte qu’il con­teste « toute vio­lence sex­uelle » tout en con­cé­dant des com­porte­ments jugés intrusifs. Une défense qui con­siste à plaider coupable d’être un gros lour­daud sans être passé à l’acte…

Pour la Mai­son des médias libres, l’enjeu n’est plus seule­ment de « con­tin­uer », mais de prou­ver qu’un pro­jet d’indépendance peut sur­vivre à la chute, prévis­i­ble, de son homme-clef et pour­voyeur des financements.

Voir aus­si : Olivi­er Legrain, portrait

Rodolphe Cha­la­mel