Le grain de sable qui pourrait gâcher toute la mécanique.
Le projet de « Maison des médias libres », pensé comme un lieu mutualisé pour des rédactions engagées à gauche, vacille depuis les révélations visant son principal financier, Olivier Legrain. Retraits, mises en retrait, communiqués défensifs : l’affaire fragilise autant le montage que la crédibilité d’un écosystème qui se veut irréprochable.
Barbès en danger !
La séquence est brutale : en quelques jours, l’initiative immobilière la Maison des médias libres, destinée à rassembler une vingtaine de structures boulevard Barbès (Paris 18ᵉ), s’est retrouvée ramenée à une question simple : peut-on incarner « l’indépendance » quand les murs dépendent d’un seul homme et que cet homme se retrouve au cœur d’un scandale d’agression sexuelle ?
Quand le sport national à gauche est devenu de tirer à boulets rouges sur Bolloré et Stérin, l’affaire a de quoi faire tiquer…
Un projet collectif… adossé à un homme providentiel
Selon Mediapart, plusieurs femmes accusent Olivier Legrain d’avoir abusé d’une position de pouvoir, dans un contexte où des porteuses de projets venaient solliciter un soutien financier ; une plainte a été déposée le 7 janvier 2026 pour des faits qualifiés notamment de « harcèlement », « intimidation » et « violence sexuelle ».
Or Legrain n’est pas un donateur périphérique ou un animateur d’émission comme Morandini, il est au cœur du montage de la Maison des médias libres, propriétaire du bâtiment (avec une foncière, selon Vert) et pivot financier du projet. Dès lors, l’affaire ne menace pas seulement une réputation : elle menace une architecture économique.
Retraits en chaîne, malaise idéologique
Les réactions illustrent la gêne. Vert annonce se retirer « tant que le propriétaire du bâtiment restera Olivier Legrain », tout en rappelant la nature passée de leurs relations (don et prêt en 2022, prêt remboursé, aucune participation au capital).
Mediapart décrit aussi des départs ou mises en retrait d’autres titres, et rappelle que le projet devait accueillir de nombreuses rédactions se positionnant sur les violences sexistes et sexuelles.
À gauche, le malaise devient même parfois autocritique : Politis insiste sur la contradiction d’un projet d’« émancipation » fondé sur une dépendance structurelle à un millionnaire et précise avoir démenti tout soutien financier de Legrain. Il convient de rappeler que tout ce petit monde qui défend l’indépendance de cet écosystème de gauche est biberonné aux subventions publiques. Ainsi en 2024, Politis a reçu plus de 200 000 euros de l’État…
Voir aussi : Politis, le journal qui exploitait les clandestins, en croisade contre CNews
L’onde de choc sur les rédactions (et sur Legrain)
Pour les médias associés, le risque est double. D’abord, une fragilisation opérationnelle : quand le financeur central devient un problème, c’est la viabilité du lieu qui se complique. Ensuite, un discrédit symbolique : ces titres dénoncent volontiers l’emprise des grandes fortunes sur l’information ; l’affaire expose une dépendance plus inconfortable quand elle vient « du bon camp ».
De son côté, Basta ! acte la rupture des liens et estime que la Maison des médias libres « ne pourra voir le jour dans sa configuration actuelle » compte tenu du rôle de Legrain dans le financement.
Reste Olivier Legrain, désormais au centre du récit : Mediapart rapporte qu’il conteste « toute violence sexuelle » tout en concédant des comportements jugés intrusifs. Une défense qui consiste à plaider coupable d’être un gros lourdaud sans être passé à l’acte…
Pour la Maison des médias libres, l’enjeu n’est plus seulement de « continuer », mais de prouver qu’un projet d’indépendance peut survivre à la chute, prévisible, de son homme-clef et pourvoyeur des financements.
Voir aussi : Olivier Legrain, portrait
Rodolphe Chalamel


