Le Monde a révélé que le Quai d’Orsay avait freiné la mise sous sanctions de l’ex-directrice de RT France, malgré les demandes pressantes de Bruxelles et des eurodéputés macronistes. De quoi décevoir les détracteurs de la jeune femme, qui est au cœur d’une intense campagne médiatique depuis le printemps. Pour l’heure, le poids des médias Bolloré mais surtout les risques juridiques pèsent dans la balance.
Il n’en fallait pas plus pour relâcher la meute. « La macronie a peur de l’empire Bolloré », s’est offusqué l’historien des médias Alexis Levrier sur X. « L’abracadabrantesque échappée aux sanctions européennes de sa protégée Xenia Fedorova », s’indignait l’ex journaliste du Monde Marion Van Renterghem, avant d’ajouter que la chroniqueuse de CNews était une « propagandiste XXL du Kremlin en France ».
Tous réagissent au nouvel article visant Xenia Fedorova, ex directrice de RT France. Le 22 juillet dernier, le quotidien du soir révélait (et semblait regretter) que celle-ci ait échappé au 21e paquet de sanctions européennes visant des personnalités russes, annoncé 24 heures plus tard.
« Paris a temporisé »
Bruxelles avait pourtant interrogé, au début du mois de juin, les autorités françaises, ont rapporté les journalistes Ariane Chemin, Virginie Malingre et Ivanne Trippenbach. Au sein des institutions européennes, Xenia Fedorova était perçue comme une « excellente » candidate à la mise sous sanctions. Des sanctions d’ailleurs réclamées au même moment par les eurodéputés macronistes, Natalie Loiseau et Valérie Hayer en tête.
Xenia Fedorova a elle-même craint d’être placée sur la liste de Bruxelles. Surprise : « Paris a temporisé », a rapporté Le Monde : « ce n’est pas encore le moment », aurait-on soufflé du côté du Quai d’Orsay.
Ce nouvel épisode de campagne médiatique vise encore une fois la diplomatie française, pressée d’agir contre Xenia Fedorova. Il s’agit de lui imposer un dilemme : agir ou paraître faible. Déjà, Le Monde avait révélé en avril dernier que l’administration française avait accordé à la jeune femme une carte de résident valable dix ans en 2024, sans qu’aucune mesure d’éloignement ait depuis été annoncée. Laurent Nunez comme Jean-Noël Barrot, embarrassés, ont déjà botté en touche. Une décision qui révolte les partisans médiatiques de Kiev, hystériques à la moindre prise de parole de l’intéressée sur l’antenne d’Europe 1 ou dans les studios de CNews.
Avant Xenia Fedorova, Xavier Moreau
La passivité, ou du moins l’hésitation de l’exécutif, étonne d’autant plus que Jean-Noël Barrot avait demandé, en décembre 2025, la mise sous sanctions de Xavier Moreau, ressortissant français expatrié à Moscou et fondateur du think tank Stratpol. Une procédure menée, rappelons-le, sans procès… mais qui en a généré, puisqu’une décision de la 17e chambre est attendue en novembre sur le procès en diffamation intenté par ce dernier contre le chef de la diplomatie française. Le ministre l’avait qualifié, sur son compte personnel, de « relais de la propagande du Kremlin ».
Or, selon nos sources, les diplomates doutent de l’effet bénéfique des sanctions visant certaines personnes. Xavier Moreau a profité des sanctions pour s’engager en politique, parvenant à se faire élire en mai dernier Conseiller des Français de Russie et de Biélorussie. Déjà un début de camouflet pour Jean-Noël Barrot. Camouflet qui pourrait s’aggraver, Moreau étant désormais candidat aux Sénatoriales. Le suffrage aura lieu fin septembre.
Le Monde s’interroge aussi : « la figure de Vincent Bolloré ferait-elle peur au pouvoir ? ». En période quasi-présidentielle, sanctionner Xenia Fedorova ne serait pas sans risques : « Il est certain que la proximité de Fedorova avec Bolloré, ça pèse », a glissé un conseiller élyséen au Monde.
Demain, tous « propagandistes » ?
Alors pour l’heure, les tensions restent avant tout médiatiques. Le 12 juillet dernier, le chef de la diplomatie française avait croisé le fer sur X avec la chroniqueuse de CNews, l’accusant d’« annexer la mémoire nationale française » pour avoir critiqué la présence d’un détachement ukrainien lors du défilé de la fête nationale.
Le 18 juillet, Xenia Fedorova poursuivait son combat dans le JD News : « je porte la voix de ceux qui pensent que cette guerre en Ukraine aurait pu être évitée, et qu’un accord de paix avec la Russie vaut mieux qu’une guerre ouverte avec elle ». Et de prévenir : le label infamant de « propagandiste » pourra s’appliquer à d’autres demain.
Edouard Chanot
Voir aussi : Apoplexie dans les médias dominants : le JD News appelle à renouer avec la Russie

