À la veille du 14 juillet, Jean-Noël Barrot a violemment attaqué Xenia Fedorova sur BFMTV et RMC. Le ministre des Affaires étrangères a accusé la chroniqueuse de CNews, ex-patronne de RT France, d’« annexer la mémoire nationale française au récit du Kremlin ». L’échange s’est embrasé sur X, révélant les tensions autour de l’engagement français pour l’Ukraine.
La « propagande du Kremlin » a‑t-elle troublé la fête du 14 juillet ? Jean-Noël Barrot est en tout cas monté au créneau la veille, alors qu’il était invité d’Apolline de Malherbe sur BFMTV et RMC. Le chef de la diplomatie française a en effet fustigé les propos de la chroniqueuse de CNews Xenia Fedorova, ex-directrice de RT France.
« Je suis étonné qu’elle soit invitée sur les ondes françaises », a‑t-il poursuivi, s’attaquant à demi-mot à CNews, avant d’ajouter : « Évidemment, nous vivons dans un État de droit où chacun est libre de dire ce qu’il pense, [mais] l’Arcom a été saisie. »
Le duel s’est aussitôt prolongé sur X, transformant une controverse médiatique en séquence diplomatique à haute visibilité.
“C’est la propagande du Kremlin”, réagit Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, aux propos de la chroniqueuse russe Xenia Fedorova au sujet de la guerre en Ukraine pic.twitter.com/hmuPTy7JIq
— RMC (@RMCInfo) July 13, 2026
Le calendrier n’a rien d’anodin. La France a accueilli la « Coalition des volontaires » pour l’Ukraine, avec près de 500 militaires issus des pays membres. L’exécutif entend ainsi afficher sa solidarité avec Kiev et sa capacité à entraîner ses partenaires européens.
Une « annexion médiatique » selon Barrot
Jean-Noël Barrot a poursuivi son réquisitoire, accusant Fedorova d’« annexer la mémoire nationale française au récit du Kremlin », en réponse à une tribune de cette dernière publiée dans le JDD le 11 juillet. La chroniqueuse écrivait notamment que le 14 juillet n’était ni « une cérémonie européenne » ni « une parade de l’OTAN ».
« La question est simple : jusqu’où veut-on entraîner la France dans cette guerre ? », a rétorqué celle-ci sur X, avant d’ajouter : « Si l’on veut que ce conflit devienne aussi le sien, qu’on le dise clairement aux Français. »
Selon @jnbarrot, dire : « La question est simple : jusqu’où veut-on entraîner la France dans cette guerre ? Si l’on veut que ce conflit devienne aussi le sien, qu’on le dise clairement aux Français. Qu’on leur demande leur avis », c’est de la propagande du Kremlin 👏🏻 https://t.co/R08SGx5AY0
— Xenia Fedorova (@xfedorova) July 13, 2026
Il n’en fallait pas plus pour déclencher une nouvelle tornade. Parmi de nombreux autres chroniqueurs hostiles à Moscou, Jean-Michel Aphatie est parvenu, en un seul message, à dénoncer « l’incroyable arrogance de Fedorova » et à mettre en cause trois présentateurs vedettes de CNews.
L’incroyable arrogance de @xfedorova demeure inexplicable. Si elle pense que la France qui l’accueille est un pays mal gouverné et dangereux, qu’elle le quitte. Personne ne l’oblige à demeurer dans un pays qu’elle haït.
Par ailleurs, @cnews et ses journalistes @PascalPraud… https://t.co/WgsYNgbUxv— jean-michel aphatie (@jmaphatie) July 13, 2026
Jean-Jacques Bourdin postait quant à lui : « Comment se fait-il que Xenia Fedorova soit encore en France ? Jean-Noël Barrot a‑t-il si peu de courage ? Je ne supporte pas qu’on insulte la France. »
Les appels au renvoi de la jeune femme se multiplient en effet parmi ses détracteurs numériques depuis qu’elle est la cible d’une intense campagne médiatique. Le Monde a révélé en avril que l’administration française lui avait accordé en 2024 une carte de résident valable dix ans, sans qu’aucune mesure d’éloignement ait depuis été annoncée.
De quoi gêner l’exécutif. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, avait justifié cette position sur France Inter au nom des libertés françaises : la France, expliquait-il en substance, n’envoie pas ses opposants « au goulag ». Les eurodéputés macronistes ont quant à eux appelé la Commission européenne à la sanctionner. Car si elle n’est pas exclue du territoire, Xenia Fedorova peut au moins l’être du champ de la parole autorisée.
Sur le dossier ukrainien, les voix discordantes restent marginales. Une étude de l’OJIM révélait, le 2 juillet dernier, les déséquilibres manifestes sur France Info et LCI.
🇺🇦Jean-Paul, auditeur : “Ce n’est pas notre guerre, on n’a rien à foutre en Ukraine ! Il faut arrêter le cinéma !” #GrandMatin
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☎️Réagissez au 0 826 300 300 pic.twitter.com/4iRanjNTiO— Sud Radio (@SudRadio) July 14, 2026
Une cible utile pour le narratif de l’exécutif ?
Après neuf ans de macronisme, la chroniqueuse est, dans l’absolu, un bouc émissaire commode, bien plus facile à dénoncer que les fractures sociales, le déclassement budgétaire ou les impasses stratégiques du pays. Le pouvoir déplace ainsi le débat sur un terrain qu’il maîtrise : celui de la confrontation médiatique. Elle permet d’occuper les antennes tout en désignant d’un coup deux ennemis tout trouvés — Moscou et les médias de Vincent Bolloré.
Priorité à la mise en scène plutôt qu’à la reddition de comptes.
Olivier Frèrejacques
Voir aussi : Apoplexie dans les médias dominants : le JD News appelle à renouer avec la Russie


