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Pub­lié le 7 août 2013 | Éti­quettes :

Syrie : une journaliste indépendante témoigne

Sur le site de la Columbia Journalism Review, une journaliste indépendante italienne, Francesca Borri, a publié un témoignage saisissant. Et outre l’idéologie anti-Assad qui s’en dégage, et une certaine dose un peu poussée de féminisme, son récit des conditions des journalistes indépendants en Syrie vaut le détour.

Pourquoi, d’ailleurs, s’est-elle lancée dans l’enfer syrien ? « Rester en Syrie, là où personne ne veut rester, est ma seule chance d’avoir du boulot », explique-t-elle dans son billet. Et encore, un boulot précaire : « que vous écriviez d’Alep ou de Gaza ou de Rome, les rédacteurs en chef ne voient pas la différence. Vous êtes payé pareil : 70$ par article. »

« Les rédacteurs en chef, en Italie, ne veulent que le sang et les « bang bang » des fusils d’assaut », ajoute celle-ci. Un jour, alors qu’elle avait écrit un billet essayant de décrire l’action des rebelles, on lui a clairement répondu : « Qu’est-ce que c’est que ça ? Six mille mots et personne ne meurt ? » Le ton est donné. « Le contenu, désormais, est standardisé, et votre journal, votre magazine, n’a plus aucune singularité, et il n’y a donc plus aucune raison de payer un reporter » explique Francesca Borri.

Cette dernière se penche également sur la crise des médias : « La crise que les médias traversent est une crise du média lui-même, pas du lectorat. Les lecteurs sont toujours là, et contrairement à ce que croient beaucoup de rédacteurs en chef, ce sont des gens intelligents qui demandent de la simplicité sans simplification. Ils veulent comprendre, pas uniquement savoir. »

Revenons en Syrie. Les conditions des journalistes « free-lance » sont très précaires. La vie est chère, et leurs articles sont achetés à bas coût et peu considérés. « Les journalistes freelance sont des journalistes de seconde zone – même s’il n’y a que des freelance ici, en Syrie », explique-t-elle. Pire, « au lieu d’être unis, nous sommes nos propres pires ennemis ; et la raison du papier payé 70$, ce n’est pas le manque d’argent, parce qu’il y a toujours de l’argent pour un papier sur les petites amies de Berlusconi. La vraie raison, c’est que quand vous demandez 100$, quelqu’un d’autre est prêt à le faire pour 70. C’est une compétition féroce. »

Une course à l’information, au « buzz », et cela aux dépends de la vie des journalistes de terrain, sacrifiés sur l’autel du sensationnel.

Voir aussi : Deux journalistes français enlevés en Syrie

Crédit photo : james_gordon_losangeles via Flickr (cc)

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