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Syrie : les médias aux ordres… Entretien

19 septembre 2015

Temps de lecture : 4 minutes
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Syrie : les médias aux ordres… Entretien

19 septembre 2015

Temps de lecture : 4 minutes

Depuis que la guerre a éclaté en Syrie, les médias français font-ils correctement leur boulot ? Sont-ils objectifs dans le traitement de l’information ? Ont-ils des partis-pris ? Pour en parler, l’Ojim a rencontré un bon connaisseur du dossier : Benjamin Blanchard, cofondateur de l’association française SOS Chrétiens d’Orient, créée en 2013 et présente aujourd’hui en Syrien, en Irak, en Jordanie et au Liban. Selon lui, « sur la question syrienne, les médias français ont été aux ordres ».

Le change­ment a été pre­mière­ment dans le vocab­u­laire : on a com­mencé à enten­dre par­ler de « Syrie » et non plus seule­ment de « régime ».

Vous êtes allé en Syrie pour la première fois en 2013, la guerre faisait rage depuis deux ans déjà. Avez-vous reconnu le pays dont parlaient alors les médias français ?

La Syrie était un pays en guerre, bien évidem­ment, mais j’ai été sur­pris par l’état du pays. Je m’attendais par exem­ple à voir Damas com­plète­ment détru­ite, ce qui n’était pas –et n’est tou­jours heureuse­ment pas — le cas.

Il y a bien sûr des quartiers détru­its mais d’autres sont en par­fait état et la vie continue.

Les médias nous dis­aient alors que l’armée syri­enne ne con­trôlait plus rien, que la pop­u­la­tion était toute entière dressée con­tre le gou­verne­ment… Ce n’est absol­u­ment pas ce que j’ai con­staté : cer­tains Syriens ont bien sûr des réserves, mais la plu­part sou­tient mal­gré tout le gou­verne­ment et l’armée.

Le traitement médiatique a‑t-il changé au fil de cette guerre syrienne ?

Oui, depuis l’été 2014, les médias ont com­mencé à chang­er leur dis­cours et à laiss­er un peu de place à une voie dis­si­dente jusque là totale­ment ignorée dans le débat.

Le change­ment a été pre­mière­ment dans le vocab­u­laire : on a com­mencé à enten­dre par­ler de « Syrie » et non plus seule­ment de « régime ».

Les médias ont égale­ment com­mencé à évo­quer les exac­tions de la rébel­lion syri­enne et non plus seule­ment celles de l’armée syri­enne. Cer­tains médias sont enfin sor­tis, par­tielle­ment, de cette pos­ture men­songère et manip­u­la­trice pour laiss­er une place à la réal­ité de ter­rain, et au réc­it d’une majorité de Syriens.

Vous parlez de mensonges et de manipulation, qu’est ce qui se passe en Syrie et qui n’est pas dit (ou pas assez) par les médias français ?

Il y a en Syrie un véri­ta­ble sou­tien pop­u­laire pour l’armée, en face des groupes ter­ror­istes armés. Une immense par­tie de la pop­u­la­tion syri­enne vit dans des zones aujourd’hui con­trôlées par l’armée et se sent ain­si ras­surée. Il n’est pas néces­saire­ment ques­tion de sou­tien poli­tique, mais de pur réal­isme : pour beau­coup, c’est l’armée ou la vio­lence démesurée de ces groupes islamistes.

Par ailleurs, la vie est encore qua­si­ment nor­male dans toute une par­tie de la Syrie, et les médias n’en par­lent jamais.

En ce qui con­cerne les vic­times civiles de la guerre, on peut égale­ment par­ler au min­i­mum de men­songes, voire de manip­u­la­tion. Dès que l’ar­mée syri­enne provoque des morts civiles, elles sont mas­sive­ment relayées, à rai­son, par les médias. A l’in­verse, le mutisme est total lorsque les bom­barde­ments visent des civils qui vivent en zone gou­verne­men­tale, comme c’est le cas presque quo­ti­di­en­nement à Alep et à Damas. Ce silence laisse à penser que seule l’ar­mée syri­enne tuerait des civils, ce qui est évidem­ment faux.

Les médias ont énormément parlé de « démocratie » et de « droits de l’homme » à propos de la Syrie… Qu’en pensent les Syriens ?

Beau­coup de Syriens ont sûre­ment cru à cette révo­lu­tion en 2011, mais la ques­tion ne se pose absol­u­ment plus en ces ter­mes aujourd’hui. Désor­mais, les Syriens par­lent d’un « choix » entre la civil­i­sa­tion et l’obscurantisme.

Ils veu­lent la paix et refusent caté­gorique­ment la bar­barie de ces groupes islamistes. Le débat n’est pas telle­ment plus com­pliqué que cela après qua­tre ans de guerre. Il n’est plus ques­tion ni de « démoc­ra­tie », ni de « droits de l’homme ».

Pour beau­coup, ces deux ter­mes sig­ni­fient la destruc­tion de leur mai­son, de leur mosquée, de leur église… Ils sont assez amers.

Ils sont nom­breux à penser, en défini­tive, comme leur prési­dent sur ce sujet. Lors de l’entretien accordé à David Pujadas, ce dernier avait affir­mé que si on la com­para­it à la France, la Syrie n’était évidem­ment pas une démoc­ra­tie. Mais si on la com­para­it en revanche à l’Arabie saou­dite – pour­tant alliée des Occi­den­taux -, la Syrie l’était.

Pour eux, ce con­stat rend absol­u­ment incom­préhen­si­ble l’acharnement occi­den­tal con­tre la Syrie. S’il faut choisir entre le gou­verne­ment syrien et l’Arabie Saou­dite, les Syriens font rapi­de­ment leur choix en effet.

Les Syriens ont-ils des attentes que ne relaient pas les médias ?

Ils n’attendent qu’une chose : la paix.

Ils voudraient par con­séquent que les gou­verne­ments occi­den­taux cessent de s’opposer à la Syrie et qu’ils com­pren­nent enfin que la Syrie lutte con­tre le terrorisme.

Cette guerre est politique, diplomatique… Diriez-vous qu’elle est également médiatique ?

Elle l’est dans la mesure où les médias se sont alignés sur la poli­tique étrangère menée par la France. Ils ont été aigu­il­lés par la Quai d’Orsay dont ils ont relayé docile­ment les affir­ma­tions sans le moin­dre dis­cerne­ment ni le moin­dre questionnement.

Les com­mu­niqués et les chiffres de l’Ob­ser­va­toire syrien des droits de l’homme (OSDH) sont sys­té­ma­tique­ment repris par les médias français comme provenant d’une ONG comme une autre, alors qu’il s’ag­it d’une officine lon­doni­enne affil­iée aux Frères musul­mans et sou­tenant ouverte­ment l’insurrection.

Depuis le début de la guerre, les dépêch­es de l’a­gence de presse syri­enne, SANA, sont, elles, com­pléte­ment ignorées. Il faut être clair : les médias ont été aux ordres sur cette ques­tion syri­enne puisqu’il n’y a eu aucune alter­na­tive au dis­cours offi­ciel, aucune nuance pen­dant plus de deux ans.

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