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Retransmission : le Qatar verrouille le football dans le monde arabophone

Mussa Archerchour 26 août 2026 Temps de lecture : 5 min
Retransmission : le Qatar verrouille le football dans le monde arabophone
Illustration : © OJIM

Avec un nouvel accord couvrant l’intégralité des championnats anglais, espagnol et français ainsi que les trois compétitions européennes, beIN Media Group renforce, à l’aube de la saison 2026–2027, son monopole quasi total sur le football premium dans la zone MENA. Le groupe qatari a néanmoins sacrifié sa filiale française.

« Les fans de football du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord vont se régaler » : dans un communiqué du 11 août 2026, beIN Media Group annonçait diffuser désormais, pour la zone MENA, l’intégralité des matchs des championnats de football anglais, espagnol et français, ainsi que tous les rendez-vous de la Ligue des champions, de la Ligue Europa et de la Ligue Europa Conférence.

Autre nouveauté pour la saison 2026–2027 : la chaîne qatarie retransmettra une sélection du championnat turc, qui n’est pourtant pas très suivi dans la région.

Cette offre inédite sera accessible sur les chaînes linéaires de beIN et sur la plateforme streaming TOD dans 24 marchés du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Sachant que les commentaires devraient être assurés dans trois langues : arabe, anglais et français, ce qui lui permettra d’élargir son audience.

Une suprématie inusable

Dès juin 2025, beIN Media Group s’était assuré les droits exclusifs de la Premier League dans 24 pays de la région MENA jusqu’à la fin de la saison 2027–2028, avec la retransmission, sur beIN Sports et sa plateforme TOD, de l’intégralité des 380 matchs chaque saison.

Le contrat concernant la Premier League a coûté à beIN la modique somme de 750 millions de dollars pour le cycle 2025–2028, un record jamais atteint. Ce qui prouve que le groupe qatari ne lésine pas sur les moyens pour maintenir sa place d’acteur incontournable de l’abonnement sportif payant dans la région.

Ce nouvel accord vient compléter un portefeuille déjà riche en droits premium – Ligue des champions, grands championnats européens, compétitions internationales –, qui fait de beIN l’unique lucarne pour les millions d’amateurs de football dans le monde arabophone.

À titre illustratif, beIN en est à plus de 30 compétitions de football retransmises rien que pour la région MENA, et plus de 40 droits premium, tous sports confondus, à l’échelle globale.

Pourquoi beIN France a été sacrifié

Pour conserver tous ces avantages, le groupe qatari s’est vu contraint de sacrifier sa filiale française, beIN Sports France. Sachant que celle-ci a perdu plusieurs droits majeurs de retransmission de football ces dernières années. On sait déjà que la chaîne ne diffusera pas, cette année, la Liga.

En France, beIN n’a plus les coudées franches pour une raison simple : l’esprit anti-monopolistique, assumé par les détenteurs de droits, la Liga en l’occurrence, n’arrange pas les affaires des Qataris. D’ailleurs, les droits de retransmissions dans l’Hexagone sont répartis entre plusieurs chaînes : Canal+, RMC Sport, DAZN et Disney+.

À titre d’exemple, les droits de retransmission des matchs de la Liga en France passent à partir de la saison 2026–2027 à DAZN et Disney+, qui remplacent ainsi beIN Sports, diffuseur officiel du championnat espagnol dans le pays depuis 2012.

Dans un marché où le sport est devenu le principal moteur de l’économie télévisuelle, en même temps qu’un vecteur très porteur du soft power des États modernes, cette avance extraordinaire prise par le Qatar dans ce domaine a poussé des pays rivaux comme l’Arabie saoudite à bâtir un contre–pouvoir audiovisuel compétitif. Même si le projet a tourné court.

Les Saoudiens hors-jeu

En 2021, les Saoudiens lançaient un réseau sportif, la Saudi Sports Company (SSC). Celui-ci a commencé par conquérir le marché local, en achetant les droits de la Saudi Pro League, de la King’s Cup et de la Saudi Super Cup, avant de se lancer à l’échelle continentale, en retransmettant notamment les compétitions de l’Asian Football Confederation pour le cycle 2021–2024.

Le réseau SSC s’appuyait sur un bouquet de chaînes et des partenariats numériques, notamment avec Shahid, une plateforme de MBC, considéré aujourd’hui comme l’une des plus performantes, l’équivalent de Netflix de la zone MENA.

Cette embellie a été de courte durée. Incapable de déployer des moyens qui puissent le propulser au niveau de beIN, qui, lui, consentait à payer toujours plus, SSC a fini par se recroqueviller sur les compétitions de seconde zone. Avant le coup de grâce.

En juin 2025, tournant décisif, SSC perdait les droits de l’ensemble des compétitions saoudiennes au profit de Thmanyah, filiale du groupe étatique SRMG, qui signe un accord exclusif sur les ligues locales jusqu’en 2030–2031.

Le 31 juillet 2026, le groupe annonçait la fermeture définitive de ses portes, et le transfert des droits de diffusion en suspens vers MBC Group et sa plateforme Shahid, ce qui a grevé le budget du groupe, déjà en difficulté.

Selon des statistiques du premier semestre 2026, les revenus du groupe sont passés de 3 milliards riyals à 2,3 milliards, soit une baisse de 24,6 % par rapport à 2025. Il est clair que la faillite de SSC y était pour quelque chose.

Hormis cette tentative avortée, aucun autre projet n’est venu bousculer beIN dans sa chasse gardée.

L'auteur
Mussa Archerchour
Mussa Archerchour

Mussa Acherchour est journaliste, correspondant de l’Ojim en zone MENA.

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