Observatoire du journalisme (OJIM)
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Carte d'identité
Naissance
22 juillet 1956, Nazareth (Israël)
Formation
Philosophie, université hébraïque de Jérusalem ; doctorat de philosophie, université Humboldt de Berlin-Est (1985)
Fonctions
Directeur général du Centre arabe de recherche et d'études politiques (ACRPS) ; fondateur d'Al-Araby Al-Jadeed ; ex-député à la Knesset (1996-2007)
Médias
Al-Araby Al-Jadeed, Al Araby TV, The New Arab, Al-Modon ; commentateur régulier sur Al-Jazeera
Réseaux
Famille régnante du Qatar (ex-émir Hamad ben Khalifa Al Thani) ; parti Balad

Azmi Bishara

Le cerveau de l'empire médiatique qatari

Mis à jour le 13 août 2026 Temps de lecture : 6 min

Éminence grise de la famille régnante du Qatar, il est aujourd’hui à la tête d’un empire médiatique et intellectuel très influent. Son origine chrétienne, son parcours politique (député de gauche à la Knesset israélienne, puis conseiller des cercles proches des Frères musulmans), ses accointances font de lui un homme inclassable. Sa présence sur Al-Jazeera, dont il a longtemps été le cerveau sans y avoir aucun statut officiel, a forgé sa réputation d’homme redoutable, attaqué aussi bien par les gouvernements arabes que par les médias israéliens.

Le 10 juillet 2026, un journal israélien, Maariv, cité par Al-Araby Al-Jadeed, le présentait comme « l’ennemi le plus dangereux d’Israël », « plus menaçant encore qu’Erdogan ou Khamenei ». Il y est décrit comme le cerveau d’un « empire du mal » basé au Qatar. Mais qui est-il réellement ?

Origines et formation

  • Azmi Bishara est né le 22 juillet 1956 à Nazareth, en Galilée, dans une famille chrétienne palestinienne. Il est citoyen israélien de naissance, statut qu’il n’a jamais renié publiquement.
  • Il a étudié la philosophie à l’université hébraïque de Jérusalem, où il a rejoint le parti communiste israélien Hadash pendant ses études.
  • Il a obtenu un doctorat de philosophie à l’université Humboldt de Berlin-Est en 1985, après cinq années d’études financées par une bourse du Parti communiste israélien.
  • À son retour, il devient professeur à l’université de Bir Zeit, en Cisjordanie, où il enseigne la philosophie et l’histoire politique.

Parcours politique

  • De 1996 à 2007, Azmi Bishara est élu député à la Knesset sous l’étiquette du Balad (Rassemblement national démocratique), parti qu’il a fondé, réélu à trois reprises (1999, 2003, 2006).
  • Ses positions en ont fait une cible pour une partie de la classe politique israélienne : il défend une transformation d’Israël en « État de tous ses citoyens », rejetant le caractère ethnique de l’État.
  • Le 22 avril 2007, il soumet sa démission de la Knesset depuis l’ambassade d’Israël au Caire.
  • Les autorités israéliennes l’accusent de trahison, d’espionnage et de transferts de fonds au profit du Hezbollah pendant la guerre israélo-libanaise de l’été 2006. Sur cette affaire, il a déclaré en novembre 2018 au journal Le Monde : « Les autorités israéliennes n’ont rien pu prouver. Elles étaient déterminées à me faire taire. »
  • À la fin des années 1990, il rencontre l’ancien émir Hamad ben Khalifa Al Thani dans un restaurant parisien.
  • À partir de 2007, il s’installe à Doha, officiellement comme exilé politique. Il est rapidement propulsé comme « l’intellectuel organique des révolutions arabes » de 2011, selon la formule du politologue Stéphane Lacroix.

Sa nébuleuse

  • En 2010, il fonde le Centre arabe de recherche et d’études politiques (ACRPS), premier institut du réseau qu’il dirige à Doha.
  • Avec le soutien financier qatari, il contribue à créer, via la structure éditrice Fadaat Media, le quotidien panarabe Al-Araby Al-Jadeed (fondé en mars 2014), basé à Londres, la chaîne d’information Al Araby TV, le site anglophone The New Arab et le site arabophone Al-Modon, ainsi qu’une chaîne consacrée à l’actualité syrienne. Tous ces médias relaient le narratif qatari sur les questions d’actualité internationale.
  • Interrogé en 2018 par Le Monde sur ses fonctions auprès de l’émirat du Qatar, il a eu cette réponse équivoque : « Je n’ai pas de fonction officielle auprès de l’émir. Mais je suis un intellectuel et il y a de l’amitié et de la confiance entre nous. […] Je suis moins qu’un conseiller, et plus qu’un conseiller. »
  • Il intervient régulièrement sur les plateaux d’Al-Jazeera comme commentateur, notamment lors des révolutions arabes de 2011.
  • Auteur prolifique, il anime des conférences souvent relayées par les nombreux canaux médiatiques qu’il contrôle. Ses centres d’intérêt sont : l’État et la théorie de l’État, la société civile, la religion et la laïcité, la démocratie et les transitions démocratiques, la question palestinienne et la question arabe, le salafisme, les révolutions arabes…

Publications

(liste complète)

  • La société civile : étude critique (en arabe), 1996, Centre d’études de l’unité arabe.
  • De la question arabe. Introduction à un manifeste démocratique arabe (en arabe), 2007, Centre d’études de l’unité arabe.
  • Religion et laïcité dans un contexte historique, 3 volumes (en arabe), 2013-2015, ACRPS.
  • La confession, le confessionnalisme et les confessions imaginées (en arabe), 2018, ACRPS.
  • En réponse à la question : qu’est-ce que le populisme ? (en arabe), 2019, ACRPS.
  • La question de l’État et L’État arabe : genèse et trajectoire (en arabe), 2023 et 2024, ACRPS.
  • Les Arabes en Israël : vu de l’intérieur (en arabe), 1999, Muwatin/centres palestiniens.
  • De la judéité de l’État à Sharon (en arabe), 2004, ACRPS.
  • La question de Palestine : vérité et justice (en arabe), 2024, Doha Institute/Hurst (version anglaise).
  • Le Déluge d’Al-Aqsa : la guerre contre la Palestine à Gaza (en arabe), 2024, ACRPS.

Distinctions

Il l’a dit

Ce qu’on dit de lui

  • « L’intellectuel organique des révolutions arabes » (…) « Il n’a pas été un deus ex machina qui tire les ficelles […] mais il a produit un discours articulé sur un mouvement. » Stéphane Lacroix, politologue.
  • « Le Qatar avait commencé à prendre ses distances avec l’Arabie saoudite […] bien avant qu’Azmi ne s’y installe. […] Sa relation avec le Qatar est un mariage d’intérêts convergents. » Andreas Krieg, spécialiste des questions de sécurité dans le Golfe.
  • « Produire des connaissances susceptibles de rivaliser avec celles des universitaires occidentaux est déjà un grand pas. » Mohamed Al-Masri, directeur exécutif du Centre arabe.
  • « Un vrai espace de débat qui n’existe pratiquement plus ailleurs dans la région. » Stéphane Lacroix, politologue.
  • « Il est à l’origine du sentiment anti-saoudien et anti-émirati. (…) Il devrait s’excuser ». Abdelkhaleq Abdullah, politologue émirati.
  • « Si un seul intellectuel arabe peut être perçu comme une telle menace, qu’adviendrait-il si le monde arabe comptait plusieurs Azmi Bishara ? », Maariv.
L'auteur
La rédaction de l'OJIM
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Derrière cette signature collective : les contributeurs réguliers et correspondants de l'Observatoire du journalisme. Enquêtes à plusieurs mains, veille quotidienne, portraits actualisés : le travail de fond qui ne porte pas toujours un nom, mais toujours une méthode.

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