Absent depuis sept mois pour raisons de santé, Nicolas Demorand retrouve France Inter : d’abord par un podcast sur les troubles mentaux, puis à l’antenne à la rentrée. Mais déjà, en interne, les tensions montent.
Le retour de Nicolas Demorand ne fait pas que des heureux. « Grand big bang », « bouleversements brutaux » : les élus du SNJ de France Inter et la SNJ-CGT ont dénoncé le 16 juin dans des tracts les choix de la direction.
Gêne à France Inter
Car les nouvelles tranches du week-end sur France Inter, ficelées dès le mois de mars par la directrice Céline Pigalle, n’ont été dévoilées que la semaine passée. Demorand officiera les samedis et dimanches matin de 9 à 10 heures. Son ami Ali Baddou sera quant à lui redéployé à 18 heures, du vendredi au dimanche. Pour leur faire place, trois magazines de la rédaction sautent ou changent d’horaire. Or, les équipes l’ont appris par la presse et le trouble s’est installé : citée par Libération, une journaliste évoque des « soupçons de copinage ». En interne, personne ne semble comprendre les critères de ces choix d’antenne.
Reçue par les sociétés de journalistes et de producteurs, Céline Pigalle est restée évasive, toujours selon Libé’. Celle qui est arrivée à la tête de France Inter en mars 2026 s’est bornée à garantir que la teneur éditoriale de ces rendez-vous serait préservée.
Bipolarité : jouera-t-elle en sa faveur ?
Un accueil contrarié, pour un homme qui, lui, revient apaisé de son absence depuis l’automne du fait de sa santé mentale : « Je suis heureux de retravailler et impatient de retrouver le micro », glissait-il à Télérama le 9 juin dernier. Mais avant sa rentrée, Nicolas Demorand s’exprime sur l’antenne comme patient.
A en effet été mis en ligne le 15 juin, sur l’application de Radio France, le premier des six épisodes de « Si besoin », un podcast consacré à la santé mentale. Le titre emprunte les deux mots que prononcent les soignants au moment de donner certains médicaments, que le patient reste libre de prendre ou non. Demorand donne la parole aux malades, à leurs proches, à leurs médecins et aux psychiatres. Il y aborde sa bipolarité, diagnostiquée après une décennie d’errance médicale et déjà racontée dans l’essai Intérieur nuit (éd. Les Arènes, 2025). Il évoque aussi les mois passés à l’hôpital Sainte-Anne : ses épisodes maniaques, son hospitalisation décidée par ses proches, sa dépression.
Il faut dire que sur sa maladie, Demorand ne se dérobe pas. Dans la bande-annonce du podcast, il s’adresse aux auditeurs inquiets de sa disparition. Lui qui croyait tout connaître de ses crises et de ses bascules confie : « J’ignorais que la bipolarité peut s’aggraver au fil des ans. »
Demorand : quelle influence médiatique en 2027 ?
Cela suffira-t-il pour susciter de l’empathie ? Car Nicolas Demorand n’a jamais vraiment fait l’unanimité. Sinon, parfois, contre lui. Étoile montante de l’antenne dès les années 2000, il a rapidement séduit par son mordant… tandis que d’autres lui reprochaient déjà son conformisme. En 2008, il est pressenti pour une émission culturelle sur France 2. La négociation tourne court : la direction des magazines de la chaîne juge ses prétentions salariales, à 12 500 euros par émission, soit 25 000 euros par mois, « obscènes » sur le service public.
Directeur de Libération de 2011 à 2014, il y affronte une rédaction frondeuse : trois « motions de défiance » réclament son départ. Un passif qui pourrait tenir dans une formule : une main de fer dans un gant de velours. À moins que ce ne fût l’inverse.
L’inconnue, désormais, est politique. Et elle n’est pas mince à l’approche d’une période électorale.
Demorand quitte les matins pour le week-end ; il passe de l’info chaude au décryptage. Ce nouveau rendez-vous, obtenu, on l’a vu, au prix de quelques cases déplacées et de soupçons que la direction n’a pas tout à fait levés, le placera, chaque samedi et dimanche, en position de hiérarchiser l’actualité et de distribuer les rôles sur la scène politique. C’est moins son courage face à la maladie que sa grille de lecture qui sera surveillée. On lui souhaite la santé… on guettera l’équité.
Joffrey Thomazé

