Observatoire du journalisme (OJIM)

Près de 150 « faux médias » créés par IA en France pour des opérations d’influence étrangère

La rédaction de l'OJIM 9 novembre 2025 Temps de lecture : 3 min
Près de 150 « faux médias » créés par IA en France pour des opérations d’influence étrangère
Près de 150 « faux médias » créés par IA en France pour des opérations d’influence étrangère

Depuis début 2025, plus d’une centaine de sites d’« actualité locale » ont été montés en France pour relayer des contenus générés par IA et des narratifs géopolitiques importés. Si des réseaux liés à la Russie et à la Chine sont documentés, d’autres menaces, plus diffuses, restent sous-évaluées.

Imitations de la presse locale

En quelques mois, des portails au nom rassurant : « Direct Normandie », « Actu Bretagne » ou encore « L’Écho Rhône-Alpes » ont publié des dépêches mêlées à des textes produits par Intelligence artificielle (IA), une pratique de plus en plus courante chez les journalistes. Le procédé est assez simple : imiter le ton de la presse de proximité, capitaliser sur la confiance du public et insérer insidieusement de l’opinion. Un cocktail d’autant plus efficace que la presse locale demeure l’un des médias les plus crédibles aux yeux des Français.

Un réseau pro-Kremlin bien outillé, et déjà repéré

Les enquêtes techniques convergent sur un écosystème opéré depuis la Russie, souvent attribué à « Storm-1516 »/« CopyCop », qui clone l’apparence de sites crédibles (jusqu’à contrefaire des marques reconnues) et s’appuie sur des modèles de langage pour produire en série des contenus pro-Kremlin. Des personnalités comme l’Américain John Mark Dougan, véritable personnage de roman exilé à Moscou, sont régulièrement citées dans ces montages, également observés en Allemagne.

Pékin s’invite discrètement dans le jeu

Côté chinois, l’IRSEM a décrit des « faux » sites culturels/éco aux traductions approximatives, relayant des contenus favorables à Pékin sous des dehors anodins. Des titres comme « Provencedaily » ou « FriendlyParis » ont servi de véhicules à ces narratifs, via des sociétés de communication agissant pour le Parti-État. Ici encore, l’IA réduit les coûts d’entrée et facilite la duplication à grande échelle.

Au-delà de Moscou et Pékin : angles morts et effets de résonance

Rester objectif impose de ne pas surévaluer la seule ingérence informationnelle russe qui obsède en France, notamment dans les réseaux atlantistes. D’autres affaires, impliquant le Maroc par exemple, ont déjà pu défrayer la chronique. Les « opérations d’origine étatique » se croisent avec des acteurs opportunistes : officines privées, diasporas politisées, réseaux d’intérêts, voire campagnes commerciales peuvent amplifier des contenus. Les rapports publics français relèvent d’ailleurs des effets de résonance : un même faux narratif est recyclé par des sites miroirs, des influenceurs et des médias à faible vérification éditoriale.

Nouveaux risques de censures du gouvernement

À terme, l’enjeu n’est pas uniquement géopolitique mais a des répercussions cognitives en minant la confiance, en brouillant les repères et en saturant l’attention. Les 140-150 « faux médias » repérés en 2025 illustrent une industrialisation low-cost de la manipulation, où l’IA sert d’accélérateur.

Face à cette nouvelle donne, la réponse qui sera donnée par les autorités publiques devra être observée de près alors que nos gouvernants pourraient se saisir de l’opportunité pour étendre un peu plus leur contrôle sur l’information et les médias par la censure, bridant par la même occasion les opinions dissidentes comme cela semble déjà se profiler à travers l’IA Act.

Rodolphe Chalamel

L'auteur
La rédaction de l'OJIM
La rédaction de l'OJIM

Derrière cette signature collective : les contributeurs réguliers et correspondants de l'Observatoire du journalisme. Enquêtes à plusieurs mains, veille quotidienne, portraits actualisés : le travail de fond qui ne porte pas toujours un nom, mais toujours une méthode.

Voir tous ses articles →

Notre travail est indispensable. Votre soutien est crucial.

L'OJIM vous informe sur ceux qui vous informent. Son indépendance repose sur les dons de ses lecteurs — déductibles à 66 %.

♥ Je fais un don défiscalisé