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Vincent Noce

De la révolution au marché de l’art

Après avoir collaboré à diverses feuilles gauchistes, Vincent Noce commence à écrire au Monde Diplomatique, fait un passage à France Musique, puis à l’AFP, au service étranger, d’abord comme correspondant pour l’Afrique Centrale de 1986 à 1988, puis en tant que rédacteur couvrant la France pour la presse étrangère (à Paris).

En 1991 Libéra­tion lui ouvre ses colonnes pour par­ler de la cul­ture et de l’art, mais aus­si de la gas­tronomie et du vin. Vin­cent Noce est égale­ment mem­bre de l’association des jour­nal­istes du pat­ri­moine. Il est d’ailleurs lau­réat 2007 du Prix du jour­nal­iste de l’association des mon­u­ments his­toriques privés. La même année, il a été fait Cheva­lier dans l’Ordre des Arts et des Let­tres, dis­tinc­tion remise après un chaleureux dis­cours de Chris­tine Albanel, alors min­istre UMP de la cul­ture.

Formation universitaire

Lycée Hen­ri IV, prix d’excellence de philoso­phie.

Parcours militant

Dans une vidéo de l’INA, un dénom­mé Nico­las Baby, cor­re­spon­dant de l’AFP au Zaïre, par­le de Philippe de Dieuleveult, dis­paru le 6 août 1985 lors d’une expédi­tion… Quel rap­port avec Vin­cent Noce ?

À l’occasion d’une pub­li­ca­tion judi­ci­aire dans Libéra­tion, il appa­raît que Vin­cent Noce, jour­nal­iste spé­cial­isé dans le marché de l’art, est le pseu­do­nyme de Nico­las Baby, con­nu dans les années 70 comme l’une des grandes fig­ures du gauchisme parisien.

Com­mu­niqué judi­ci­aire : Par arrêt du 6 octo­bre 2010, la cham­bre 2–7 de la cour d’appel de Paris (cham­bre de la presse) a con­fir­mé le juge­ment de la 17ème cham­bre du tri­bunal de grande instance de Paris qui a con­damné Lau­rent Jof­frin en sa qual­ité de directeur de pub­li­ca­tion et Nico­las Baby dit Vin­cent Noce, jour­nal­iste, pour avoir publique­ment dif­famé Chak­ib Elidris­si Sli­tine, expert, dans un arti­cle mis en ligne sur le site « Libération.fr » le 27 jan­vi­er 2009 et inti­t­ulé Fin des tribu­la­tions de la stat­ue de Sésostris III, et dans un sec­ond arti­cle inti­t­ulé Sésostris III : la vente du faux enfin annulée pub­lié sur le site « Libéra­tion.fr » et dans le jour­nal Libéra­tion le 28 jan­vi­er 2009.

Ceci aide à com­pren­dre, au milieu d’articles sur l’art, la présence d’un arti­cle salu­ant la mémoire de Mau­rice Naj­man, mil­i­tant d’extrême-gauche dans les années qui ont suivi mai 68. Mau­rice Naj­man a fondé en décem­bre 1967 le noy­au ini­tial des Comités d’action lycéen (C.A.L. dont Nico­las Baby sera une fig­ure cen­trale), alors qu’il étu­di­ait au lycée Jacques-Decour à Paris.

Le même Naj­man par­ticipe au film de Romain Goupil, « Mourir à 30 ans » (1982), tourné en hom­mage à Michel Reca­nati, mil­i­tant lycéen et respon­s­able du ser­vice d’ordre de la Ligue com­mu­niste, qui fera quelques mois de prison suite aux vio­lents affron­te­ments du 21 juin 1973 lors d’un meet­ing d’Ordre Nou­veau à Paris, puis fini­ra par se sui­cider le 23 mars 1978 en se jetant sous un train.

Les Baby-boomers : une généra­tion (1945–1969) de Jean-François Sirinel­li, nous apprend que Nico­las Baby s’illustre dès le 7avril 1967, à 16 ans, en brûlant un dra­peau améri­cain arraché à la cathé­drale améri­caine de Paris pour pro­test­er con­tre la guerre au Viet­nam à l’occasion de la vis­ite du vice-prési­dent améri­cain Hubert Humphrey à Paris. Il s’en sor­ti­ra avec une exclu­sion tem­po­raire du lycée Hen­ri IV, mesure bien­tôt reportée face à la men­ace d’une man­i­fes­ta­tion de sou­tien.

Images extraites du documentaire de Romain Goupil : « mourir à 30 ans »

Images extraites du doc­u­men­taire de Romain Goupil : « mourir à 30 ans »

Égale­ment étu­di­ant au lycée Hen­ri-IV, Michel Sapin milite au sein des Comités d’action lycéens.

A 17 heures, le cortège fort de 5000 lycéens emprunte le boule­vard Ara­go en direc­tion de la place Den­fert-Rochere­au qu’il atteint à 17h30. Les dirigeants grim­pés sur le mon­u­ment du Lyon de Belfort haranguent leurs cama­rades. Nico­las Baby est présent, cité dans « Mourir à 30 ans » de Goupil ; il sera blessé à la tête par la police pen­dant la soirée (Chris­tine Albanel y fait une dis­crète allu­sion dans son dis­cours de remise de déco­ra­tion).

Dans une vidéo disponible sur le site de l’INA, Nico­las Baby se présente comme « mem­bre du secré­tari­at exé­cu­tif des comités d’action lycéens, les C.A.L., élève de philoso­phie au lycée Hen­ri IV ». A la ques­tion de la con­damna­tion de la vio­lence, Nico­las Baby répond : « Le genre de vio­lence que nous pou­vons utilis­er, c’est unique­ment con­jonc­turel, et de la vio­lence de masse, réelle­ment, pas une vio­lence minori­taire ».

Le 23 avril 1969, Jean Tibéri, alors député UDR, est agressé par des mil­i­tants des C.A.L. à Louis Le Grand.

Photo parue dans le Nouvel Observateur du 6 octobre 1969

Pho­to parue dans le Nou­v­el Obser­va­teur du 6 octo­bre 1969

L’article nous apprend que « Bar­ri­cades » souhaite tir­er à 5000 exem­plaires, grâce aux rela­tions éton­nantes de ce tout jeune homme de 18 ans dans le milieu de l’art :

« Mais cette fois, explique l’un de ses ani­ma­teurs, Nico­las Baby, dix-huit ans, pour ne pas dépen­dre d’une organ­i­sa­tion poli­tique ou des hasards des coti­sa­tions, nous avons lancé une col­lecte de crédits sous une forme orig­i­nale : une tombo­la dont les lots ont été four­nis par 80 pein­tres ou sculp­teurs. Par­mi eux, Calder, Manessier, Vasare­ly, lvarel, Raysse, César, Nico­las Schoef­fer, Le Parc. »

Ces rela­tions lui venaient-elles de son milieu famil­ial ? En effet, Chris­tine Albanel évo­quait dans son dis­cours de remise de la légion d’honneur sa mère « résis­tante du groupe Com­bat, une artiste amie de Picas­so – qui la décrivait comme « un bon pein­tre bien que femme » –, de Sartre, avec lequel elle fon­da les Temps mod­ernes, ou encore de Leiris, et de Kan­hweil­er » (Grand col­lec­tion­neur et marc­hand d’art alle­mand nat­u­ral­isé français en 1937, Daniel-Hen­ry Kah­n­weil­er avait ouvert une galerie à Paris en 1907 que fréquen­tèrent Picas­so, Max Jacob, Georges Braque, Juan Gris, Fer­nand Léger ou Guil­laume Apol­li­naire).

1970 : La Nou­velle Action française organ­ise un débat entre Nico­las Baby et Fran­cis Bertin sur le thème : « Poli­tique au lycée? » qui sera pub­lié sous le même titre.

1er mai 1972 : En tête du cortège, on reconnaît, de gauche à droite : Alain Geismar (porte-parole de l'ex-Gauche Prolétarienne, blouson en cuir noir), Nicolas Baby (AMR, veste noire, gilet blanc), Arlette Laguiller (Lutte Ouvrière).

1er mai 1972 : En tête du cortège, on recon­naît, de gauche à droite : Alain Geis­mar (porte-parole de l’ex-Gauche Pro­lé­tari­enne, blou­son en cuir noir), Nico­las Baby (AMR, veste noire, gilet blanc), Arlette Laguiller (Lutte Ouvrière).

L’Alliance Marx­iste Révo­lu­tion­naire (AMR), était un par­ti trot­skiste de ten­dance pab­liste et lib­er­taire, le seul grou­pus­cule poli­tique qui tenait ses réu­nions à la Coupole selon un témoin de l’époque.

En 1973, il coécrit un livre : I.D.S. — Infor­ma­tion pour les droits du sol­dat, ouvrage dans lequel il signe un chapitre : « Pour les états généraux de sol­dats, marins et avi­a­teurs. »

En 1974, l’AMR appuie au print­emps la can­di­da­ture pour l’élection prési­den­tielle de Charles Piaget, syn­di­cal­iste de la CFDT act­if à l’usine de Lip où une expéri­ence d’autogestion fut mise en place.

Michel Rocard, qui soute­nait Mit­ter­rand avec une minorité du PSU, quitte le par­ti après la prési­den­tielle, ce qui per­met la fusion de l’AMR dans le PSU, appor­tant plusieurs cen­taines de mil­i­tants d’extrême-gauche.

On retrou­ve par exem­ple Mau­rice Naj­man, qui obtient un poste de respon­s­abil­ité au PSU, avant de le quit­ter pour par­ticiper à la fon­da­tion des Comités com­mu­nistes pour l’autogestion (CCA) en 1977.

Nico­las Baby explique les raisons de cette fusion dans une tri­bune don­née au Nou­v­el Obser­va­teur le 3 mars 1975.

Par­al­lèle­ment, Marc Heur­gon et une par­tie de la gauche du PSU créent, avec Gilbert Mury du Groupe marx­iste-lénin­iste, Nico­las Baby de l’AMR et Bernard Herzberg, un Cen­tre d’études et d’initiatives révo­lu­tion­naires doté d’une revue, Que faire ?, dont le pre­mier numéro proclame le rejet de toute stratégie réformiste.

Lutte anti-militariste

Un arti­cle de « L’Unité » de mars 1975 inti­t­ulé « Des états généraux du sol­dat ?» évoque la pre­mière con­férence du mou­ve­ment «Infor­ma­tion pour les droits du sol­dat », à laque­lle par­ticipent, entre autres, le domini­cain et mil­i­tant d’extrême-gauche Jean Car­don­nel qui sera le directeur de pub­li­ca­tion du men­su­el « Le Sol­dat », organe de l’IDS.

Un arti­cle de Bernard Guet­ta dans le N° 579 du Nou­v­el Obser­va­teur daté 15 décem­bre 1975 donne une idée de la rad­i­cal­ité de ce mou­ve­ment : « Nico­las Baby, 24 ans, mil­i­tant du P.S.U., est l’un des ani­ma­teurs d’Information pour les Droits du Sol­dat, le mou­ve­ment qui a soutenu la créa­tion “du syn­di­cat d’appelés de Besançon” : Cer­tains, par­mi nous — dont je suis per­son­nelle­ment —, pensent que l’armée française est un instru­ment de classe au ser­vice de la bour­geoisie, inapte par nature au respect de la démoc­ra­tie. D’autres esti­ment au con­traire qu’elle est réformable, déclare Nico­las Baby ».

Nicolas Baby aux côtés de Charles Piaget à droite de l'image

Nico­las Baby aux côtés de Charles Piaget à droite de l’image

Pho­to ci-dessus : Nico­las Baby aux côtés de Charles Piaget à droite de l’image (retraité depuis 1988, Charles Piaget, héros de la lutte des « Lip », a con­servé sa fibre mil­i­tante et par­ticipe à AC! depuis sa créa­tion en 1993. Il a soutenu les can­di­dats de la Ligue com­mu­niste révo­lu­tion­naire aux élec­tions lég­isla­tives de 2002, selon Wikipedia).

Bernard Guet­ta suiv­ra d’assez près ce pro­jet de syn­di­cat de sol­dats pour Le Nou­v­el Obser­va­teur, puisqu’on trou­ve un autre arti­cle, plutôt favor­able, sur inter­net (Bernard Guet­ta fut organ­isa­teur de l’occupation des lycées Hen­ri IV et Fénelon, et un des lead­ers des CAL aux côtés de Michel Reca­nati, Mau­rice Naj­man et Romain Goupil).

Nico­las Baby a pub­lié un arti­cle dans Le Monde des 26 et 27 juin 1975. Il y pro­po­sait « deux axes com­plé­men­taires : la mul­ti­pli­ca­tion des trans­for­ma­tions des comités de sol­dats en sec­tions syn­di­cales autonomes de sol­dats ; le resser­re­ment des liens entre ces comités et les syn­di­cats, et la coor­di­na­tion par villes, régions, armes.

Une per­spec­tive nationale tran­si­toire s’impose (…) : des états généraux de sol­dats marins et avi­a­teurs (…) étape néces­saire dans la voie vers la fon­da­tion d’un véri­ta­ble syn­di­cat de sol­dats. »

L’affaire de Besançon

Information pour les droits du soldat

Infor­ma­tion pour les droits du sol­dat

Au début de novem­bre 1975, des appelés du con­tin­gent créent, sur l’initiative du mou­ve­ment « Infor­ma­tion pour les droits du sol­dat » et avec l’appui de la sec­tion locale CFDT, une sec­tion syn­di­cale au 19e rég­i­ment du génie sta­tion­né à Besançon. Cette ini­tia­tive, qui sera imitée, quelques semaines plus tard, par des appelés de Chau­mont (Haute-Marne) et de Caza­ux (Gironde), ne fait pas l’unanimité dans l’opposition.

Pour le min­istère de la Défense, cet acte jugé illé­gal doit être réprimé. Le 26 novem­bre, après la dis­tri­b­u­tion dans une gare parisi­enne de tracts social­istes pré­con­isant « des comités de sol­dats réelle­ment représen­tat­ifs », le gou­verne­ment saisit la Cour de sûreté de l’État en ver­tu de l’article 84 du code pénal et accuse le par­ti social­iste de met­tre en cause les principes de la dis­ci­pline.

« L’article 84 du code pénal per­met de punir de déten­tion crim­inelle (cinq à dix ans) quiconque, en temps de paix, aura par­ticipé en con­nais­sance de cause à une entre­prise de démoral­i­sa­tion de l’armée ».

Dans l’opposition de gauche, la CFDT, qui a soutenu avec des réserves l’initiative de Besançon, se trou­ve assez vite isolée.

D’une manière générale, les dirigeants social­istes con­sid­èrent que l’initiative de Besançon affaib­lit l’outil de défense, et le sou­tien qu’ils appor­tent au mou­ve­ment con­cerne d’abord les inculpés, civils et mil­i­taires, après l’information ouverte par la Cour de sûreté.

Poursuites

Au total, 53 per­son­nes (des appelés et des mil­i­tants du PSU ou de la CFDT, pour la plu­part) sont pour­suiv­ies pour ten­ta­tive de démoral­i­sa­tion de l’armée et elles sont pro­gres­sive­ment placées sous man­dat de dépôt. Les 22 défenseurs de ces inculpés esti­ment que la Cour de sûreté ne dis­pose pas d’éléments déter­mi­nants et que les pour­suites ser­vent d’alibi à « une véri­ta­ble chas­se aux sor­cières ». Il fau­dra atten­dre le 5 mars 1976 pour que le dernier inculpé, incar­céré en décem­bre 1975, soit remis en lib­erté.

Publications

  • I.D.S. — Infor­ma­tion pour les droits du sol­dat, Maspéro, 1973.
  • Descente aux enchères, Lat­tès, 2002.
  • Le musée égoïste, Lat­tès, 2005.
  • Mon­et, l’œil et l’eau, RMN édi­tions, 2010.
  • La sci­ence sous l’Ancien Régime, RMN édi­tions, 2010.
  • Redon descend de Dar­win, RMN édi­tions, 2011.
  • Dali et la sci­ence, édi­tions du Cen­tre Pom­pi­dou, 2012.

Ce qu’il gagne

Non ren­seigné.

Il l’a dit

Sur l’affaire « Piss Christ » d’Avignon :

« Il peut s’agir d’un inci­dent isolé, ou du début d’une cam­pagne extrême­ment dan­gereuse ».

« Les destruc­tions d’œuvres d’arts sont des proces­sus extrême­ment dan­gereux qui ont été sou­vent util­isés dans l’Histoire, par les protes­tants au moment de la Réforme, par les nazis, par les tal­ibans, et qui ont fait dis­paraître des pans entiers de l’Histoire de l’art. Donc là dessus, aucune con­ces­sion ! »

« Il sem­ble qu’il y ait la con­jonc­tion des dis­cours de Sarkozy et Guéant par­lant de Croisade, d’un Front nation­al qui a retrou­vé du poil de la bête et d’un prélat, très con­testé, qui a une vision mil­i­tante de l’Église. »

Vin­cent Noce a con­sacré plusieurs arti­cles à cette affaire.

Crédit pho­to : DR

Ce portrait a été financé par les donateurs de l’OJIM

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