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8 avril 2024

Temps de lecture : 10 minutes

8 avril 2024

Accueil | Portraits | Christophe Deloire

Christophe Deloire

Temps de lecture : 10 minutes

Le journaliste qui veut censurer les médias

À la tête de l’organisation Reporters sans frontières, Christophe Deloire se voudrait le chantre de la liberté de l’information qu’il dit aspirer à « protéger au mieux » tout comme « ceux qui l’incarnent ». À l’origine de la saisine du Conseil d’État qui a mené à la décision controversée sur le décompte des temps de parole visant à assurer le pluralisme sur la chaîne CNews, ce « macron compatible » a récemment pris la tête des États généraux de l’information souhaités par le président…

Début de carrière

Christophe Deloire com­mence sa car­rière comme pigiste pour TF1, Arte et LCI. En 1998, il intè­gre Le Point, mai­son pour laque­lle il pro­duit des enquêtes sur le ter­ror­isme et des reportages dans des pays arabes. À l’occasion de la sor­tie de Les islamistes sont déjà là, il dénonce sur le plateau de Thier­ry Ardis­son la frag­men­ta­tion de la société qu’entraîne l’islamisation de la France.

En 2008, il prend la tête du Cen­tre de For­ma­tion et de Per­fec­tion­nement des jour­nal­istes (groupe CFJ) où il doit « pour­suiv­re les trans­for­ma­tions liées aux mul­ti­mé­dias, à l’in­ter­na­tion­al­i­sa­tion et une approche tou­jours renou­velée des fon­da­men­taux ». À cette occa­sion, il déclare : « Au moment où les jour­nal­istes sont si préoc­cupés de leur avenir indi­vidu­el et col­lec­tif, où ils s’in­ter­ro­gent sur leur rai­son d’être et sur les moyens de leur mis­sion, le CFJ doit for­mer des jeunes gens qui sachent enquêter, com­pren­dre, décrypter pour retrou­ver l’év­i­dence d’une plus-val­ue infor­ma­tive et intellectuelle ». 

À la tête de Reporters sans frontières 

En juil­let 2012, Christophe Deloire rem­place Jean-François Jul­liard à la tête de Reporters sans fron­tières. Pour autant, le directeur du CFJ hésite longue­ment : intimidé par « la sit­u­a­tion finan­cière et humaine de l’association », il avait d’abord retiré sa can­di­da­ture. Il aurait alors con­tac­té Robert Ménard, cofon­da­teur de l’association, qui lui aurait dit :

« Tu vas voy­ager, plaider auprès de chefs d’État, tu es trop con si tu n’y vas pas […] Quand j’étais jour­nal­iste, ce qui me plai­sait, c’était d’aller voir un SDF le matin, un mil­liar­daire l’après-midi, racon­te-t-il. Avec RSF, je vois António Guter­res à l’ONU, j’ai des 06 de chefs d’État sur plusieurs continents… ».

En juil­let 2012, il accepte finale­ment de pren­dre la tête de Reporters sans fron­tières, qui salue cet « homme de plume et de con­vic­tion, pas­sion­né d’Internet et des nou­velles tech­nolo­gies » et qui se désol­i­daris­era d’ailleurs un an plus tard de Robert Ménard. En 2017, il est recon­duit par un vote à l’unanimité dans ses fonc­tions à la tête de l’organisation.

Quand RSF se transforme en Rapporteurs Sans Frontières

À l’initiative du recours au Con­seil d’État qui mena à la déci­sion de l’institution sur le  ren­force­ment du con­trôle de l’Arcom sur la chaîne CNews notam­ment, Deloire s’est félic­ité « d’une déci­sion extrême­ment impor­tante et […] sans doute […] his­torique ». En con­traig­nant tous les médias à se pli­er à des exer­ci­ces de dis­tinc­tions des opin­ions de ses chroniqueurs, la déci­sion a pour­tant ren­du l’exercice par­ti­c­ulière­ment périlleux et sus­cité de nom­breuses lev­ées de boucliers. De la part de Robert Ménard, cofon­da­teur de RSF qui a indiqué : « quand j’ai enten­du ça, je me suis dit qu’ils sont tombés sur la tête. C’est exacte­ment le con­traire (…) Aujourd’hui, [RSF] se bat con­tre le plu­ral­isme », mais aus­si de per­son­nal­ités comme Denis Olivennes, qui a déploré sur X :

« La déci­sion du Con­seil d’État sur l’Arcom est extrême­ment dan­gereuse. Main­tenant c’est une autorité admin­is­tra­tive qui va assur­er la direc­tion des pro­grammes des radios et télévi­sions ? Aujourd’hui Cnews demain France Inter ? Sur quels critères ? Halte au feu ! »

En ligne de mire : Vincent Bolloré ?

Depuis plusieurs années, RSF dénonce d’ailleurs « les méth­odes util­isées par l’homme d’af­faires Vin­cent Bol­loré dans le paysage médi­a­tique ». En 2021, l’association pro­dui­sait ain­si un doc­u­men­taire à charge sur le groupe Bol­loré. Inter­rogé au Sénat le 14 jan­vi­er 2022, Christophe Deloire déplore alors ne pas avoir pu pren­dre con­nais­sance de la charte éthique du groupe Bol­loré et indique aux séna­teurs :

« Il faut faire évoluer le droit, mais, à droit con­stant, le CSA peut et doit faire beau­coup plus que ce qu’il fait aujour­d’hui. J’imag­ine mal que le lég­is­la­teur ait con­fié au CSA des com­pé­tences unique­ment théoriques en matière de véri­fi­ca­tion de l’indépen­dance édi­to­ri­ale, de l’hon­nêteté de l’in­for­ma­tion et du pluralisme ».

Deux ans plus tard, la déci­sion du Con­seil d’État vien­dra réalis­er son vœu.

Délégué général des États généraux de l’information

À l’occasion du lance­ment des États généraux de l’information, en octo­bre 2023, Christophe Deloire intè­gre le comité de pilotage en qual­ité de « délégué général ». « L’enjeu des États généraux de l’information, déclare-t-il alors, c’est de remet­tre la devise de la République, « lib­erté, égal­ité, fra­ter­nité » dans l’espace infor­ma­tion­nel. » Il souligne par ailleurs qu’à « l’ère du numérique, il est urgent de retrou­ver la con­fi­ance en l’info, ce qui est donc au cœur de ces états généraux. » Selon l’ancien jour­nal­iste, la presse en France ren­con­tre d’importantes dif­fi­cultés, notam­ment en matière de pro­tec­tion trop ténue du secret des sources, d’expansion des vio­lences con­tre les jour­nal­istes ou des con­flits d’intérêts des pro­prié­taires de groupes.

Formation

  • Lycée d’enseignement général et tech­nique, Digoin.
  • Lycée du Parc, Lyon.
  • Diplômé de l’ESSEC.

Parcours professionnel

  • 1994–6. TF1 (Berlin): coopérant du ser­vice nation­al au bureau.
  • 1996–8. LCI et Arte : jour­nal­iste pigiste.
  • 1998–2000. Le Point : jour­nal­iste au ser­vice société.
  • 2000–7 (juin). Le Point : jour­nal­iste au ser­vice France-investigations.
  • 2006-10 (décem­bre). Flam­mar­i­on : directeur de collection.
  • 2007 (juin). Société Axel Springer, pro­jet de quo­ti­di­en Bild : rédac­teur en chef (poli­tique-économie).
  • 2008 (février)-2012 (juil­let). Cen­tre de For­ma­tion des Jour­nal­istes : Directeur.
  • 2011 (jan­vi­er). Can­di­dat à la direc­tion du quo­ti­di­en Le Monde.
  • 2016–19. Cen­tre de For­ma­tion des Jour­nal­istes : Vice-Prési­dent.
  • Depuis 2012 (octo­bre). Reporters sans fron­tières : directeur général France ; secré­taire général de la struc­ture internationale.
  • Depuis 2018. Reporters sans fron­tières : prési­dent de la Com­mis­sion inter­na­tionale sur l’information et la démocratie.
  • Depuis 2018 (sep­tem­bre). Com­mis­sion sur l’information et la démoc­ra­tie : co-prési­dent.
  • Depuis 2019 (décem­bre). Mem­bre du comité d’experts respon­s­able du développe­ment et de la sol­i­dar­ité internationale.
  • Depuis 2019. Forum sur l’information et la démoc­ra­tie : prési­dent.
  • 2023 (depuis le 3 octo­bre). États généraux de l’information : délégué général du comité de pilotage.

Vie privée

Né le 22 mai 1971 à Paray-le-Moni­al, il est le fils d’un cou­ple d’instituteurs, Lucien Deloire et Marie-Annick Chevasson.

Il s’est pac­sé le 16 juin 2009 et père d’un enfant d’une précé­dente union.

Publications

  • 1998. Omar Rad­dad, Con­tre-enqueête pour la révi­sion d’un procès manipulé
  • 2001. His­toire secrète des détec­tives privés. 
  • 2003. Cadavres sous influ­ence ; L’enquête sabotée.
  • 2004. Les islamistes sont déjà là, édi­tions Albin Michel.
  • 2006. Sexus politi­cus, édi­tions Albin Michel.
  • 2008. Chirac intime.
  • 2009. La Tragédie de la réus­site, édi­tions Albin Michel.
  • 2012. Cir­cus politi­cus, édi­tions Albin Michel.
  • 2014. L’homme qui ne se retourne pas, édi­tions Flammarion.
  • 2022. La Matrice, édi­tions Calmann-Lévy.

Prix et récompenses

  • 2003. Prix Louis Hachette.
  • 2014. Prix Inter­na­tion­al Demokratiepreis Bonn (Alle­magne).

Il l’a dit

« L’État se mon­tre faible vis-à-vis des régimes fon­da­men­tal­istes. Exem­ple, on négo­cie un con­trat de 7,5 mil­liards d’euros pour la pro­tec­tion des fron­tières de l’Arabie saou­dite. On ne peut donc rien dire à ce pays. », 20 Min­utes, 14/09/2004.

« Comme jour­nal­iste, je me suis tou­jours effor­cé de don­ner du con­tenu et de l’intensité à la lib­erté de l’information. Tout en pour­suiv­ant le développe­ment de l’association, je ferai désor­mais en sorte de pro­téger au mieux cette lib­erté et ceux qui l’incarnent », à pro­pos de sa nom­i­na­tion à RSF, 21 mai 2012.

« Lorsque le groupe Bol­loré a repris Canal+, le CSA a, selon nous, man­qué une occa­sion his­torique de faire respecter les principes con­ven­tion­nels d’indépen­dance, de plu­ral­isme et d’hon­nêteté de l’in­for­ma­tion. Évi­tons de man­quer une nou­velle occa­sion en ce sens. », Sénat, audi­tion du 14/01/2022.

« [Les États généraux de l’information,] c’est une occa­sion his­torique de remet­tre la devise  lib­erté, égal­ité, fra­ter­nité  au cœur de l’information. J’ajouterais le mot fia­bil­ité. Lib­erté, égal­ité, fra­ter­nité, fia­bil­ité dans l’espace infor­ma­tion­nel. », Ouest-France, 14/09/2023.

« Je suis formel : les États généraux ne sont pas une réponse à l’affaire du JDD. Ils avaient été envis­agés publique­ment bien avant. La ques­tion de l’indépendance édi­to­ri­ale est une ques­tion impor­tante, et qui sera traitée dans le cadre de nos travaux, mais par­mi beau­coup d’autres. Si nous voulons que la place du vil­lage numérique et médi­a­tique soit démoc­ra­tique, il faut par­tir d’une vision glob­ale. », Ouest-France, 14/09/2023.

« Dans un moment où tout le monde veut cen­sur­er tout le monde, on ne sera pas là pour restrein­dre la lib­erté.», à pro­pos des États généraux de l’information, cité par Le JDD, 18/02/2024.

« À RSF, on ne fait pas de poli­tique : on demande juste que la loi soit appliquée. Nous sommes une organ­i­sa­tion indépen­dante, nous ne sommes pas ori­en­tés poli­tique­ment. On ne reproche à per­son­ne ses opin­ions ! On est là pour qu’il y ait des points de vue con­tra­dic­toires. », Téléra­ma, 20/02/2024.

« Les États généraux de l’in­for­ma­tion provi­en­nent d’un con­stat. Celui du péril de l’in­for­ma­tion libre et indépen­dante, à l’ère des réseaux soci­aux, de l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle (l’IA), du monde autori­taire qui dif­fuse sa pro­pa­gande. Nous sommes donc en grand dan­ger pour l’in­for­ma­tion libre, fiable et indépen­dante. », Cen­tre Presse Avey­ron, 29/02/2024.

« Pour le coup, l’af­faib­lisse­ment économique des jour­nal­istes fait peser le risque de formes de dégra­da­tions des con­tenus, et de la dégra­da­tion de leur indépen­dance. C’est donc un dan­ger et un des enjeux essen­tiels. L’enjeu des EGI est de trou­ver des solu­tions con­crètes pour assur­er le droit d’in­for­ma­tion des citoyens. », Cen­tre Presse Avey­ron, 29/02/2024.

Ils l’ont dit

« Nous voulions un bon con­nais­seur des médias, à la fois mil­i­tant de la lib­erté d’informer et bon ges­tion­naire. Nous l’avons trou­vé en la per­son­ne de Christophe Deloire, qui a su relancer le CFJ dont il est le directeur. Ancien jour­nal­iste d’investigation, homme de plume et de con­vic­tion, pas­sion­né d’Internet et des nou­velles tech­nolo­gies, il a tous les atouts pour don­ner un nou­v­el élan à Reporters sans fron­tières. », Dominique Ger­baud, prési­dent de Reporters sans fron­tières, 21 mai 2012.

« C’est un malin, un lob­by­iste mon­strueux, il traîne ses guêtres partout. », un dirigeant d’un organ­isme de défense de la lib­erté de la presse, Libéra­tion, 03/10/2023.

« On y va avec méfi­ance, mais il est en bal­lot­tage favor­able. Il sait qu’une par­tie de la presse est remon­tée. Il est aus­si con­scient qu’il a tout à per­dre, si ça finit par ressem­bler à la Con­ven­tion citoyenne pour le cli­mat.», un « activiste pour le droit à l’information » cité sur le rôle de Deloire aux EGI, par Libéra­tion, 03/10/2023.

« Sa qual­ité majeure, c’est d’être un activiste au sens pre­mier du terme, quelqu’un qui remue énor­mé­ment d’énergie. Son défaut, ce serait de n’être pas telle­ment man­ag­er, dans la coor­di­na­tion du tra­vail des équipes.», Pierre Has­ki, prési­dent du con­seil d’administration de RSF, cité par Libéra­tion, 03/10/2023.

« Il a mis en place un man­age­ment ver­ti­cal qui met les salariés sous pres­sion, leur deman­dant tou­jours plus. Où ce qui est val­orisé, c’est de tra­vailler tard le soir ou le week-end. », un col­lab­o­ra­teur à RSF, cité par Libéra­tion, 03/10/2023.

« Il ne pense pas grand-chose, mais il est tenu par les per­son­nes très à gauche avec qui il tra­vaille. », un « ancien col­lègue », cité par Le JDD, 18/02/2024.

« C’est devenu un appa­ratchik. En même temps, c’est agréable d’être accueil­li comme un prince dans tous les pays du monde. », un « ancien com­pagnon de route » cité par Le JDD, 18/02/2024.

Pho­to : Romain Bréget / CC BY-SA 4.0