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Mauvais médias, bons médias pour les enfants en Allemagne

10 janvier 2022

Temps de lecture : 4 minutes
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Mauvais médias, bons médias pour les enfants en Allemagne

10 janvier 2022

Internet détermine la vie quotidienne des enfants et des jeunes en Allemagne. Ils regardent YouTube, des séries et des films en streaming, jouent à des jeux informatiques ou écrivent des messages sur WhatsApp. Selon une étude du Groupement de recherche sur la pédagogie des médias du sud-ouest allemand, 89 % des 12 à 19 ans auraient utilisé Internet tous les jours avant la pandémie – la tendance étant à la hausse en raison du Corona.

Protéger la jeunesse

En sus des ado­les­cents, les élèves du pri­maire et même les enfants à la mater­nelle sont en con­tact avec les médias numériques. D’in­nom­brables dan­gers guet­tent la jeunesse sur Inter­net ; sa pro­tec­tion fait par­tie des objec­tifs du gou­verne­ment fédéral et de ceux de l’U­nion européenne. Les jeunes doivent être pro­tégés de la pornogra­phie et de la cyber­in­tim­i­da­tion, mais aus­si de la haine et des infor­ma­tions pré­sumées fauss­es (fake news). Selon le directeur de l’Insti­tut d’é­tudes sur la com­mu­ni­ca­tion et les médias de Leipzig, Markus Beil­er, le manque de « com­pé­tences en matière de médias » des jeunes citoyens, qui utilisent sou­vent des médias alter­nat­ifs, met en dan­ger la démoc­ra­tie et la cohé­sion sociale.

Afin de for­mer les jeunes à l’u­til­i­sa­tion d’In­ter­net et du « jour­nal­isme de qual­ité », il existe en Alle­magne des ini­tia­tives spé­ci­fiques s’adres­sant à dif­férents groupes et tranch­es d’âge. L’un d’eux est Bien Grandir avec les médias. L’ob­jec­tif est sim­ple : « Vous (enfants et jeunes) devez être en sécu­rité sur Inter­net, les réseaux soci­aux, l’en­seigne­ment à domi­cile, les jeux et le streaming. »

Voir aus­si : En Alle­magne la pro­tec­tion des médias pour la jeunesse passe par une plus grande « diversité »

Campagnes et sites Internet à foison

Ce comité d’ac­tion pro­pose tout par­ti­c­ulière­ment un tra­vail d’ac­com­pa­g­ne­ment dans la con­sti­tu­tion de réseaux locaux : les insti­tu­tions et étab­lisse­ments édu­cat­ifs, tels que les clubs de jeunes, les jardins d’en­fants ou les bib­lio­thèques, devraient se regrouper au niveau local et met­tre en œuvre des pro­jets péd­a­gogiques com­muns pour for­mer les jeunes à faire face au monde numérique. À cette fin, l’or­gan­isme pro­pose « une sélec­tion d’in­for­ma­tions sur l’u­til­i­sa­tion des médias par les enfants et l’é­d­u­ca­tion aux médias » tout comme des for­ma­tions sur son site Inter­net. « Dans nos con­férences en ligne, des experts don­nent des infor­ma­tions pra­tiques sur des sujets per­ti­nents en matière d’é­d­u­ca­tion aux médias et de pro­mo­tion des com­pé­tences néces­saires pour les enfants et les jeunes. Par exem­ple : des con­seils et des infor­ma­tions sur les appli­ca­tions et les sites adap­tés aux enfants, sur l’u­til­i­sa­tion sécurisée des médias et sur la con­cep­tion d’of­fres d’é­d­u­ca­tion aux médias », indique le site Internet…

Gamme unilatérale et orientée de sujets

L’un d’eux est Seit­en­stark, qui sert de réseau à une soix­an­taine de sites pour enfants. « Ensem­ble, nous présen­tons un paysage diver­si­fié plein de sujets col­orés et d’op­por­tu­nités d’ap­pren­tis­sage et de par­tic­i­pa­tion pas­sion­nantes. Des textes, des vidéos et des jeux adap­tés instru­isent et sen­si­bilisent les enfants aux prob­lèmes soci­aux, cul­turels ou envi­ron­nemen­taux et promeu­vent leurs com­pé­tences sociales et médi­a­tiques », comme Seit­en­stark décrit son offre pour les petits internautes.

En fait, un mélange de jeux et d’« oppor­tu­nités éduca­tives » loin d’être neu­tre. Sur Jip­pi­etube, par exem­ple, de manière comique et con­di­tion­nelle­ment neu­tre — le méchant est bien sûr le blanc européen‑, l’at­ten­tion est attirée sur la destruc­tion de la forêt trop­i­cale de Sumatra.

D’autres sites sont plus directs. Le mag­a­zine envi­ron­nemen­tal en ligne ÖkoLeo, ciblant les 9 à 14 ans, reprend le jar­gon des Fri­days for Future et sim­i­laires : “Pour arrêter la crise cli­ma­tique, tous les pays doivent aider et inten­si­fi­er leurs efforts”. Ce qui ne sur­pren­dra per­son­ne, quelques clics plus loin, le site  promeut la grève « Tout pour le cli­mat » des mil­i­tants écol­o­gistes. Bien enten­du, cela ne s’ar­rête pas au cli­mat ; il y a le genre aus­si. Sur la page « Ques­tions sur la paix » les 10–15 ans peu­vent appren­dre ce que sig­ni­fie être trans­genre dans la caté­gorie « Vivre dans la diver­sité ». Les enseignants sont par ailleurs eux aus­si vive­ment encour­agés à utilis­er ce matériel en classe…

L’Union européenne veut inculquer des compétences numériques de base

Du côté européen, un pro­jet beau­coup plus vaste est dédié à la pro­tec­tion des ado­les­cents et des jeunes sur Inter­net. Divers­es ini­tia­tives, telles que Num­mer gegen Kum­mer, Jugendschutz.net et Klicksafe.de ont reçu un finance­ment de 6,28 mil­lions d’eu­ros de 2015 à 2019 via le Safer Inter­net Cen­ter de l’U­nion européenne.

L’U­nion Européenne voit grand : d’i­ci 2030, 80 % de tous les citoyens européens devraient avoir acquis les com­pé­tences numériques de base. Une com­mis­sion d’ex­perts de 25 per­son­nes — dont des représen­tants de l’U­NICEF et du Con­seil de l’Eu­rope — doit éla­bor­er les lignes direc­tri­ces du pro­jet sous la devise « Penser d’abord, cli­quer ensuite. »

En réseau avec des ONG de gauche

Klick­safe a des pri­or­ités sim­i­laires à celles des autres ini­tia­tives alle­man­des : for­mer à une util­i­sa­tion com­pé­tente et cri­tique des nou­veaux médias. « Com­pé­tent » et « cri­tique » sig­ni­fient ici sou­vent : ori­en­ter en évi­tant les offres et con­tenus de médias et pro­fils con­ser­va­teurs de droite. Klick­safe prend les util­isa­teurs par la main jusque dans les moin­dres détails et répond à des ques­tions telles que : « Qu’est-ce qu’In­sta­gram ? Quels prob­lèmes et risques sont con­nus ? » don­nant égale­ment des con­seils aux par­ents et aux jeunes. Les textes d’in­for­ma­tion trait­ent de con­tenus spé­ci­fiques tels que l’u­til­i­sa­tion des médias soci­aux, les ques­tions juridiques ou le « dis­cours de haine ».

Source : Junge Frei­heit, 21/12/2021. Tra­duc­tion : AC

N’ou­blions pas que, comme Face­book, Insta­gram a une lim­ite d’âge (13 ans), celle de What­sApp étant de 16 ans. Pour qui souhaite se tourn­er vers les médias soci­aux de manière encore plus cri­tique que Klick­safe, l’ini­tia­tive pro­pose aux familles une liste de con­trôle, afin qu’elles puis­sent « tra­quer ensem­ble les fauss­es infor­ma­tions ». Klick­safe n’est pas tout seul, se trou­vant par­faite­ment con­nec­té à un réseau d’ONG et de pro­jets. Out­re les pro­jets soutenus par la Fon­da­tion Chances numériques, bon nom­bre d’ac­teurs libéraux de gauche, issus de divers­es organ­i­sa­tions anti-dis­cours de haine, sont cen­sés expli­quer aux citoyens les dan­gers de droite sur Inter­net. Ensem­ble, ils for­ment une sorte de réseau péd­a­gogique ; un réseau certes soutenu par des mil­lions d’eu­ros, mais qui ne sou­tient cer­taine­ment pas, lui, l’indépen­dance des four­nisseurs de con­tenu sur Internet.

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