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Macron vu d’Amérique

1 septembre 2019

Temps de lecture : 3 minutes
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Macron vu d’Amérique

1 septembre 2019

Temps de lecture : 3 minutes

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À l’occasion du G7 tenu en France ce mois d’août, le président Macron s’est trouvé un nouveau représentant du « mal » en la personne du président brésilien Bolsonaro, accusé d’être responsable des incendies de l’Amazonie, lui qui est au pouvoir depuis seulement huit mois. Il s’est trouvé aussi une nouvelle conscience écologique dans laquelle seuls des esprits chagrins verront de l’opportunisme. Le président français ne rate jamais une occasion de parler de tout, de tout savoir sur tout etc, qui semble énerver ses condisciples, ainsi Merkel, mais amuse de plus en plus la presse étrangère. Un exemple avec le mensuel américain The Atlantic.

The Atlantic mensuel démocrate bon teint

Le men­su­el de Boston, The Atlantic, aux pub­li­ca­tions quo­ti­di­ennes sur le web, s’intéresse de près à la vie poli­tique européenne et par con­tre­coup française. L’organe de presse a une cor­re­spon­dante en France, Rachel Dona­dio, et ne peut guère être accusé de mau­vaise foi a pri­ori vis-à-vis du courant de pen­sée libéral-lib­er­taire : The Atlantic s’est rangé der­rière la can­di­da­ture Clin­ton en 2016 et s’affiche très cri­tique con­tre Don­al Trump, au point de par­ticiper à la cam­pagne en faveur de la des­ti­tu­tion de ce dernier. On n’accusera donc pas le men­su­el d’anti-macronisme pri­maire quand il évoque le prési­dent français. Notons que The Atlantic n’est pas un organe de presse anodin, ayant près de 150 ans d’existence, 500 000 abon­nés papi­er et son site ayant de l’ordre de 14 mil­lions de vis­ites uniques par mois. D’après le Chica­go Tri­bune, The Atlantic serait l’un des dix meilleurs mag­a­zines de langue anglaise.

Ironie anglo-saxonne

Le 22 août 2019 au moment du lance­ment du G7, et alors que le prési­dent français s’invite au Jour­nal de 13 heures pour sauver le poumon de la terre, l’Amazonie, The Atlantic pub­lie un arti­cle tout en ironie au sujet du prési­dent français, inti­t­ulé « Emmanuel Macron explique que le monde brûle ». Le sous-titre ? « Le prési­dent français a réponse à tout mais est-il écouté par quelqu’un ? ». Le ton ironique est lancé et l’article ne s’en dépar­ti­ra plus. Ainsi :

  • « Une soirée par­faite pour une fin d’été, quand le prési­dent Macron, bronzé et regon­flé à bloc, vêtu d’un cos­tume bleu fon­cé et d’une chemise blanche impec­ca­ble, s’est exprimé devant la presse sur les ques­tions inter­na­tionales. La jet set parisi­enne était en grande par­tie tou­jours en vacances ailleurs qu’à Paris. A prox­im­ité de l’Elysée, boulan­geries, mag­a­sins et députés étaient tou­jours en vacances ».
  • « Pour­tant, Macron avait un mes­sage à faire pass­er au monde : je suis le dernier homme debout, l’unique défenseur du mul­ti­latéral­isme, celui qui con­serve la tête froide dans un monde sous ten­sion men­acé par le réchauf­fe­ment cli­ma­tique. Le mes­sage n’est pas neuf mais Macron a pen­sé qu’il était préférable de le répéter ».
  • Les ren­con­tres du G7 ont lieu dans un « cadre idéal », une sta­tion bal­néaire du 19e siè­cle, pour « des rela­tions au bord du gouf­fre : l’Union Européenne, l’ordre transat­lan­tique, l’ordre mon­di­al ». Macron : « Nous vivons une péri­ode absol­u­ment his­torique en ce qui con­cerne les rela­tions inter­na­tionales. Il existe une crise pro­fonde de la démoc­ra­tie représen­ta­tive en Europe, une crise du change­ment cli­ma­tique, de la bio­di­ver­sité, des tech­nolo­gies, des migra­tions, des iné­gal­ités qui traduisent la crise du cap­i­tal­isme con­tem­po­rain. Le monde risque de rede­venir bipo­laire, entre les Etats-Unis et la Chine. La ques­tion est celle de la perte de sou­veraineté où des pays deviendraient les vas­saux des nou­veaux pôles. Je ne veux pas de cela, ni pour l’Europe ni pour la France ».
  • « Macron s’échauffait à peine. Ses pre­mières déc­la­ra­tions furent suiv­ies d’échanges durant deux heures. Plus il par­lait, plus il affir­mait la puis­sance française et européenne, plus il sem­blait que ce moment-là était dépassé. Macron pour­rait regarder un bâti­ment en feu et con­sid­ér­er cela comme une excel­lente occa­sion de com­pren­dre le rôle de l’oxygène dans le proces­sus de com­bus­tion. Il exam­ine les flammes, les décrit avec tal­ent, mais quel pou­voir a‑t-il ? »
  • « Finale­ment, Macron a livré la per­for­mance que l’on attendait de sa part. Toutes ses inter­ven­tions sont celles que l’on attend. Il n’est rien de plus qu’un ora­teur doué, maîtrisant bril­lam­ment les sujets et ses fich­es poli­tiques, prenant con­science de l’importance du moment his­torique, obsédé par le passé som­bre de l’Europe et les enjeux actuels. Il a rai­son. Il a tou­jours rai­son. Et il veut tou­jours nous rap­pel­er qu’il a tou­jours rai­son. Macron sem­ble dire : le monde est peut être en feu mais ne vous inquiétez pas : je suis là ». 
  • « Quelqu’un, à Biar­ritz, a‑t-il l’intention de l’écouter ? ».

Le moins que l’on puisse dire est que The Atlantic n’est guère ten­dre avec le prési­dent français, y com­pris au sujet de sa per­son­nal­ité, le prob­lème prin­ci­pal qui inhibe sa capac­ité à être un véri­ta­ble chef d’Etat. Reste que ce regard ironique et somme toute bien peu posi­tif à son égard provient d’une presse qui lui est a pri­ori acquise, celle des élites dites mon­di­al­isées, une presse proche des amis démoc­rates améri­cains de Macron. C’est dire l’image que la France donne actuelle­ment au monde.

(NdE : la tra­duc­tion de l’article améri­cain, et donc des pro­pos de Macron ini­tiale­ment traduits du français par The Atlantic, est le fait de notre rédacteur)

PS et pour l’anecdote : le prési­dent Macron appelle le G7 à s’occuper du Brésil. À l’appui de sa harangue, il pub­lie une pho­to d’incendie prise par Loren McIn­tyre, pho­tographe de Nation­al Geo­graph­ic, mort en 2003 ! Infor­ma­tion reprise de notre con­frère Antipresse.

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