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M5, la nouvelle chaîne publique culturelle hongroise

9 mai 2016

Temps de lecture : 3 minutes
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M5, la nouvelle chaîne publique culturelle hongroise

La Hongrie va se doter d’une nouvelle chaîne de télévision à vocation culturelle, si l’on en croit Daniel Papp (photo), directeur des programmes des médias publics, qui s’exprimait vendredi 22 avril 2016 sur Kossuth radio.

Cette déci­sion a été prise à la suite d’un sondage traduisant l’opin­ion d’une majorité de sondés pour lesquels l’of­fre de chaînes cul­turelles est insuff­isante. M. Papp a pré­cisé le cadre qui devrait définir le pro­fil de la future M5. Il s’ag­it notam­ment de renouer avec les retrans­mis­sions de pièces de théâtre et de fournir un out­il édu­catif aux pro­fesseurs et à leurs élèves. Des cours de langues étrangères devraient trou­ver leur place dans ce pro­jet édu­catif. Serait en out­re prévue une util­i­sa­tion fréquente de doc­u­men­taires his­toriques qui font d’ores et déjà par­tie du pat­ri­moine de la télévi­sion publique.

Les médias culturels hongrois

Le con­texte poli­tique actuel en Hon­grie ne sus­cite pas, c’est le moins que l’on puisse dire, une franche adhé­sion de la part des médias français, qui aus­cul­tent générale­ment ce pays avec un par­ti pris gros d’ar­rière pen­sées con­tre la poli­tique de M. Orban.

Qu’un état de l’UE crée une chaîne publique de télévi­sion à voca­tion cul­turelle est déjà en soi assez extra­or­di­naire pour être souligné. Cette ini­tia­tive est d’au­tant plus remar­quable qu’elle inter­vient dans un pays où des médias publics se préoc­cu­pent déjà large­ment de cul­ture.

Qu’on en juge : la Hon­grie dis­pose de M2, dans la journée surtout des­tinée aux enfants, avec des dessins ani­més de qual­ité, et de la cul­ture générale. Le soir, M2 devient une chaîne publique général­iste. Par­al­lèle­ment, la chaîne Duna (Danube) dif­fuse des doc­u­men­taires, d’an­ciens films sou­vent hon­grois en noir et blanc très pop­u­laires et des débats poli­tiques.

Les Hon­grois peu­vent aus­si trou­ver dans le sys­tème pub­lic la chaîne M1, qui priv­ilégie l’ac­tu­al­ité poli­tique et étrangère et les infor­ma­tions liées à cette dernière, ce qui à tout pren­dre est aus­si une forme de cul­ture ver­sion sci­ences poli­tiques. En out­re, la radio publique pro­pose Kos­suth radio, l’équiv­a­lent de France Cul­ture, et Bar­tok radio, l’équiv­a­lent de France Musique.

La culture enjeu télévisuel ?

La déci­sion de créer M5, est en soi un événe­ment dans une UE des oli­garchies tri­om­phantes et de la mar­gin­al­i­sa­tion des formes d’ex­pres­sion portées par une puis­sance publique. Elle per­met de point­er une com­para­i­son avec la France. Qui se sou­vient de l’ORTF, média mono­pole d’É­tat démem­bré par M. Gis­card d’Es­taing dans les années 70 puis de la pri­vati­sa­tion de TF1 en 1986 sous le pre­mier septen­nat Mit­ter­rand au motif de « libéral­i­sa­tion » et de moder­nité, avec les résul­tats déplorables que l’on peut con­stater depuis en terme de con­tenus illus­trés par les pro­pos de M. Le Lay en 2004 : « Ce que nous ven­dons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible ». La péri­ode ORTF, certes impar­faite, s’é­tait au moins illus­trée par la fréquente qual­ité de la pro­gram­ma­tion cul­turelle, qui n’a pas survécu à cette « mod­erni­sa­tion des ondes ». Cette dernière a con­duit à la course à l’audi­mat, à l’om­niprésence de la pub­lic­ité, et sou­vent au moins dis­ant cul­turel.

Un pat­ri­moine pub­lic tech­nique et cul­turel a ain­si été per­du en France (qu’en reste-t-il à l’INA?), tout comme une cul­ture de ser­vice pub­lic. Cette brusque ori­en­ta­tion libérale des années 80 a per­mis la nais­sance d’un nou­veau monde médi­a­tique, bien­tôt majori­taire­ment assu­jet­ti aux forces d’ar­gent, et par voie de con­séquence idéologique­ment uni­forme. Au-delà du faux plu­ral­isme de la presse française, pour une bonne part pro­priété des oli­gar­ques représen­tant l’ « État pro­fond », celui qui gou­verne et les élus et le pays (les médias publics télévi­suels et radio­phoniques affichant en con­séquence les mêmes pré-req­uis que leurs « con­cur­rents »), la créa­tion d’une chaîne cul­turelle publique doit être saluée en par­ti­c­uli­er en Hon­grie un pays où le plu­ral­isme de l’information existe.

Les donneurs de leçons

La Hon­grie reçoit régulière­ment des « leçons de main­tien » de la part de ses parte­naires de l’UE et de leurs jour­nal­istes, qu’ils soient en poste à Budapest ou non. Con­traire­ment à ce qui se passe à l’Ouest, la Hon­grie n’a pas aban­don­né son his­toire, et donc sa dig­nité et ses ambi­tions, au ves­ti­aire de l’in­ter­na­tion­al­isme oli­garchique européen. La future M5 répond sans doute au vœu des Hon­grois, elle est égale­ment l’une des répons­es aux exi­gences de l’heure à Budapest, à savoir impos­er le fait nation­al face aux empiéte­ments gran­dis­sants de la tech­nocratie brux­el­loise. Si l’on se réfère aux posi­tions de M. Orban à pro­pos des « réfugiés », le dis­cours ne peut être véri­ta­ble­ment com­pris qu’à la lumière des événe­ments his­toriques qui ont lour­de­ment mar­qué la Hon­grie

Voilà en tout cas une nou­velle créa­tion , avec la nais­sance encore proche de « Viseg­rad Post », média inter­net con­sultable en français et en hon­grois, prou­vant que le monde des médias en Hon­grie est bien vivant, et ne vit pas pour l’heure au rythme des achats, ventes et rachats de titres, par le secteur privé comme en France avec « restruc­tura­tions » à la clé. Ren­dez-vous donc en sep­tem­bre 2016, pour affin­er l’ap­proche de ce nou­veau média que l’on attend avec intérêt.

Voir notre article sur les médias en Hongrie et celui sur le Visegrad Post

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