Le CSA gêné par une campagne contre l’avortement

Télécharger en PDF

Si en règle générale la promotion de la « diversité » ne lui pose aucun problème, le CSA a été interpellé par un clip de sensibilisation à la trisomie 21.

Intitulé Chère future maman, le message diffusé sur certaines chaînes a déjà été vu plus de 5 millions de fois sur Youtube. Il s’adresse aux futures mères porteuses de l’anomalie chromosomique et entend les rassurer. « Chère future maman, n’aie pas peur, ton enfant pourra faire beaucoup de choses », nous disent les intervenants, eux-mêmes atteints du syndrome de Down.

Mais cela n’a pas été du goût du CSA, qui a réagi après avoir reçu « des plaintes de téléspectateurs ». Dans un communiqué, les Sages sont intervenus auprès de M6, D8 et Canal+ pour leur signifier que ce clip « ne pouvait être inséré au sein des écrans publicitaires (…) puisqu’en s’adressant à une future mère, sa finalité peut paraître ambiguë et ne pas susciter une adhésion spontanée et consensuelle ». De plus, malheur suprême, « il était soutenu par les associations Coordown, Les amis d’Éléonore et la fondation Jérôme-Lejeune, fondation dont la vocation est notamment la lutte contre l’avortement ».

Dans une tribune publiée sur le site du Figaro, Jean-Frédéric Poisson, le président du Parti chrétien-démocrate a estimé qu’« il est difficile de trouver, de la part d’un organisme officiel, censé opérer la régulation et maintenir l’équilibre, une réponse aussi carrément à côté de la plaque, et aussi faiblarde sur le plan juridique ». « L’homme moderne est gêné par toute forme de faiblesse, et prend d’innombrables précautions pour qu’aucune ne se retrouve sous ses yeux », a souligné le député des Yvelines avant d’accuser le CSA d’avoir réagi dans l’intérêt de ses « amis au pouvoir ». Et ce dernier de rappeler au Conseil que, « si vous deviez réprimander toutes les chaînes de télévision et de radio au motif qu’elles ne devraient pas diffuser des émissions “qui ne sont pas susceptibles de provoquer une adhésion spontanée”, je vous laisse imaginer les coupes claires qu’il faudrait opérer dans toutes les grilles de programmes ».

La Fondation Jérôme Lejeune a également réagi en estimant que le choix du CSA visait à « limiter la liberté d’expression » et en déclarant que cette décision soulignait « l’aveuglement des pouvoirs publics en France, depuis longtemps pays leader de l’élimination des enfants trisomiques avant leur naissance (96%) ».

Dans une mise au point, le gendarme de l’audiovisuel explique qu’il « n’a nullement entendu gêner » la diffusion du clip à la télévision car il a « constaté que ce message présente un point de vue positif sur la vie des jeunes trisomiques et encourage la société à œuvrer à leur insertion et à leur épanouissement ». Pour autant, les Sages ont rappelé que « son insertion au sein d’écrans publicitaires était inappropriée » car « ce message était susceptible de troubler en conscience des femmes qui, dans le respect de la loi, avaient fait des choix de vie personnelle différents »