Entre rappel à l’ordre adressé à M6 et RTL pour une séquence de l’émission de Julien Courbet et nouvelle saisine après des propos tenus par Karine Le Marchand sur CNews, l’ARCOM se retrouve une nouvelle fois au cœur des controverses sur la régulation audiovisuelle et la liberté d’expression.
Nouvelle séquence agitée pour le régulateur audiovisuel. En quelques jours, l’ARCOM a d’un côté mis en garde M6 et RTL après une émission de Julien Courbet jugée attentatoire à la vie privée, et de l’autre a été saisie par des parlementaires à propos de propos tenus par Karine Le Marchand lors d’un passage sur CNews. Deux dossiers distincts, mais révélateurs des tensions persistantes entre contrôle de l’antenne et liberté de ton alors que les élections municipales et la règle de pluralisme qu’elles impliquent ne devraient pas faire baisser la température médiatique.
M6 et RTL rappelées au respect de la vie privée
Dans une décision rendue publique début février, l’ARCOM a estimé qu’une séquence de l’émission « Ça peut vous arriver », diffusée en mars 2025 sur M6 et RTL, avait divulgué des informations trop précises concernant un plaignant. Nom, domiciliation et entreprise auraient été évoqués sans autorisation préalable, conduisant à une « atteinte au droit au respect de la vie privée ».
Le régulateur a donc adressé une mise en garde aux deux chaînes, rappelant leurs obligations conventionnelles. Ce n’est pas la première fois que l’émission animée par Julien Courbet se voit reprocher un manque de vigilance sur ces questions, ce qui a conduit l’ARCOM à insister sur la nécessité de mieux maîtriser le direct.
Si la protection des personnes ne fait guère débat, certains observateurs pointent néanmoins la multiplication des rappels à l’ordre, qui contribue à installer un climat de prudence croissante sur les plateaux au risque d’entraver le travail des journalistes.
Une polémique relancée autour de CNews
Dans le même temps, l’ARCOM a été saisie après la diffusion d’une séquence de « L’Heure des pros » sur CNews, où Karine Le Marchand, invitée pour promouvoir un documentaire, évoquait son arrivée à Paris dans les années 1980 et le sentiment de surprise qu’elle avait alors ressenti face à l’importante population extra-européenne dans la capitale.
Des extraits, massivement relayés sur les réseaux sociaux, ont été dénoncés par certaines élues, essentiellement de La France Insoumise, entraînant une nouvelle saisine du régulateur. L’animatrice a depuis dénoncé des propos sortis de leur contexte, rappelant que l’échange complet était bien plus nuancé. Et pour cause, la principale intéressée venait défendre un documentaire faisant l’apologie de l’immigration en France…
Ce nouvel épisode illustre une tension devenue permanente : jusqu’où doit aller la régulation ?
Dès qu’une séquence télévisée ou médiatique sort des sentiers battus, une meute de députés sort du bois avec la formule désormais célèbre « je saisis l’ARCOM ».
La multiplication des saisines et les polémiques à répétition soulèvent la question d’un espace médiatique de plus en plus surveillé en dépit de l’ouverture apparente créée par les réseaux sociaux.
Dans ce contexte, CNews apparaît souvent comme la cible privilégiée de critiques à gauche mais aussi de la part d’un maillage associatif très ancré à gauche à l’image de RSF. À force d’interventions répétées, l’ARCOM prend le risque d’alimenter l’idée d’une police de l’expression, là où le débat contradictoire pourrait être la première réponse aux excès éventuels.
Cerise sur le gâteau, des voix s’élèvent pour que l’ARCOM se saisisse des contenus des premières émissions de Frontières en lieu et place de Morandini.
Rodolphe Chalamel

