À Saint-Denis, les « profiteurs de guerre » vendent leur vidéo aux journalistes

« Y’a de l’actu, je sais que je peux faire de l’argent (…) J’ai pas de travail. »

« Elles sont belles, elles sont pas chères, qui veut des scènes de massacre ? » Depuis les attentats de Paris, un nouveau type de commerce voit le jour : les vidéos amateurs vendues aux médias.

Le 18 novembre à Saint-Denis avait lieu une opération de police dans un appartement occupé par des individus liés aux attaques terroristes. Depuis la rue ou leurs fenêtres, les riverains ont ainsi pu capturer des images : bruits de coups de feu, policiers circulant dans les rues, flash lumineux, etc.

Si certains habitants ont donné gratuitement leurs images aux médias, ou les ont directement postées sur les réseaux sociaux, d’autres se sont lancés dans la revente sous le manteau de ces précieux témoignages de l’assaut du Raid. « Si on voit les tirs et un policier, de loin, dans la nuit, c’est 500 euros, sinon, juste le son, c’est 100 euros », confirme Pascal Jalabert, rédacteur du chef du bureau parisien d’Ebra, un groupe de journaux de l’est de la France.

Sur FranceTVinfo, un journaliste raconte comment les vendeurs proposent leur film « sous le manteau, comme des vendeurs à la sauvette », dans une rue à l’abri des regards. Le fait n’est pas spécialement nouveau, mais d’autres le font sans même se cacher, comme l’a par ailleurs montré le « Petit Journal » de Canal+. « 400 euros c’est donné », peut-on ainsi entendre de la part d’un de ces vendeurs à la sauvette. « J’ai fait ton travail. J’ai eu les couilles de le faire. J’ai risqué ma vie », lance un autre au reporter, avant d’ajouter : « Y’a de l’actu, je sais que je peux faire de l’argent (…) J’ai pas de travail. »

Dans le document du « Petit Journal », on peut voir une transaction en direct entre ces jeunes de banlieue et une journaliste anglaise, confirmant le fait que la pratique est beaucoup moins taboue dans les médias anglo-saxons. Assurant appartenir à la BBC, celle-ci a toutefois nié avoir acheté des images alors qu’elle venait d’être filmée…

Du côté de BFMTV, on est « contre le principe d’acheter certains documents », a expliqué au Monde le directeur de la rédaction, Hervé Béroud. La chaîne confie avoir acheté deux photos d’un jihadiste du Bataclan, mais aucune vidéo. « Ne pas rentrer dans une course au spectaculaire, ni dans une course aux enchères. Et il faut que le document apporte une info », ajoute M. Béroud.

Outre-Manche, on a moins de scrupules. Il y a quelques jours, le Daily Mail a ainsi diffusé une photo prise à l’intérieur du Bataclan après la fusillade. Une scène de boucherie qui a été abondamment relayée sur la toile. Le quotidien a également partagé sur son site une vidéo de surveillance récupérée dans un café-restaurant touché par les fusillades. « Cette vidéo nous a été proposée pour 50 000 euros », affirme Hervé Béroud, précisant l’avoir refusée car jugée trop « choquante ».

Le JDD, quant à lui, assure s’être vu proposer trois vidéos et une dizaine de photos des attaques d’un bar et d’une pizzeria, pour la somme de 1 000 euros. Et l’hebdomadaire de dénoncer une « version connectée du profiteur de guerre » qui devient de plus en plus monnaie courante.