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France 3 dénonce les commentaires « insupportables » de ses lecteurs

29 octobre 2016

Temps de lecture : 3 minutes
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France 3 dénonce les commentaires « insupportables » de ses lecteurs

Jeudi 27 octobre, France 3 Midi-Pyrénées publiait, sur sa page Facebook, une vidéo sur l’arrivée des migrants de Calais à Toulouse. La colère des internautes ne s’est pas faite attendre…

Pour­tant, ça n’é­tait qu’une « sim­ple vidéo de quelques sec­on­des » : « On y voit des hommes, fatigués, tous d’o­rig­ine afghane, débar­quer d’un bus et récupér­er leurs bagages », explique Fab­rice Valéry, rédac­teur en chef adjoint chargé des édi­tions numériques, dans une tri­bune coup de gueule pub­liée sur le site de l’an­tenne régionale. Cepen­dant, cette vidéo « stricte­ment infor­ma­tive » a très vite « déclenché un flot de com­men­taires », la plu­part « haineux ».

Le tout, « sim­ple­ment parce qu’ils vien­nent d’un pays étranger, que leurs “tra­di­tions”, leur “mode de vie” ne seraient pas exacte­ment les mêmes que les nôtres », estime le jour­nal­iste avant d’en déduire que « c’est insup­port­able ». Et celui-ci d’en citer quelques uns. « Où sont les femmes et les enfants ? L’E­tat a tou­jours pas com­pris qu’on ne voulait pas d’eux ? Les hommes de ces pays ont été élevés avec leur cou­tume. Dont une des prin­ci­pales est le rabaisse­ment de la femme, aucun respect pour elle. Nos enfants, nos filles, on leur doit la pro­tec­tion et c’est pas en accep­tant ces gens là qu’on va leur apporter », écrit ain­si une inter­naute inquiète.

Mais cette inquié­tude, liée à cette « répar­ti­tion » imposée par l’É­tat à toutes les régions de France, sans con­sul­ta­tion, le rédac’ chef de France 3 Midi-Pyrénées la juge « insup­port­able ». Vien­nent ensuite des com­men­taires plus vir­u­lents, par­lant d’« inva­sion » et de risque ter­ror­iste. Une vir­u­lence, encore une fois, que ne parvi­en­nent pas (alors que ce devrait être leur méti­er) à remet­tre dans leur con­texte les jour­nal­istes du ser­vice pub­lic qui ont, sem­ble-t-il, bien vite oublié les vio­ls et les actes ter­ror­istes com­mis par cer­tains « migrants », lesquels expliquent la préoc­cu­pa­tion légitime de la pop­u­la­tion.

Après avoir cité quelques (rares) com­men­taires posi­tifs, Fab­rice Valéry rap­pelle qu’il y a certes une « lib­erté d’ex­pres­sion », mais que « des inter­nautes, sous pseu­do­nymes ou leur véri­ta­ble iden­tité, font tout pour nous pouss­er à (la) restrein­dre ». « Nous ne voulons pas nous y résoudre mais nous ne pou­vons pas laiss­er dire des choses fauss­es et laiss­er pub­li­er des pro­pos insup­port­a­bles sur notre page face­book sans réa­gir », ajoute-il, menaçant, avec une pas­sion et une prise de posi­tion rarement aus­si pal­pa­bles. La cen­sure au nom des bonnes inten­tions n’est pas loin et l’ex­pli­ca­tion de cet emballe­ment est dans le para­graphe suiv­ant.

Le cours de morale peut en effet com­mencer : « La France est une terre d’asile. Cha­cun d’en­tre nous a dans sa famille ou con­naît une per­son­ne qui a des orig­ines espag­noles, ital­i­ennes, maghrébines, africaines, asi­a­tiques… La région Occ­i­tanie a été et reste une terre d’ac­cueil des peu­ples, au gré de l’his­toire : guer­res civiles, guer­res mon­di­ales, immi­gra­tion économique, etc. L’his­toire de notre pays est comme cela, que ça plaise ou non, et sans ces mélanges de pop­u­la­tion, sans cette ouver­ture sur le monde, la France ne serait pas la France. » Et d’a­jouter, pour vir­er dans le mélo­drame : « Vous qui voyez dans ces images des vio­leurs ou des agresseurs, dites-vous qu’y fig­urent peut-être le médecin qui sauvera demain votre enfant ou le maçon qui con­stru­ira votre mai­son ! »! A croire que la France, nation vieille de 1500 ans dont le peu­ple a con­stru­it Cluny, les cathé­drales, le Lou­vre, Ver­sailles ; veille nation qui a pro­duit Ambroise Paré, Bichat, Laen­nec, Trousseau, Pas­teur ou Car­rel, à croire que cette vieille nation demeurée européenne jusqu’aux années 70 attendait des clan­des­tins afghans pour se soign­er ou con­stru­ire ses maisons…

Au pied de cet arti­cle ahuris­sant fig­ure un encadré où une jour­nal­iste de la rédac­tion fait part de sa « nausée ». « J’ai honte de ce que je lis. J’ai honte de ce que je com­prends. (…) J’ai honte que ce frein vienne de mes con­tem­po­rains », écrit Marie Mar­tin. Et d’a­jouter une pincée de mélo­drame à son tour : « Ils ont oublié leurs larmes, devant le jour­nal de 20 heures qui mon­trait le petit corps d’Aylan, mort échoué sur une plage de la Méditer­ranée ». L’Ojim avait déjà expliqué à ses lecteurs la manip­u­la­tion autour de ce cadavre d’enfant exhibé comme un trophée.

En guise de con­clu­sion, cette dernière s’in­ter­roge : « Peut-être est-ce aus­si à nous, les jour­nal­istes, de rap­pel­er que souhaiter le départ d’hommes et de femmes men­acés de mort dans leur pays revient à souhaiter leur mort tout court. » Comme si ses con­frères ne le fai­saient pas (déjà) suff­isam­ment… Désor­mais, le déni de réal­ité de suf­fit plus : il faut empêch­er les gueux de dire cette réal­ité. Cachez ce réel que je ne saurais voir et que per­son­ne ne doit voir. Un dis­cours de lutte des class­es où les plan­qués de France Télévi­sions don­nent la leçon aux « sans-dents » enrac­inés.

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