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Djihadistes strasbourgeois : L’incroyable article du Monde

24 mai 2014

Temps de lecture : 3 minutes
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Djihadistes strasbourgeois : L’incroyable article du Monde

24 mai 2014

Temps de lecture : 3 minutes

Ou comment traiter ce phénomène inquiétant sans jamais parler d’islam, en évoquant à peine leur confession et en l’expliquant par un « manque d’avenir », une « identité brouillée » et un certain racisme à l’embauche…

Dès le titre du papi­er, Soren Seelow, jour­nal­iste au Monde, annonce la couleur : « À la Mein­au, sur les traces des jeunes Stras­bour­geois hap­pés par la guerre en Syrie. » Comme l’a relevé Yves Daoudal sur son blog, « on élim­ine les mots “musul­mans” et “jihad”. Exit l’islam, qu’il faut dédouan­er à tout prix. Il ne reste que des “jeunes hap­pés par la guerre”. Mal­gré eux… Le Monde leur dénie leur libre arbitre. »

La suite de l’ar­ti­cle n’est que le pro­longe­ment du titre. Pas une seule fois, le mot « islam » n’est employé. À peine celui de « musul­man » est-il évo­qué, rapi­de­ment, au détour d’une phrase. Pour le reste, il ne s’ag­it que de « sept Stras­bour­geois, âgés de 23 à 25 ans, (qui) font par­tie d’un groupe d’une douzaine d’in­di­vidus qui avaient quit­té leur domi­cile famil­ial pour la Syrie en décem­bre, pré­tex­tant des vacances à l’é­tranger ». En effet, à la lec­ture de cette phrase, on les croirait presque par­tis en vacances entre amis…

Quant à Mourad Fares, le recru­teur qui embri­gade ces jeunes musul­mans vers le dji­had en Syrie, il n’est plus, sous la plume du Monde, qu’« un Lyon­nais de 29 ans soupçon­né d’embrigader des Français sur les réseaux soci­aux ». Embri­gadés dans quel cadre ? Mys­tère… À peine le dji­had est-il évo­qué, sous le nom de « guerre sainte », qui per­dra dès la ligne suiv­ante son car­ac­tère religieux lorsque l’au­teur par­lera de « jeunes Français ten­tés par la guerre civile ». Ils ne sont plus musul­mans, juste Français, et par­tent pour une sim­ple « guerre civile » de routine.

Le pire est à venir lorsque Le Monde évoque la cité d’o­rig­ine de ces dji­hadistes. Pour Soren Seelow, « la cité incar­ne aujour­d’hui une expéri­ence rel­a­tive­ment apaisée du vivre-ensem­ble ». Pour­tant, quelques lignes plus bas : « Le taux de chô­mage des jeunes y dépasse tou­jours les 30 %, les halls d’im­meubles sont encore squat­tés par des gamins en déshérence et les cor­beaux qui font fes­tin sur les pelous­es sont là pour rap­pel­er que le sens du bien com­mun s’ar­rête par­fois au bal­con. » Vous avez dit « vivre-ensemble » ?

L’ar­ti­cle n’évoque aucun respon­s­able de cette sit­u­a­tion. Une sit­u­a­tion de fait, for­cé­ment forgée par une société hos­tile. D’ailleurs, il s’ag­it bien de cela lorsque la jour­nal­iste en vient à ten­ter d’ex­pli­quer le choix de ces jeunes musul­mans. Ils sont vic­times d’un « manque d’avenir », souf­frent qu’une « iden­tité brouil­lée » et même, motif suprême, d’un cer­tain racisme à l’embauche en France. Comme si les jeunes français non-musul­mans ne souf­fraient pas d’un cru­el manque d’i­den­tité et ne subis­saient pas égale­ment de plein fou­et une vague de chô­mage et de désil­lu­sion sans précé­dent. Pour­tant, ces derniers ne par­tent pas faire le dji­had. Qu’im­porte, ce mot a d’ailleurs été ban­ni du vocabulaire.

Dans les com­men­taires de l’ar­ti­cle, ce sen­ti­ment d’avoir été trompé se fait claire­ment ressen­tir chez les lecteurs. « Ils ne sont pas hap­pés par la guerre en Syrie, ils sont hap­pés par des sectes qui les envoient en Syrie, sectes financées par le Qatar et l’Ara­bie Saou­dite soutenues par Fabius et Erdo­gan. Tous les jeunes en déshérence ne par­tent pas en Syrie », résume Olivi­er. « Qui en France en 2014 n’a pas une iden­tité brouil­lée ? », s’in­ter­roge Claude. « Être hap­pé sig­ni­fie être saisi, attrapé brusque­ment et avec vio­lence. Le titre tend donc à faire croire que ces gens n’é­taient pas con­sen­tants, que c’est mal­gré eux qu’ils ont été enrôlés. Je laisse cha­cun juge de ce qu’im­plique le choix de ce mot », souligne Mar­cel. Entre le poli­tique­ment cor­rect et la dés­in­for­ma­tion, la fron­tière est sou­vent mince…

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